Une fois n'est pas coutume: Sarkozy a tenu son rang en Martinique

Publié le par Milton Dassier

http://www.leplacide.com/document/09-06-26-sarkozy-antilles.jpgUne fois n'est pas coutume. Sarkozy a enfin montré un visage d'authentique président de la république. Pour moi, c'est la première fois depuis son élection.


Après avoir regardé Sarkozy en direct sur France Ô, je viens de comprendre que les martiniquais ont sans doute compris mieux que tous les autres français comment il fallait faire avec le président.


On a vu un président très bien accueilli dans une région de gauche dirigée par le parti indépendantiste (MIM), prendre beaucoup de gant pour défendre ses idées pour l'outre-mer et La Martinique.

 

Pas d'arrogance, un soupçon d'humilité, des compliments pour féliciter la participation essentielle de La Martinique à l'assistance à Haïti, des précautions oratoires pour surtout ne fâcher personne et ne susciter aucun malentendu. Voilà pour le ton du discours.

Et puis, une allusion aux relations parfois tumultueuses entre La Martinique et lui-même, depuis le refus d'Aimé Césaire de le recevoir jusqu'à la fièvre insurrectionelle de 2009.

Dans son discours, Sarkozy a voulu montrer qu'il pouvait élever sa fonction et le débat des relations franco-martiniquaises en adoptant une attitude authentique de président de la république, emprunte de respect, d'écoute, de dialogue et de volonté d'améliorer les choses.


Oui beaucoup verront des annonces sans effet, mais Sarkozy sait que les martiniquais seront très attentifs à ce qu'on leur proposera.

Les choses sont peut-être pas mal parties puisqu'il a annoncé l'assouplissement de la délivrance des visas pour l'entrée aux Antilles des ressortissants de 130 pays, de quoi stimuler le tourisme.

Le bilan de La France d'outre-mer sera un élément important à l'heure des comptes de la fin de son mandat.


D'un côté une évolution institutionnelle avec la fusion du conseil régional et du conseil général, un conseil exécutif et des habilitations législatives à définir et de l'autre côté le volontarisme de l'état français pour retrouver la confiance du peuple martiniquais mis à mal par des années de centralisme parisien et de profitation des puissances d'argent.


Avant, on avait droit à des déclarations de principe, là, pour la première fois, on a entendu un président proposer des mesures très concrètes pour des dossiers très ciblés comme l'université Antilles-Guyane, les normes sismiques, l'agriculture, la pêche, le tourisme, la zone franche globale, la coopération régionale. Bref, un président qui donnait vraiment l'impression d'avoir travaillé ses dossiers.

 

 

Sarkozy sait donc que la crise survenue l'an dernier peut se reproduire s'il échoue. Et dans ce cas, son pouvoir et son aura internationale se verraient affaiblis. Il a même remercié les élus de Martinique c'est à dire, la gauche indépendantiste et autonomiste d'avoir su canaliser les mouvements sociaux afin qu'ils ne dégénèrent pas en un rejet brutal et violent du pouvoir parisien. "On a frôlé le pire" a-t-il déclaré.


Avec les évènements d'Haïti et le choc émotionnel que cela provoque encore dans tout le continent américain de Montréal à Benos-Aires, Sarkozy a peut-être compris en quoi la région Caraïbes est hautement stratégique. Il a aussi compris qu'il existe un monde créole et noir à travers le président Obama, dans cette Amérique qu'il se vante d'aimer.

Une Amérique qui ne se réduit pas aux grandes mégapoles de la côte est et de la côte ouest des Etats-Unis que le français moyen voit comme surtout peuplée de descendants d'européens. Elle déborde ses frontières au sud par les migrations de populations les plus diverses. Au sud, sur le bassin caribéen et l'Amérique Latine et dont Haïti est un des symboles les plus forts.


Sur le plan politique, il faut dire que Sarkozy ne peut compter sur peu de soutien au niveau local. L'UMP Martinique est aux mains des chiraquiens très influents sur le plan économique. Villepin y a des nombreux amis (sa femme est une béké). Dans les premiers rangs du public trié sur le volet, au milieu des élus et des décideurs martiniquais, il y avait une vieille figure du chiraquisme: Bernard Pons qui vit ici depuis quelques années maintenant.

L'outre-mer est une partie difficile pour Nicolas Sarkozy. Jusqu'à maintenant, le seul ministre à avoir été congédié n'est-il pas un secrétaire d'état au DOM-TOM, Yves Jégo, un sarkozyste pur sucre pourtant. Un ministre remplacée par la fille de la très chiraquienne Lucette Michaud-Chevry, Marie-Luce Penchard, placée à ce poste pour faire la passerelle entre les chiraquiens du patronat déçus et le président, tout en ménageant la gauche et les autonomistes.

On ne manquera pas d'en reparler dans les mois à venir.

 

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