Sept plaintes pour un meurtre annoncé

Publié le par Milton Dassier

Un drame affreux a défrayé la chronique en Martinique, la semaine dernière. Un drame qui aurait pu être évité si la justice avait fait son travail, si la police avait daigné écouter et prendre les choses au sérieux.

Sur le parking d’un grand centre commercial, un mari violent a attendu son épouse dont il était séparé. Il lui a tiré trois balles de revolver avant de s’acharner sur son corps à coups de poing et de pied. Trois balles, le visage défiguré et un traumatisme crânien. Cette jeune femme est en réanimation au CHU de Fort de France avec un pronostic vital très réservé.

 

Mariée depuis plus de 5 ans, l'esthéticienne avait ouvert un salon au Lamentin et s’apprêtait à divorcer. Il y a deux mois et demi, la jeune femme était retournée vivre chez ses parents. À de nombreuses reprises, elle avait déjà été violentée. « Ce mardi, c'était la troisième fois qu'il tentait de la tuer » , raconte sa mère qui souligne « avoir mis du temps à comprendre ce qui se passait réellement au sein du couple » . « Il avait deux visages » , embraye l'oncle. « Il était marié avec ma nièce mais il fréquentait d'autres femmes, il a même eu un enfant avec une autre.

 

Malgré les difficultés dans son ménage, la jeune femme - seule fille d'une famille de trois enfants - croyait que son mari allait changer. « À chaque fois, elle le laissait puis elle revenait, elle pensait que ça s'arrangerait. Mais, plus ça allait, plus leur relation se dégradait » , indique sa famille. Le 1er septembre dernier, marraine de l'enfant de son frère, elle se faisait une joie d'assister au baptême. « Lui ne voulait pas qu'elle vienne, il a menacé une de ses amies avec un coutelas et, avant qu'elle parte, il a pris un tuyau d'eau et l'a entièrement arrosée. Elle est arrivée à l'église trempée » , relate son père.

 

Pascale avait déjà porté plainte. Sept fois. Au Gros-Morne, à Trinité, au Robert, au Lamentin. Sans suite. « Les gendarmes appelaient son mari mais il ne répondait pas, ils l'ont convoqué mais il ne venait jamais. Pourquoi n'est-on jamais allé le chercher ? » , regrette aujourd'hui, amère, Martine, la mère.

Bien entourés dans cette dure épreuve par leur famille et leurs amis, les parents de la jeune esthéticienne tiennent bon. Coûte que coûte. Max l'assure : « Je m'occupe de ma fille et je suis en ville tous les jours à ses côtés » . Toute la famille prie pour un dénouement positif. « Si elle s'en sort, ce sera grâce à Dieu » , espère son oncle. Martine, la maman, elle aussi, fait preuve d'un grand courage. « J'en ai des tonnes! » , confie-t-elle, en essayant d'avaler quelques ingrédients. « Je me bats pour elle » , lance-t-elle, comme un défi à son bourreau.

 

Le meurtrier a été retrouvé pendu à un arbre sur une plage.

 

 

Sept plaintes pour violence. Sept plaintes classées sans suite…

Ici, pas de ministre, pas de secrétaire d’état. Des policiers ont assuré juste le minimum, recevoir la plainte et tenter de convoquer l’homme. Pourtant, les policiers savent se montrer zélés quand il s’agit d’arrêter un journaliste, un sans-papier ou un petit dealer.

Depuis des années, les associations de femmes dénoncent les violences conjugales et la passivité de la justice. Depuis des années, en Martinique, régulièrement, une femme est abattue par un conjoint violent.

 

 

Incompréhensible quand on se rappelle qu’un homme nous a répété régulièrement qu’il sera toujours du côté des victimes, encore plus s’il s’agit de femmes, durant sa campagne électorale.

 

 

Cet homme est aujourd’hui président de la république et malgré 30 mois de beaux discours sur les victimes qu’il faut protéger, on le voit, rien n’a changé.

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