Fort de France à feu et à cran

Publié le par Milton Dassier

Incidents de Fort de France: Suite


Depuis ce matin, une épreuve de force a lieu entre les békés soutenus par leurs salariés non grévistes et la population qui soutient le Collectif du 5 Février. Voir le début des évènements ici.

D'après RCI (Radio Caraïbes International) et d'autres sources, jusqu'à 16h30 heure locale, dans les quartiers de Trénelle et des Terresainvilles, quartiers déshérités très proche du centre-ville, la population s'en est pris aux convois des békés et des non grévistes au point que les gendarmes ont dû intervenir en chargeant et en tirant des grenades lacrymogènes à l'aveuglette, ce qui a ravivé la violence des combats. On aurait entendu des coups de feu et les cailloux, coutelas et autres armes blanches étaient dans les mains de tout le monde.


La population s'en prend donc depuis aux gendarmes en plus des békés. On signale 15 camions de gendarmes mobiles arrivés sur le lieu des affrontements qui se sont étendus dans une partie du centre-ville de Fort de France.


Le maire tente en ce moment même de calmer les esprits. Sans succès. Il essaye d'obtenir que les gendarmes s'éloignent. Des élus de la ville de Fort de France font un sit-in pacifique pour s'interposer entre gendarmes et la population de plus en plus nombreuse.


Les évènements se situent sur une rocade d'où on ne peut pas sortir sinon par les quartiers tenus par les manifestants qui restent à cran. Des milliers d'automobilistes sont coincés et font demi-tour pour prendre la rocade à contre-sens. D'autres assistés de gendarmes, de membres du collectif et d'élus municipaux cassent les rambardes et les glissières de sécurité pour ouvrir une sortie.

 

 

En cliquant ici, vous pourrez situer le lieu des incidents : le long de la bande blanche horizontale qui remonte par un virage à droite de l'image.


Des incendies de voiture dans d'autres quartiers de Fort de France ont été allumés, notamment du côté du port.

A 17h, accalmie relative mais situation tendue, du côté du quartier Trénelle mais affrontements et charges des gendarmes en plein centre-ville juste à côté de la Maison des Syndicats. Un tracteur du convoi des békés est en feu tout près de là, un semi remorque a été retourné en travers de la route; on compte deux blessés parmi les manifestants.

17h05, les membres du collectif, en signe d'apaisement, ont demandé à leurs sympathisants de se refugier dans les locaux de la Maison des Syndicats ou de quitter les lieux. Mais des manifestants font face et caillassent les gendarmes mobiles qui répliquent à coup de grenades lacrymogènes.

17h30: les combats sont rudes autour de la Maison des Syndicats. Les gendarmes ont tiré des grenades lacrymogènes dans la cour.

17h45: Les syndicalistes sortent et font face aux gendarmes, ils chantent en levant les bras : "Yo awmé, nou pa awmé!" ("ils sont armés, nous ne le sommes pas!"). Petit à petit, les gendarmes ont reculé et arrêté les tirs de grenades.

18h15 : le président du MEDEF se sent solidaire des contre-manifestants, et estime que la Martinique est aux mains de miliciens qui veulent instaurer une dictature et compare la Martinique à Haïti.

18h20: Le maire de Fort de France déclare avoir été sérieusement gazé lors des affrontements dans l'après-midi, a remercié la population des quartiers pour avoir gardé leur sang-froid et regrette que les gendarmes s'en soient pris aux gens des quartiers. Il estime que  ces incidents sont arrivés alors que les négociations avaient abouti justement aujourd'hui.  Pour lui, la manifestation des békés, "c'était pas le moment" ! (sic).

18h30: Philippe Pierre-Charles du Collectif du 5 Février signale que les négociations ont été interrompues à cause des actions des gendarmes et de la provocation du grand patronnat et des planteurs.
"Ces gens sont sur la sellette depuis plus d'un mois sur leur rôle historique et économique à l'origine des problèmes actuels et ils viennent faire leur parade. Ils cherchaient à rentrer dans Fort de France, Ces messieurs jouent avec le feu et n'ont pas compris l'exaspération de la population. Les gens ont mal pris que les beaux békés, pleins d'arrogance,  viennent visiter leurs laquais dans Fort de France."

18h36 : Fort de France se calme peu à peu mais incidents répétés dans le quartier des "Hauts du Port" que les gendarmes ont investis de façon musclée.


Cette contre-manifestation des békés et des non grévistes qui visait la Maison des Syndicats où se trouve l'état-major du Collectif du 5 Février a été vécue par la population comme une provocation. En effet, dans les quartiers où se déroulent les incidents, le mot d'ordre des békés pour une reprise du travail sans tarder ne peut avoir aucun écho puisqu'on y compte 40 à 50% de chômeurs...

Les békés et leurs amis n'ont pas pris la mesure des problèmes de la population. Par caprice et individualisme, ils ont joué avec le feu. Ils sont entièrement responsables de cette dégradation. En effet, ils manifestaient pour que les zones d'activités soient rouvertes. Or, l'une d'entre elle avait été partiellement "libérée" par les membres du collectif dés hier après-midi!

Publié dans anticolonialisme

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