Dieudonné au zénith : Du grotesque à l'art subtil et utile
Il y a des gens qui ont un train, que dis-je un train, un avion long courrier d'avance.
Dieudonné fait partie de ceux-là. Vous êtes surpris? Lisez la suite.
On m'a toujours appris à aller au delà des mots, au delà des faits même. On me disait, gamin, d'agir avec clairvoyance, d'être perspicace, de savoir lire entre les lignes, de comprendre les subtilités, du style et du contenu du message, de trouver "la substantifique moelle" même cachée dans les mots les plus grossiers, les os les moins tendres.
J'ai vu et revu la vidéo du prix remis à Faurisson dont tout le monde parle. J'ai lu et relu certains commentaires, certaines déclarations. Toutes partent du principe que Dieudonné est copain avec l'extrême-droite et presque toutes estiment qu'il en a adopté les idées, notamment celles qui ramènent à l'antisémitisme.
Raisonnement simple, simpliste même:
"Il a souvent pris position contre le sionisme, dit du mal de certains juifs, commis plein de maladresses trahissant sa haine des juifs, oui c'est sûr, il ne les aime pas, donc il est forcément antisémite.
Il a rencontré Le Pen plusieurs fois, celui-ci est peut-être même le parrain de sa fille, il est donc d'extrême-droite."
On le voit régulièrement avec des cadres et des intellectuels du FN, alors, ça veut dire qu'il a adopté les idées du FN."
Maintenant, reparlons de la vidéo. Cela se passe à la fin du spectacle. Dieudonné annonce une surprise et rappelle qu'il est un paria classé comme antisémite, il va donc donner du grain à moudre à ses détracteurs les tartuffes du bien penser, histoire que les journalistes ne soient pas venus pour rien. Il cite Bernard-Henry Lévy comme l'un de ceux qui l'a villipendé comme antisémite.
On a donc dés le départ, la conviction que, Dieudonné sait qu'il va provoquer l'ire indignée de ceux qui ont toujours cherché à le briser. Le prix remis à Faurisson est un sketch dirigé contre les représentants de ces experts parisien en tartufferie antiraciste.
Message simple : Dieudonné n'a pas mal quel que soit le mal qu'on lui fait. Après tout n'est-il pas le mal incarné?.
Les chiens aboient et la caravane passe.
Mais il y a pire. La leçon rhétorique et idéologique va être donnée maintenant, sur scène et tant pis pour ceux qui ne la verront pas!
Dieudonné explique avec malice qu'étant infréquentable, il a la légitimité pour choisir une personne à qui décerner un prix de l'infréquentabilité. Donc, qu'on va voir ce qu'on va voir.
Et il invite Robert Faurisson sur scène. Ce professeur est un ardent défenseur du révisionnisme de l'holocauste voulu et exécuté par les nazis, il a été maintes et maintes fois attaqué et diabolisé. Il est classé aussi infréquentable qu'un pédophile violeur d'enfants récidiviste. Pourtant, à l'extrême-droite, certains approuvent ses thèses qui nourrissent ainsi leur antisémitisme. Justement, il y a des cadres de l'extrême-droite dans la salle, il y a même Le Pen.
Dieudonné fait applaudir Faurisson, le public réagit au quart de tour. Une sorte d'ovation salue en effet Dieudonné pour l'audace de son coup. Puis un de ses techniciens déguisé en déporté, une étoile jaune agrafée à sa veste rayée, apporte un trophée : trois ou quatre pommes accrochées à une sorte de tige en plastique. Faurisson prend le trophée et s'apprête à discourir. Il parle alors de sa situation de type incompris et diabolisé mais à aucun moment n'aborde la question du révisionnisme. Tout juste arrive-t-il à dire que le mot "négationnisme" ne reflète pas la nature de ses thèses, que c'est un abus de langage de ses ennemis.
Cette remise de prix est totalement grotesque, elle a été voulue ainsi par l'humoriste. C'est tout de même un homme déguisé en déporté juif qui a remis un prix de pacotille à un historien universitaire détesté par tout le monde. Robert Faurisson nie l'holocauste et par là même, la déportation des juifs, du moins certains de ses aspects, donc pour lui, un déporté juif, d'une certaine façon, n'a jamais existé. L'apparition d'un type déguisé en déporté n'est donc pas forcément une injure aux juifs. En tous cas, je le vois comme ça.
Et puis, il y a les élites de l'extrême-droite venues se pavaner au spectacle de Dieudonné. Ils ont assisté à la scène, ils ont vu à quel point Faurisson a été ridicule sans malveillance, sans être attaqué ni même brocardé.
Au contraire, c'est la courtoisie de Dieudonné et l'ambiance dans la salle qui l'ont rendu ridicule. Se prêter avec complaisance à cette farce grotesque, devenir le bilboquet du bouffon, c'était prendre le risque d'être ridicule.
Faurisson a donc été le con consentant (con-con sentant?) de service dont tout le monde se rit en le laissant se griser de l'illusion du succès.
Rire de Faurisson en l'attirant dans cette bouffonnerie, c'était aussi rire de l'extrême-droite dont la plupart des chefs étaient présents. Eux aussi ont été les cons invités à ce grand dîner de l'humour. Une manière de comprendre que l'extrême-droite traditionnelle, habituellement si parano, ne vaut plus grand chose sur le terrain des idées et, qu'en termes d'influence, elle appartient au passé: à l'affaire Dreyfus, au fascisme, au nazisme et à la guerre d'Algérie. Puisqu'on peut en rire en sa présence, cette extrême-droite ne fait plus peur. Dieudonné fait ses bouffonneries ou ses bouconneries pour son public, pas pour des princes de quel bord qu'ils soient.
Vous avez lu la réaction de Le Pen qui a trouvé le spectacle intéressant (sic) et s'est dit "un peu choqué" (sic) par le sketch avec Faurisson. Oui, il a dit "un peu" pour ne pas paraître émotif, un chef ne peut pas être émotif; mais "choqué" tout de même, il l'a dit. Reste à savoir ce qui l'a effectivement choqué : l'allusion à la réalité de la déportation, qui d'un seul coup n'était plus un simple détail; ou le ridicule de Faurisson dont il partage au moins partiellement les idées?
La conclusion de tout ça est simple. Par un coup médiatique d'une audace incroyable, Dieudonné a réussi à se payer la tête de ses ennemis du Tout-Paris des belles lettres et de la laide télé mais aussi de ceux qu'on prend pour ses amis.
Dominique Sopo, lui, s'en prend au public de Dieudonné. Pour lui le crime est collectif, le public est complice puisque non seulement il est venu mais a applaudi. C'est très stalinien comme attitude. J'adore ces démocrates exemplaires, leur amour du peuple est sans commune mesure avec leur narcissisme.
Dieudonné doit s'expliquer ce soir, on verra bien ce qu'il en dira.