Affaire Bétancourt : Chavez à l'aise... Kouchner a les nerfs

Publié le par Milton Dassier

pompiers.jpgImaginez que, dans votre voisinage, un chat se soit perché dans un arbre à une hauteur inaccessible pour le commun des mortels. Les pompiers ont été prévenus et évaluent la situation qui s'annonce périlleuse. L'un d'eux parait avoir une idée. Pourtant, c'est un pompier controversé d'après ce qu'en dit un ancien médecin-pompier reconverti dans une administration à un rôle honorifique mais subalterne.


Pompier, bon oeil !

 
Auparavant, lors de la survenue de l'incident, vous vous étiez vanté de pouvoir aller chercher le chat quelles que soient les conditions. Votre promesse non tenue, vous n'en menez pas large et tout ce que vous pouvez faire, c'est d'être spectateur des allées et venues des pompiers, de sympathiser avec eux, de les soutenir moralement et de leur proposer de l'aide s'ils en ont besoin. Espérant rattraper ce qui apparait comme un échec, vous guettez le moment où les sauveteurs ramèneront le chat égaré et espérez le prendre dans vos bras juste à l'instant où vos voisins et des badauds se masseront près de la scène du sauvetage. Lorsqu'un vent humide d'émotion soufflera sur cette foule fébrile, vous pourrez même remercier ces sauveteurs publiquement, au nom des habitants du quartier, en laissant entendre qu'ils ont agi un peu sous votre direction en tous cas à votre demande. C'est à ça qu'on reconnait un homme politique authentique !
 

chavez-jpg-6696a.jpgUn dossier balèze pour Chavez


C'est exactement ce que Sarkozy aimerait faire si Hugo Chavez réussissait à faire libérer Ingrid Bétancourt et d'autres prisonniers des FARC, même si son demi-ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner semble plutôt douter du succès possible de cette négociation menée sous les bons auspices du président vénézuélien. Oui il doute. Au point de laisser entendre que l'action "humanitaire" menée par Hugo Chavez est simplement "utile" et que le président du Vénézuela est un homme "controversé". Moins pragmatique et opportuniste que son maître, le french doctor du quai d'Orsay voit, en Hugo Chavez, un révolutionnaire anti-américain qui piétine ses plates-bandes. L'action humanitaire et surtout le droit d'ingérence cher à Bernard Kouchner, Hugo Chavez se l'est approprié et, certainement, ne compte pas verser de royalties médiatiques au bouillant médecin trop atlantiste.

 

En lisant la chronologie des derniers évènements, vous vous ferez votre propre idée...

  16 août 2007

- Le 16 août 2007, L'Elysée annonce: Au 2.000ème jour de captivité de Mme Ingrid Betancourt, le Président de la République s'est entretenu ce jour par téléphone avec la famille de notre compatriote. Il a tenu à l'assurer de la complète détermination des autorités françaises et de son engagement personnel pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt ainsi que celle des autres otages détenus par les FARC en Colombie.
Le Président de la République appelle les FARC à faire, sans délai, les gestes nécessaires pour parvenir à un accord humanitaire
."

- Le même jour, Bernard Kouchner fait ce communiqué: "Notre détermination est pleinement partagée par nos partenaires espagnols et suisses, qui oeuvrent avec nous à la recherche d'une solution humanitaire. L'action de nos trois pays est appuyée par la Présidence de l'Union européenne et par la communauté internationale. Elle a notamment été soulignée par le communiqué du G8, qui a appelé les FARC à apporter une réponse positive aux initiatives du président colombien.
Plus que jamais, nous faisons nôtre cet appel.
Nous réitérons également, sans relâche, l'exigence maintes fois présentée aux FARC de fournir une preuve de vie de Mme Ingrid Betancourt, ce qu'elles n'ont pas fait depuis exactement quatre ans
."
  

Cela veut dire tout simplement, qu'à cette date, malgré ce qui avait déjà été annoncé pendant la campagne présidentielle, le gouvernement ne sait absolument rien sur la captitivté d'Ingrid Bétancourt et doute même qu'elle soit encore vivante! Il n'envisage alors que de proposer aux FARC et au gouvernement colombien, une action humanitaire menée avec certains pays de l'UE.

19 août


Entre temps, des rumeurs et des informations se font de plus en plus insistantes sur l'intervention d'Hugo Chavez qui pourrait servir de médiateur idéal entre les FARC et le gouvernement colombien.

- Le 19 août, à propos des prisonniers, M. Chavez demande au chef des FARC, Manuel Marulanda, de lui "faciliter la tâche" et de "débloquer le jeu".

 

25 août


- Le 25 août 2007, en déplacement à Arcachon, Sarkozy déclare: "
Bien sûr qu'on ira chercher Ingrid Betancourt aussi, et que je me battrai de toutes mes forces pour libérer cette femme injustement retenue dans des conditions épouvantables depuis cinq ans, parce que c'est mon devoir de le faire".

 

26 août


- Le 26 août, Bernard Kouchner répond à une interview du Parisien Libéré et réclame toujours des preuves de vie. Apparemment, il ne sait toujours absolument rien..."Nous espérons recueillir des preuves de vie. Dans cette affaire, nous sommes acharnés, mais il y a des milliers de prisonniers des Farc en Colombie, dit-on, dont certains détenus depuis dix ans. En Amérique latine, certains groupes sont des résidus du guévarisme, d'une lutte armée complètement obsolète. Ils se battent pour changer le monde. C'est très compliqué."

Visiblement, la tache est trop difficile pour le demi-ministre qui déjà n'y croit plus et incrimine l'affrontement des idéologies en Amétrique latine avec l'expression peu adroite de " résidus de guévarisme"! 

27 août

- Le 27 août, on apprend que Chavez doit se rendre en Colombie pour y rencontrer son homologue colombien. Les FARC annoncent alors qu'elles ne prévoient pas de libérer leurs prisonniers au Vénézuela mais acceptent que s'y déroule une négociation. Juste avant de partir, Hugo reçoit des membres de la famille Bétancourt. 

30 août

- Le 30 août, Chavez et Uribe se rencontrent à Bogota. Apparemment, le courant passe. Les FARC annoncent qu'elles vont rendre à leurs familles les corps de 11 prisonniers morts ou tués dans des conditions mystérieuses au mois de juin au cours de combats avec les forces spéciales colombiennes ce qu'elles refusaient jusqu'alors..

sarko-telephone.jpgEt qui c'est qui saute dans le train en marche?

Toujours le 30 août, l'Elysée annonce que Sarkozy a téléphoné à Hugo Chavez le jour-même et serait prêt à le rencontrer prochainement..

Mais attention, dans le poste de pilotage de la locomotive, Chavez prend beaucoup de place et Sarkozy n'a pas le gabarit malgré sa passion toute récente pour le rugby! 

31 août

- Le 31 août, les deux présidents Chavez et Uribe déclarent qu'un membre des FARC pourra se rendre sans encombre au Venezuela pour y négocier un échange humanitaire. Tout en se déclarant optimiste, Hugo Chavez recommande la prudence et la patience, et... en appelle à Dieu.

- Le même jour, Bernard Kouchner dit espérer que cette médiation "sera au moins utile", estimant qu'Hugo Chavez "peut apporter sa touche personnelle, bien qu'il soit lui-même très controversé".


Kouchner a les nerfs



Que voit-on dans cette série de déclarations et des fait qui s'y rattachent?

D'un côté, Chavez avance en terrain miné et marque déjà, en quelques jours, des points que personne n'aurait pu imaginer. Les FARC sont prêtes à négocier sous les auspices d'un médiateur en lequel elles ont confiance.

Sarkozy, lui, s'est planté sur toute la ligne. C'était couru car il n'a rien à offrir. Il n'est plus que le spectateur d'évènements sur lesquels il n'a aucune prise. Le Figaro a tenté de faire croire qu'il était à l'initiative de l'intervention d'Hugo Chavez avec ce titre très ambigu: "Bétancourt: Sarkozy appelle Chavez à la rescousse" dont une relecture peut laisser croire que le président français avoue son impuissance dans ce dossier en s'en remettant à un homme qui n'est pas de ses amis.

kouchchav.JPGUne fois encore après le dossier libyen et le dossier irakien, Kouchner est dans les choux.
 
Apparemment et ses déclarations le prouvent, il est hors-jeu, en proie au doute quant aux capacités de Chavez et semble même parier implicitement sur l'échec de l'initiative. Un aveu d'impuissance ou d'incompétence?
 

Sarkozy, lui, espère bien qu'Ingrid Bétancourt qui, rappelons-le, est franco-colombienne, se rendra en France dés sa libération ce dont il n'est même pas sûr..Mais ce n'est pas joué ! Seulement, on voit mal l'ancienne candidate à l'élection à la présidence colombienne prenant l'avion pour Paris, le jour même de sa libération en .. Colombie.

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Publié dans géopolitique

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P
Bien vu,Excellent parallèle.<br /> Vous marqueriez NS à la culotte qu'on aurait pas un meilleur papier.
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M
Oui, et d'ailleurs, dans le style "sauveteur" de la dernière heure, il avait fait ses débuts à Neuilly lors de la prise d'otages dans une école maternelle il y a plus de 20 ans..