Je
voudrais vous recommander les deux excellentes interviews de Michel Serres et de Noam Chomsky dans le journal « Les Echos ».
Voilà des hommes, des philosophes qui ont à la fois le recul et l’acuité intellectuelle nécessaires pour comprendre et partager leur compréhension du monde complètement fou dans lequel nous vivons.
Questionné sur la crise économique et financière, Michel Serres évacue le sujet avec facilité pour se focaliser sur bien plus grave : la crise de l’éducation et du partage du savoir. Et, au bout du compte arriver à cette conclusion terrible : « La société préfère son argent à ses enfants ! »
Il évoque le tsunami (sic) de l’enseignement, la façon dont un peu partout dans le monde, on a laissé tomber les enseignants et donc les enfants.
Au même moment, une étude fait le constat que presque partout en Europe, le nombre d’enfants mauvais lecteurs augmente..
Mais Michel Serres va plus loin en invoquant les profonds changements de la condition humaine, de la démographie mondiale à l’espérance de vie des occidentaux en passant par la famine. Une humanité qui est passée de 1,5 milliards d’êtres humains à 7 milliards en 70 ans.
Cela m’inspire une interrogation.
Dans les régions les plus déshéritées du monde, l’espérance de vie est, tout au plus, de 40 ans. Celle des européens est de 80 ans. Certains esprits tordus pourrait même en conclure qu’un occidental vaut deux être humains du tiers-monde et qu’après tout cela fait partie de l’ordre des choses.
N’est-ce pas cela qu’on retrouve dans les faits économiques et sociaux ? Une sorte d’échelle de valeurs qui veut que l’enfant africain ou indien va travailler dés l’âge de huit ans et mourir à quarante ans, au nom de la doctrine de la libre entreprise mondialisée alors que l’enfant européen bien nourri, bien soigné, ira à l’école dés l’âge de 2 ans&1/2, travaillera à peine trois cents jours par an et par le jeu des prestations sociales vivra une retraite confortable jusqu’à sa mort à plus de 80 ans.
Le monde a donc considérablement changé et selon, Michel Serres, les politiques, les médias et les entreprises font comme si on était en 1950. Ils prennent les gens pour des gens manipulables. Quant aux philosophes, ils se sont confortablement installés dans une posture politique qui les rend improductifs sur le plan de la philosophie et de la réflexion sur l’avenir du monde.
Absurde, tout cela est absurde et combien nous sommes aveugles de ne rien voir tant nous sommes gavés de propagande.
Armes de communication massive
Propagande, un mot qui évoque les guerres, les régimes totalitaires. Pourtant, c’est le mot choisi par Noam Chomsky pour parler de marketing, de publicité, de communication de masse.
Il parle d’un désir de contrôler les comportements économiques, de maintenir à tout prix la consommation, l’un des moteurs de l’économie qui présente un triple avantage : faire tourner l’argent, permettre aux états de s’endetter, financer des instruments de domination et de grands projets technologiques générateurs de profits colossaux.
Et si l’on rapproche la position de Michel Serres et celle de Noam Chomsky, on constate qu’elles se complètent. Moins d’éducation pour plus de contrôle des individus. Donner une qualification oui mais avec un risque diminué de conscience qui pourrait remettre en cause la matrice. C’est bien là que les idées de fabrication du consentement de Noam Chomsky prennent tout leur sens. Seule l’opinion publique peut freiner ou orienter une politique. C’est bien parce que les écologistes se sont accrochés à leurs idées qu’on arrive aujourd’hui à faire de Copenhague un évènement planétaire auquel les Etats-Unis se sentent obligés de faire bonne figure.
Publicité et propagande idéologique et politique plus ou moins déguisée en séries ou jeux télévisés ont pris une place bien plus grande que celle de l’école dans la tête des enfants de l’occident. Il faudrait peut-être même trouver un moyen objectif de le mesurer ces phénomènes. Combien d’heures de publicité vue ou entendue par semaine, combien de séries télévisées mettant en scène des « déviants » (terroristes, criminels de toutes sortes, activistes politiques) arrêtés par de vaillants policiers futés, combien de jeux où l’on peut gagner une somme facilement y compris par SMS. Tout ça pour maintenir opérant le modèle du rêve de fortune, du rêve de pouvoir, du rêve de gloire.
Chomsky dit : « Contraindre les gens à s’intéresser aux choses superficielles de la vie, c’est une bonne façon de contrôler les personnes ! »
De là, s’expliquent parfaitement les tendances à la censure et l’autocensure : ne pas déprimer, ne pas décourager le citoyen consommateur d’adhérer à ce système très au point. Que surtout, ce brave type ne le remette pas en cause. D’où la volonté de museler l’internet qui reste un monde encore libre.
On évite donc soigneusement certains sujets liés à certaines pratiques mettant en cause des pays, des multinationales, des idéologies, des politiques. Une sorte de « circulez, y a rien à voir » quand il s’agit du pillage des ressources de certains pays, de néocolonialisme, de travail forcé, d’exploitation de la misère, de droits faramineux pour les pollueurs, de contrôle des ressources sensibles.
Quelques personnes posent des questions sur le 11 septembre ? Circulez, y a rien à voir, vous êtes des fachos antisémites !
Quelques personnes posent des questions sur la corruption à l’échelle des états, des grandes institutions ? Circulez, y a rien à voir, vous êtes contre la paix dans le monde !
Quelques personnes posent des questions sur Monsanto, les OGM, la main mise de multinationales sur les ressources biologiques, énergétiques, minérales ? Circulez, y a rien à voir, vous êtes des archaïques.
Quelques personnes posent des questions sur la présence des armées occidentales au Moyen-Orient et l’injustice commise aux palestiniens, aux kurdes, aux tchetchènes et tant d’autres? Circulez y a rien à voir, vous êtes des islamofascistes certainement bourrés d’antisémitisme rouge, vert et brun.
Le tout est donc de ne pas se retrouver dans le camp de ceux qui condamnent par avance juste parce qu’on pose une question. Malheureusement, l’imprégnation des propagandes est si grande que même le plus libertaire peut devenir un procureur.
Poser des questions, c’est remettre en cause car dans toute interrogation, il y a un doute, une réponse qui ne demande qu’à s’échafauder à partir de données incomplètes. Il y a donc tout un rapport à la vérité qui est train de se modifier dans nos sociétés. Les propagandes se croisent, s’opposent, s’instrumentalisent et les mots n’ont plus que le sens que chacun a envie de leur donner.
Dans nos sociétés, l’urgence du présent n’est plus la vérité mais la persuasion.
Avec ça, on ne fabrique pas un monde qui s’émancipe mais des murs, des barreaux et des cages !
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Milton Dassier sur l'actu

Il faut lire de toute urgence
l’interview qu’a accordé Julien Coupat au journal Le Monde. Une interview réalisée par échange de lettres.
et déteste leurs
amis parce qu'ils sont trop méchants et forcément antisémites...
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