Y a-t-il un lien entre l'affaire Clearstream et le Karachigate?

Publié le par Milton Dassier

  

 

L'affaire du karachigate rebondit à l'infini, à la manière d'une de ces balles qui partent dans tous les sens une fois que vous l'avez lancée contre un obstacle.

 

Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont adopté une tactique radicale pour bousculer la conspiration du silence: porter plainte contre certains des protagonistes cités. C'est ce qui vient de se passer avec Dominique de Villepin. Celui-ci a relevé le défi en demandant à être entendu par le juge d'instruction et en déclarant ce qu'il savait au JT de TF1 hier soir.

 

Désormais, le silence n'est plus d'or

 

L'affaire a pris une nouvelle tournure depuis la publication dans la presse, le 18 novembre, des déclarations de Charles Millon, l'ancien ministre de la défense de Jacques Chirac en 1995. Le président de la république, convaincu de l'existence des rétrocommissions envers certaines personnalités politiques en vue, chargea son ministre de procéder à des enquêtes avec écoutes téléphoniques puis d'arrêter les versements des commissions aux intermédiaires qui en rétrocédaient une partie à des français. 



J'ai lu les déclarations que Charles Millon a faites au juge Renaud Van Ruymbeke, un nom revient régulièrement: celui d'un des membres de son cabinet du ministère de la défense: Marwan Lahoud.

 

Il est l'un des deux hommes chargés par le ministre de la défense Charles Millon d'enquêter sur les contrats d'armement susceptibles de donner lieu à des versements occultes, les fameuses rétrocommissions.

 

Extraits de l'audition de Charles Millon

 

CHARLES MILLON :

J'ai demandé à mon cabinet d'alerter toutes les directions pour qu'elles procèdent à des vérifications. A mon cabinet, c'est Marwan Lahoud qui en était responsable sous la responsabilité du directeur de cabinet.

 

LE JUGE :

A l'issue des investigations auxquelles vous avez procédé, qu'avez-vous fait ?

 

CHARLES MILLON :

Il a été mis fin à certains contrats de commissions. Marwan Lahoud et peut-être aussi le directeur de cabinet, M. Chaussendre, donnaient instruction en ce sens, soit à M. Castellan de la DCN, soit à M. Mazens, soit aux entreprises concernées.

.../...

 

LE JUGE : Est-ce que d'autres personnalités ont eu des renseignements sur la situation ?

 

CHARLES MILLON :

Ce sont essentiellement M. Mazens et M. Lahoud qui s'occupaient de cela.

 

 

Marwan Lahoud est devenu par la suite, directeur de la stratégie et du marketing d'EADS en 2007 après avoir été le PDG de la filiale d'EADS "Missile MBDA Systems", leader européen pour la production de missiles.

 

Un frère encombrant

 

Marwan Lahoud est aussi, le frère d'Imad Lahoud, "l'informaticien" qui aurait falsifié les listings Clearstream pour le compte de Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS à l'époque.

 

Sans mettre en cause Marwan Lahoud, il est tout de même troublant que les deux frères aient été cités respectivement dans le karachigate et l'affaire Clearstream. Pas au même niveau d'implication, c'est vrai.  L'un sur instruction de son ministre sans sortir de la légalité, l'autre dans une affaire complexe particulièrement opaque dont il fit les frais en justice.

 

On dit que les deux frères ne se fréquentaient plus mais ils gravitaient tous les deux dans les plus hautes sphères du complexe politico-militaro-industriel à la française. Par exemple, c'est Marwan Lahoud qui a présenté Imad Lahoud à Jean-Louis Gergorin, celui qu'on montre comme le corbeau de l'affauire Clearstream.

 

Clearstream a été également cité par un ancien directeur de la DCN comme ayant été utilisée en toute discrétion pour les transferts des rétrocommissions entre diverses sociétés écrans supervisées par le ministère du budget de l'époque dirigé par Nicolas Sarkozy.

 

L'affaire Cleastream annonce-t-elle le Karachigate?

 

L'affaire Clearstream éclate en 2006, sous la présidence de Jacques Chirac, un peu plus d'un an avant l'élection présidentielle. Elle semble accréditer l'idée que certaines personnalités étaient impliquées dans le scandale des frégates de Taïwan, dont Nicolas Sarkozy.

On peut donc se demander quel était le but recherché à propos des faux listings Clearstream: car malgré les enquêtes, l'instruction et le premier procès, on a n'a aucune idée du mobile, du but recherché par ceux qui ont procédé.

 

J'imagine, quant à moi, modestement, que les faux listings Clearstream ont pu être un signal envoyé à certains protagonistes impliqués dans des transactions opaques liées à la vente d'armes ou de haute technologie. Un élément pour un chantage habile dans un règlement de compte entre "chiraquiens" et "balladuriens".

 

Le signal pouvant se lire comme "Voyez ce qu'on peut vous faire!". Soit, les chiraquiens en sont à l'origine et ont ainsi menacé les balladuriens d'aller plus loin c'est à dire vers du concret saignant, soit ce sont les balladuriens qui ont lancé l'histoire pour mettre en cause des chiraquiens très agressifs et les empêcher de faire des révélations avant la campagne présidentielle de 2007 en les discréditant.

 

A noter: Renaud Van Ruymbeke, est un des juges d'instruction du karachigate. Il fut aussi l'un de ceux de l'affaire Clearstream..

 

On peut s'attendre à bien d'autres révélations dans les semaines qui viennent.

Publié dans justice

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