Violence ou langage de la force?

Publié le par Milton Dassier

arrestation.jpgJe lisais le récit sur cet automobiliste mort pour de la tôle froissée sur le bord d’une autoroute. Un véritable massacre, quelque chose d’inimaginable, un type battu à mort parce qu’il exigeait de faire un constat amiable.

Je ne m’explique pas cette violence gratuite. Apparemment, pas de provocation, rien qui soit en rapport avec cette démesure. Il y a sûrement l’instinct grégaire et l’interprétation erronée d’une situation grave, de danger pour la jeune automobiliste alors qu’il ne s’agissait que d’un litige.

 

Il y a peut-être aussi le refus des usages en vigueur dans le pays. Un témoin  a rapporté qu’une des paroles échangées était : « Un constat, c’est pour les français ! ». Ce à quoi, face à l’insistance peut-être colérique de Mohamed, propriétaire de la voiture heurtée, d’en établir un, la jeune automobiliste en tort, a pris peur et a préféré appeler des renforts dans une cité des Mureaux, connue pour son haut niveau de délinquance.

Les autres, croyant leur copine en mauvaise passe, se sont imaginés je ne sais quoi par je ne sais qui et sans discuter, ont décidé de massacrer le « coupable ».

 

Plus emblématique, le procès de Villiers-le-Bel avec ses policiers pris pour cible dans un œil pour œil, dent pour dent qui en dit long sur la réalité des relations entre ces jeunes et la police.

 

Beaucoup de gens diront : réaction de  sauvages, de barbares totalement écervelés, des gens sans foi, ni loi, irrécupérables. On parlera de zones de non droit, de délinquants dans l’âme, de caïds. On en profitera pour passer à la loupe l’origine et la religion des protagonistes pour en tirer des conclusions hâtives.

 

La société française est de plus en plus violente un peu partout mais surtout dans ses villes et leurs banlieues défavorisées, laissées à l’abandon . Mais, je n’accablerai pas le gouvernement actuel de ne rien faire ou de ne pas faire assez. Au contraire, il s'agite beaucoup mais que de ressemblances avec l'état d'esprit de la répression dans les colonies du temps jadis.

 

Même confinement dans des zones « réservées », même ségrégation, même mépris. Un mépris qui ne semble trouver aucune limite. Il n’y a qu’à voir la façon dont l’équipe de France de football est insultée de façon irraisonnée depuis son fiasco.

Une ségrégation de fait alors que du temps des colonies, elle était encadrée par des lois.

 

Rappelez-vous. La ségrégation était telle que la plupart des lois, des us et des coutumes françaises ne s’appliquaient pas dans les zones habitées par les autochtones. L’administration laissait la justice du quotidien à des juges de paix indigènes reconnus comme tel par leurs « administrés » et l’administration française. Le travail forcé, le code de l’indigénat étaient en vigueur. La soumission était enseignée et transmise de génération en génération.

 

On était dans le développement séparé, un apartheid qui ne disait pas son nom. Il faut croire que la république française a toujours eu des citoyens de seconde zone, des français entièrement à part pas faciles à contenir.

 

Finalement, derrière les belles paroles pleines de civilités et de civilisation pour les « actualités », se cachait la violence. Une violence aveugle et injuste.

 

« Ils ne comprennent que le langage de la force ! » déclarent, dans une belle unité, le politicien, le militaire, le policier ; aujourd’hui comme hier… Alors, les parias s’exprimeront avec le même langage : la violence.

 

Frantz Fanon parlait de cela avec la double expertise du psychiatre et du combattant de la libération. Si on suit son analyse en les appliquant à la situation d’aujourd’hui, le refus des règles, des lois républicaines et la violence qui s’affiche dans certaines cités, correspondent à la fois à une réponse à la violence de la suprématie des valeurs blanches distillées de force sur plusieurs siècles et une tentative inconsciente de se réapproprier son ego.

 

Audace des comportements, on brûle le drapeau français au fronton d’une mairie ou on insulte le président de cette république tant honnie en lui disant : « Casse-toi enculé, ici c’est chez moi ! ». Ce président qui utilise des mots aussi violents comme l'ont souvent rapporté les médias..

 

Le malaise est donc considérable et les réponses de type « coloniale » l’ont exacerbé. D’aigu, il est devenu chronique.

 

Alors, une seule étincelle, une seule et….

Publié dans opinions

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iMind 01/07/2010 19:51


Mon commentaire précédent , au final , vous donne raison...
Evidemment !


iMind 01/07/2010 19:48


Pour ma part , je ne crois pas que la société est plus violente aujourd'hui.
Du temps de la grandeur (??) coloniale française , certains actes n'étaient pas considérés comme délinquants, et , évidemment échappaient aux statistiques.Les militaires pouvaient violer des
indigènes en toute impunité (ou presque) , en 1967 , aux Antilles , la police tue avec facilité et sans sanction , les ratonnades des années 70 n'étaient pas jugées...bref , l'insécurité
existait...pour les plus pauvres.Aujourd'hui , la presse prétend que l'Afrique du Sud est le pays le plus violent du monde , alors , que durant l'Apartheid , 3/4 de la population vivaient dans
l'insécurité totale de la discrimination raciale.Les critères de délinquance et criminalité ont juste changé.
Quant à la mort de Mohammed , elle est à comparer avec la mort de n'importe quel citoyen non-Musulman tué par d'autres lâches autre non-Musulmans.Beaucoup l'oublient , mais , beaucoup de viols ou
de meurtres sont intra-communautaires.


christian nc 01/07/2010 04:17


bonjour Milton,

excellente analyse.

bien a toi

Christian nc


nubiennes 30/06/2010 08:33


Juste analyse .Il y a ségrégation et beaucoup d'hypocrisie en france .