Victoires diplomatiques en série : La percée de l’Iran

Publié le par Milton Dassier

Si je voulais donner de quoi se réjouir à mon esprit chauvin, je crois que je choisirais la nationalité iranienne.

Voilà un pays qui se modernise, s’enrichit et évolue. Voilà un pays à l’histoire trimillénaire qui conserve sa fierté nationale contre vents et marées de propagande. Voilà un pays qui garde son sang-froid malgré la présence de plusieurs dizaines de milliers de soldats hostiles à son existence, louchant sur ses ressources énergétiques, à quelques encablures de ses frontières en Irak et en Afghanistan.

Je ne ferais pas dans la naïveté et l’angélisme, étant bien conscient que le pays n’est ni un modèle de démocratie ni un exemple pour les droits de l’homme. Par contre, force est de reconnaître que l’Iran est un pays qui avance et se forge un grand destin.

 

Regardez tout de même ! Dans le concert des nations, l’Iran vient de remporter trois grands succès diplomatiques.

Le premier, c’est cette alliance stratégique qui se dessine peu à peu avec la Turquie, la Syrie et la Russie.

Le deuxième, c’est d’avoir su faire plier le gouvernement français sur l’affaire Clotilde Reiss. Un échange de la jeune sous-traitante de la DGSE contre l’assassin de Chapour Baktiar qui a pris du temps pour que l’opinion publique française pense qu’il n’y a pas eu de contre-partie.

Le troisième, c’est l’accord conclu avec la Turquie et le Brésil pour l’échange d’uranium comme le souhaitaient les occidentaux. Sauf que l’accord se fait sans eux. De quoi les rendre sceptiques.

 

N’oublions pas que l’Iran a de bonnes raisons d’être méfiantes des occidentaux. Cela date depuis longtemps. La prise du pouvoir du shah d’Iran avec le soutien de British Petroleum, vous savez la société qui pollue le Golf du Mexique aujourd’hui. Autres griefs, la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein soutenu par les puissances occidentales, les menaces explicites d’invasion ou de bombardements agitées par les Etats-Unis de Georges Bush et Israël.

 

On aurait pu penser que l’isolement diplomatique et commercial allait avoir raison de l’Iran et l’amener à plus de modestie. On peut même se demander si les chancelleries occidentales n’avaient pas misé un peu trop vite sur la chute d’Ahmadinejad lorsque, éclatèrent les troubles de Téhéran après les élections à la présidentielle et, la répression qui s’en suivit.

 

Et voilà qu’avec cet accord, la Chine et la Russie ne voient plus les sanctions d’un bon œil.

 

Israël se retrouve à gesticuler tout seul et les européens se retrouvent face à leurs nombreuses contradictions.

 

Vous en voulez quelques-unes ?

 

Quelle attitude prendre avec la Turquie ?

Rappelons que la Turquie est un pays très important de l’OTAN qui se porte caution de l’Iran désormais. Elle est un pays à cheval sur l’Asie et l’Europe qui se voit refuser l’entrée dans l’Union Européenne. Elle s’allie avec la Syrie, l’Iran et la Russie pour favoriser les échanges commerciaux et une coopération tout azimut.

 

Quelle attitude avec le pays qui bloque toute solution au Proche-Orient et encourage les occidentaux à soutenir une action militaire contre l’Iran : Israël ?

 

Quelle attitude avoir vis-à-vis du Brésil ?

Un pays ami de la France et de l’Europe mais aussi de Cuba et du Venezuela, avec lequel la France tente de signer des accords et des contrats d’armement très importants, et qui se porte garant de l’Iran.

 

Tout cela signifie bien que la diplomatie française n’a plus de dessein à long terme et reste insensible aux évolutions du monde. Elle gère le quotidien. Elle va d’échec en échec quand ce n’est pas d’affront en affront. Curieusement, elle s’est spécialisée dans la conclusion de contrats commerciaux aux juteuses commissions et dans la libération « d’otages » : Ingrid Bétancourt, les infirmières bulgares, les zozos de l’Arche de Zoé, Clotilde Reiss et quelques journalistes.

 

Les institutions de l’Europe deviennent un frein, la francophonie n’est plus un moteur de l’action diplomatique, l’Union Pour la Méditerranée est en panne deux ans à peine après sa création, l’OTAN que la France a réintégrée, s’enlise en Afghanistan. Les marchés financiers internationaux décident de la politique économique et sociale de la France. Un bilan absolument brillant!

 

Le monde a de nouveaux centres de gravité. L’un d’entre eux, peut-être le plus important, est l’Asie Centrale ne serait-ce qu'à cause des ressources énergétiques qui s'y trouvent : gaz naturel et pétrole. L’Iran a choisi de n’être ni une dictature qu’on achète comme l’Irak de Saddam, ni une démocratie molle et faible à l’occidentale, elle n’en a pas les moyens pour l’instant.

 

Il serait peut-être temps que l’occident en tienne compte au lieu de chercher à la déstabiliser depuis des décennies.

 

 

Publié dans international

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A2N 18/05/2010 14:54


Bonjour Milton !

Tu as tout dit dans ton texte. Les Duhamel, Apathie et autres éditocrates devraient plus lire tes billets. Cela aura au moins de le mérite d'aérer leurs neurones.

A+

A2N


maurice 18/05/2010 07:11


Espèrons que l'Iran prenne sa place dans le concert des grandes nations au coté des russes et des chinois dans un avenir proche.


AJ 17/05/2010 21:20


Quel texte de haute voltige !

Je m'en inspire.