Tout le monde doit être uni contre tous les autres...

Publié le par Milton Dassier

bvomi.jpgCe que j’aime bien en tenant ce blog sur l’actu, c’est de constater qu’avec la masse d’infos de toutes sortes qui arrivent sur le net en provenance de partout, il en existe qui se contredisent mutuellement si on les met bout à bout.

C’est un exercice salutaire pour l’esprit, une sorte de gymnastique quotidienne des méninges qui, s’arrêtant à la brutalité d’une actualité savamment martelée par ceux qui souhaitent l’exploiter, tentent d’en dégager ici une tendance, là une contradiction voire une désinformation systématisée.

 

Ainsi, d’hier à aujourd’hui, quatre nouvelles sont tombées sur les téléscripteurs.

 

Zemmour fait toujours le buzz avec ses déclarations ultradroitières génératrices de haine et de division en une époque qui appellerait plutôt au rassemblement et à l’unité.

Son livre se vend très bien. En plus d’être un polémiste télégénique, il est devenu une référence de la pensée de droite, attirant même à son chevet quelques têtes pensantes d’une gauche nationaliste réactionnaire. Des gens qui veulent serrer la vis à tous ceux qui ne sont pas d’accord qu’ils soient humoristes, intellectuels ou leaders d’opinion.

 

L’habileté de Zemmour tient en ce qu’il a réussi à laisser croire que sa déclaration « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » veut dire en réalité : « la plupart des noirs et arabes sont des trafiquants. »

 

Même chose avec les contrôles au faciès qu’il assimile à des arrestations pour le même motif. Les gens « décomplexés » ont donc compris les choses comme ça : On les arrête parce que la plupart des noirs et arabes sont des trafiquants. Ils en rêvaient, Zemmour l’a fait.

 

Autre nouvelle qui devrait faire un buzz aussi grand ne serait-ce que par le nombre de personnes concernées et le problème républicain qu’elle pose : le nombre de discriminations sur l’origine et la couleur de la peau signalées à la HALDE est en augmentation et 40% d’entre elles se portent contre des personnes immigrées ou les enfants d’immigrés. Une enquête de l’INSEE montre que 14% de la population a subi une discrimination.

 

Malheureusement, alors qu’il s’agit d’égalité des droits, dans l’esprit des supporters de Zemmour, ces discriminations sont vues comme un mal nécessaire ou pire comme l’expression d’une liberté au nom d’un principe de précaution ou de la sécurité. Si la plupart des noirs et arabes sont des trafiquants pourquoi devrait-on leur faire confiance pour un emploi ou un logement ?

Le mot discrimination rappelle celui de « criminel » non ?

 

Et puis, l’inévitable question de la burqa ressurgit pour mobiliser l’électorat de droite consterné par la défaite aux élections. Car, les enjeux sont grands. La droite pourrait perdre le sénat en 2011…Un coup très dur avant 2012 !

C’est promis, on fera une interdiction de la burqa, la plus large possible, Fillon dixit.

Sauf que le conseil d’état, comme prévu, ne voit une interdiction conforme à la constitution que si elle ne remet pas en cause le droit à l’autonomie personnelle, c'est-à-dire la liberté de s’habiller. Une interdiction de la burqa ne pourrait donc concerner que les lieux qui accueille du public et qui impose qu’on soit identifiable pour la sécurité publique, pour faire valoir un droit ou régler un achat par carte ou par chèque : administrations, sorties d’école, banques, bijouterie, caisses dans les commerces, gares, aéroports..etc.  Des situations déjà prévues par la loi en fait.

Le conseil d’état propose même non pas une amende mais une sanction pédagogique avec l’obligation de voir un médiateur.

La tant attendue sévérité proposée par certains risque de n’être qu’une gesticulation inutile de plus.

 

Mais, l'essentiel se joue en fait dans les têtes. Nous en sommes pour l'instant aux identités suivantes:

Burqa = crime;

noirs et arabes = criminels;

discrimination = protection

 

Cependant, il faut bien distinguer les élites de ce pays des autres. Des autres dont on ne sait pas bien qui ils sont en ces temps troublés.

 

Dernière nouvelle : Le bouclier fiscal pourrait être aménagé voire remis en cause.

Mais on se presse lentement pour définir comment. Le principe d’équité devant les efforts à fournir en temps de crise semble gagner un peu de terrain. L’argument qui consiste à dire qu’il est intolérable qu’on taxe la moitié des revenus d’un contribuable qui s’est tant fatigué pour le gagner ne tient plus la route. Quand l’échelle des revenus va de 1 à 200, c’est à mourir de rire !

Après impôt et sans bouclier fiscal, en 2007, l’écart entre les 5% les plus riches et les 10% les plus pauvres était de 32868 €. Si un pauvre moyen gagne 1000€ par mois après impôt, un riche moyen gagne 33 fois plus. Il s’agit de moyenne, certains plus riches gagnent encore plus et certains pauvres bien moins de 1000€. Et encore ! On ne prend pas en compte les revenus du patrimoine forcément plus important chez les plus riches!

Qu’en est-il aujourd’hui avec la crise et le bouclier fiscal ?

 

Un bouclier fiscal qui, forcément depuis 2007, a favorisé l’accroissement du revenu disponible des plus riches tandis que les plus pauvres ont vu leur pouvoir d’achat stagner sinon reculer.

 

Pourtant, si on en croit le débat dans le monde médiatico-politique, l’interdiction de la burqa, semble susciter plus d’adhésion que les inégalités de plus en plus grandes des revenus qui mettent à mal les finances du pays et la stabilité sociale. Alors tous ces débats admirablement relayés à la télé et dans les radios, des écrans de fumée ?

 

Nous sommes dans un pays où le « Touche pas à mon pote ! » a vécu et s’est mué en « Touche pas à mon portefeuille ! »

 

Bouclier fiscal = justice + protection des meilleurs

Les meilleurs sont presque toujours blancs, de bonne lignée, bon milieu. Les criminels presque toujours sont basanés et musulmans. Entre les deux, le doute subsiste sauf en cas  de docilité authentique ou de larbinisme sincère.

 

Je ne peux m’empêcher pour finir de citer un grand humoriste : Luis Rego qui, en 1983, déconnait face à un Le Pen hilare et  avait une vision prémonitoire de la société d’aujourd’hui. Sauf que pour lui, c’était la société fasciste dans ce qu’elle a de plus grotesque…

 

Une société parfaite, c’est une société où les chiens font là où on leur dit de faire, où il n’y a pas de grève, où les partis politiques ne viennent pas nous beurrer la raie à la télévision, où les travailleurs immigrés sont là pour travailler et non pour se goinfrer de couscous, où le terrorisme doit être interdit, où les riches doivent être contents d’être riches et les pauvres contents d’être pauvres, une société où tout le monde doit être uni contre tous les autres, où l’oncle doit être marié avec la tante.

 

Une société parfaite est une société où l’on ne rit pas bêtement.

 

Normal,  quand on sait que les grands humoristes sont bien souvent les baromètres involontaires de l’état des civilisations.

 

 

Publié dans opinions

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