Situation inextricable en Côte d’Ivoire

Publié le par Milton Dassier

J’ai découvert la Côte d’Ivoire il y a bien longtemps à travers les yeux d’un copain. Adolescent, il s’était retrouvé là-bas dans les bagages de ses parents partis pour faire fortune.

Son père avait monté une boîte pour équiper les administrations ivoiriennes de matériel informatique dernier cri et leur concocter des logiciels sur mesure.

 

C’était l’époque d’Houphouët-Boigny à l’apogée de son pouvoir, juste avant qu’il ne construise une immense cathédrale dans sa ville natale de Yamassoukro.

 

Avec son cacao, ses ananas mais aussi son pétrole, la Côte d’Ivoire était un petit paradis pour migrants européens.

 

Mon copain m’écrivait et revenait à Paris pour les vacances. Il me parlait de ses découvertes, de cette Afrique en ébullition dont les sons et les musiques ne parvenaient pas encore à nos oreilles européennes.

 

La Côte d’Ivoire était un enjeu économique pour l’Europe, un des fleurons de la post-colonisation à la française.

 

Laurent Gbagbo s’accroche au pouvoir comme un bigorneau à son rocher. Il est vrai qu’il a eu le temps d’en apprécier les plaisirs. Un premier mandat puis une guerre de civile qui lui a donné les pleins pouvoirs du moins sur le sud du pays. Pas facile de quitter tout ça au bout de dix ans.

 

Il a dû oublier qu’en 1995, il avait appelé au boycott de l’élection présidentielle après la mort d’Houphouët-Boigny, une consultation qu’il estimait truquée et perdue d’avance.

Le vainqueur, Henri Bédié sera renversé, quatre ans plus tard,  par un général, Robert Guéï.

Déjà à l’époque, on écartait les candidats qui menaçaient de prendre le pouvoir. Tout se passait bien tant que les perdants rentraient dans le rang, attendant leur heure tout en reconnaissant l’autorité du plus fort.

 

Mais les susceptibilités peuvent susciter l’envie d’en découdre militairement…

 

D’où, après la déception et les désillusions du peuple, la crise qui verra une Côte d’Ivoire au bord de la scission.

 

Dans l’esprit de Laurent Gbagbo et dans celui de la plupart des hommes politiques ivoiriens, on ne voit dans l’élection présidentielle que le moyen d’avoir la caution du peuple et une image de respectabilité aux yeux de la diaspora africaine qui vit en occident sans oublier les autres pays du monde. La prise du pouvoir se joue en fait bien avant dans des alliances et des collusions.

 

L’exemple gaulliste reste le modèle essentiel. En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo aime tenir le rôle de l’homme providentiel qui ne partage pas le pouvoir et canalise sur sa personne, les espoirs du peuple. Cela renforce la cohésion, fait taire les opposants et permet d’avoir un discours sans compromis, dynamique voire offensif.

 

A la recherche de stabilité, la France aurait tendance à soutenir ce genre de dirigeant. C’est mieux pour les affaires. Sauf qu’ici, l’état français a perdu son influence politique et doit s’en remettre au rôle économique des entreprises françaises et des migrants qui y restent implantés.

 

Sans doute désormais, l’exemple ivoirien restera un cas d’école des dérives post-coloniales.

Quand le pouvoir repose sur un clan autour d’un homme pendant des décennies, rien n’est plus incertain et conflictuel que sa succession.

 

En Côte d’Ivoire, un clan en a chassé un autre. Pourquoi voulez-vous qu’il s’en aille juste parce qu’il a perdu les élections ?

 

Les traditions ont ceci de terrible qu’elles sont faites pour durer…

Publié dans international

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H-Yves 20/12/2010 21:45


Voilà bien un sujet , sur lequel je voudrais bien entendre l'équipe de WikiLeaks. Je suis sûr qu'il est plus facile de savoir ce qui se passe dans la Françafrique quand on a les moyens de collecter
des informations ultra-confidentielles du Pentagone.