Quand la justice pédale dans la mélasse aux Antilles

Publié le par Milton Dassier

Aux Antilles françaises, la justice n’est pas vraiment transparente. Et elle est bien souvent d'une lenteur qui exaspère, surtout quand il s'agit de grosses affaires.

 

On se souvient de certaines graves affaires d’abus de biens sociaux et de détournement de fonds qui avaient défrayé la chronique à une époque sans que jamais personne ne soit inquiété. Rappelons-en quelques unes.

 

  • La faillite étrange d’Air Martinique en 1995, dirigée par un proche de Jacques Chirac et dont certains avions se « baladaient » en métropole pour des voyages privés et souvent gratuits de personnalités. Le coût pour les collectivités qui renflouaient la compagnie : 100 millions de francs 

  • Le scandale de la banque « Crédit Martiniquais » qui fit faillite avec une comptabilité d’une opacité telle qu’il fallut 12 ans à la justice pour enquêter et prononcer des mises en examen en correctionnelle dont certaines sont caduques, les intéressés étant décédés de leur belle mort.

 

  • Le scandale d’Air Guadeloupe dont l’instruction (4 ans) vient de se terminer. Une instruction qui met en cause le fils de la présidente de la chambre de commerce de Pointe à Pitre et le conseil régional de Guadeloupe dirigé à l’époque par Lucette Michaux-Chevry, ancienne ministre de Balladur et mère de l’actuelle secrétaire d’état à l’outre-mer.

 

  • Sans oublier le scandale des pesticides, le chlordéone, dont nous faisions état sur ce blog et que la presse nationale a décrit. La justice avance à pas de manikou tant les responsabilités politiques, économiques et financières touchent des gens puissants sur place aux Antilles et sans doute des hauts fonctionnaires ministériels pour leur négligence voire leur complaisance.

 

 

Justice "manikou" qui hésite et se laisse aveugler, justice « molokoye » (tortue) qui traine, justice zandoli qui lézarde... comme dépassée par l’ampleur des affaires dont elle est saisie.

 

L’affaire du crash aérien au Vénézuela, en 2005, qui vit la mort de 153 habitants de la Martinique et des 5 membres de l’équipage colombien, en témoigne.

 

Le plus drôle est que ce dossier qui n’avançait plus, se voit relancé grâce à la justice américaine qui se déclare compétente pour l’examen de la plainte des familles de l’équipage colombien. On sait donc grâce aux enquêteurs américains que le dirigeant d’une compagnie de tourisme (Newac) aurait affrété un avion de la West Caribean, une compagnie au bord de la faillite, en sachant parfaitement qu’il s’agissait d’un avion mal entretenu qui avait déjà eu un gros pépin et dont le frère jumeau (un MD82)  avait même fait un crash au Panama cinq mois plus tôt. Il aurait ainsi trompé les sociétés chargées en Martinique d’organiser la série de voyages entre La Martinique et le Panama. Des soupçons pèsent sur la façon dont il a réussi à souscrire les nécessaires contrats d’assurance.

 

Mais, question efficacité de la justice, il y a peut-être pire avec ce que révèle MédiaPart.

 

Pendant la grève du LKP en Guadeloupe, en 2009, vous vous en rappelez sûrement, un syndicaliste avait été tué d’un coup de fusil, la nuit dans sa voiture, alors qu’il cherchait à contourner un barrage. Une enquête avait permis de trouver le coupable à partir de balles retrouvées chez lui, des balles de même type que celle qui tua Jacques Bino, des balles de chasse pour gros gibier. Il s’avère aujourd’hui que la police n’a jamais trouvé de balles chez cet homme mais qu’il en avait eu en sa possession quelques années auparavant ! La version officielle dit que le tireur aurait pris la voiture de Jacques Bino pour une voiture de police banalisée. Les témoins n’ont pas formellement reconnu l’accusé. L’homme en isolement dans la prison de Pointe à Pitre clame son innocence et a entamé une grève de la faim.

Il faut dire que cette bavure d'un LKPiste était bien commode dans le contexte insurrectionnel de l'époque.

 

Médiapart révèle aujourd’hui, qu’une piste sérieuse bien moins commode a été négligée.

 

Dans le même périmètre (à moins de 200m), des coups de fusil ont été tirés en direction de pillards de magasins. Une milice patronale avait été chargée de protéger les magasins du pillage et s'était embusquée à portée de fusil. Un homme a d’ailleurs été blessé par un groupe de gens fortement armés et cagoulés et, comme par hasard, on n’a pas pu établir par quel type de balle. Le SRPJ ayant refusé dans un premier temps de recevoir sa plainte…

 

Un des miliciens a pu abattre Jacques Bino en le prenant pour un pillard ou pour une autre raison… Toutes les hypothèses sont ouvertes.

 

La vérité emprunte souvent de longs chemins pour être connue.

 

 

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