Pacifier la jungle avant que la savane ne s’embrase

Publié le par Milton Dassier

Le débat sur l’identité nationale voulu par Eric Besson et Nicolas Sarkozy risque de se retourner contre ses initiateurs. Avec cinq millions de musulmans, 2 millions d’originaires de l'outre-mer et 500.000 français d’origine africaine, comment ne pas voir que la nation française n’est plus ce qu’elle était démographiquement alors que tout laisse penser le contraire quand on examine le pedigree de son élite politique et économique.

 

Comme par hasard, cette proposition de débat survient après quelques dérapages à peine contrôlés non pas de Dieudonné ou de Jean-Marie Le Pen mais de ministres ou leaders de la droite dite républicaine, d’intellectuels proches de conceptions européocentristes. Car l’européocentrisme cache un racialisme d’une nouvelle mouture qui trouve sa source dans celui issu de la colonisation.

 

Si on fait une rétrospective des déclarations à contenu raciste de ces dernières années, on s’apercevra que leur nombre ne fait que s’accroître malgré les excuses et autres regrets de leurs auteurs : Alain Finkielkraut, Georges Frêche, Philippe de Villiers, Brice Hortefeux, Eric Zemour, Philippe Val, Nicolas Sarkozy et tout dernièrement Eric Raoult pour ne citer que les plus emblématiques.

 

Ce qui réunit toutes ces personnes, c’est la défense d’un européocentrisme qui fait de la société et de la culture européenne la référence à l’échelle du monde.

L’Europe est une addition de nationalismes tempérés par la conscience aiguisée de ses intellectuels que sa culture rayonne sur le monde en particulier grâce à son histoire partagée lors des colonisations et des migrations massives vers les continents américains et l’Australie.

 

Les langues européennes des pays colonisateurs sont les plus parlées en dehors de leurs frontières d’origine. Or la langue parlée et écrite est à la base de tout média. Chaque langue détermine une zone d’influence internationale.

 

Des intellectuels et des politiciens européens voient leur aire d’influence menacée par ce qu’ils appellent eux-mêmes la mondialisation. Les échanges concernent tout autant les biens et les marchandises, que les informations. Et ainsi, l’on apprend que ce qui était présenté comme une vérité intangible n’est pas vu ainsi dans un autre pays ou un autre continent.

La glorieuse histoire de l’Europe, à travers ses conquêtes, ses apports de civilisation, ses progrès technologiques offerts au monde, revient au visage des européens sous sa forme obscure de massacres, d’asservissements, de déportations, de commerce d’armes, de trafics.

 

Toute individu peut penser que l’autre constitue un miroir qui lui renvoie un écho de ses paroles, une image de lui-même. Si l’écho et l’image ne correspondent pas à l’idée que l’individu a de lui-même alors, ne sachant plus vraiment qui il est, son équilibre identitaire est rompu. La réaction peut être alors de rendre le miroir responsable car trop déformant.

 

Il en va ainsi des relations entre cultures, des rapports entre civilisations comme des individus.

La dictature de l’image nourrit forcément des frustrations car chaque individu est un miroir pour tous les autres. Tout dépend du poids donné à l’image et à son miroir.

L’Europe et sa filiation occidentale se sentent menacées et cela est proportionnel à sa vanité. D’où ce besoin pour certains de fixer l’identité de leur nation à des valeurs, des clichés issus d’une histoire écrite sur mesure.

 

Quand Nicolas Sarkozy dit que la France en a assez de s’excuser et propose un débat sur l’identité nationale, il appelle les français les plus motivés à se regarder dans le miroir de leurs propres yeux et ainsi, nier le regard de l’autre.

 

D’ici quelques décennies, si elle contiue ainsi, le rayonnement de l’Europe sera à l’échelle de ce qu’elle est en réalité : un petit continent composé de moyens et petits pays qu’on admire pour leur histoire tumultueuse, leur art de vivre et la grandeur passée de leur culture.

En paraphrasant Hegel, on pourrait dire que l’Europe, et d’une certaine manière l’occident, aimerait continuer le jeu du maître qui invite ses anciens esclaves à sa table en pensant faire œuvre de grande humanité. N’est-ce pas l’esprit qui préside aux réunions internationales d’aujourd’hui?  C’est inscrit dans la mentalité des politiciens et intellectuels bien pensants de la droite européenne.

 

Frantz Fanon ne disait-il pas :

 

« Cette Europe qui jamais ne cessa de parler de l’homme, jamais de proclamer qu’elle n’était inquiète que de l’homme, nous savons aujourd’hui de quelles souffrances l’humanité a payé chacune des victoires de son esprit. »

 

Et malgré la misère et le mal vivre, beaucoup ont compris que la France et l’Europe, telles qu’elles sont aujourd’hui,  ne sont plus ces phares qui prétendaient éclairer le monde. Une Europe de moins en moins sûre d’elle-même. Une Europe qui a mal à son identité…

 

Ce que l’Europe craint c’est à la fois ce monde extérieur qui s’émancipe et une partie de sa population qu’elle traite comme des sous-citoyens, des indigènes. Qu’on se rende compte du prix du sang versé par les citoyens de l’outre-mer français à travers une dizaine de guerres petites et grandes sans que cela change grand-chose à la vision qu’en ont la plupart des élites dirigeantes françaises! Le fils du postier martiniquais dont les aïeux ont combattu à Verdun, à Monte-Cassino ou en Indochine se sent toujours un citoyen toléré quand il subit un contrôle de police.

 

Quand Eric Raoult explique que Marie Ndiaye critique trop durement la France et que même Yannick Noah et Lilian Thuram n’ont pas été aussi loin,  non seulement on sent pointer une belle once de racisme banania dans sa pensée mais il donne totalement raison à Frantz Fanon quand il disait :

 

« La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par des meutes de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin.  »

 

Des jeunes dans les cités ne font que reproduire ce qu’ils ont appris de la société française qui les a parqués dans des ghettos. Leurs parents ont joué le jeu de l’insertion sociale en travaillant, en donnant de la vie à ces quartiers et, surtout, en restant à leur place. Ces enfants n’ont vu que ce que la société leur a montré par  télévision et police interposées : société spectacle, argent facile, sexe, violence, école ringardisée, sport survalorisé, suspicion, stigmatisation.

 

La grande peur des grands sorciers de la rue du Faubourg St-Honoré est bien celle que décrivait Frantz Fanon, celle où les indigènes, décidant d’être leur histoire en actes, s’engouffrent dans les villes interdites…

 

L'urgence de ces chamams de l'identité nationale : pacifier la jungle avant que la savane ne s’embrase…

 

Publié dans anticolonialisme

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ll999 18/11/2009 00:05


j4AVAIS PRESSENTI CETTE CONCLUSION,JE PENSE QUE CETTE INTERROGATION AUSSI SOUDAINE QUE LÉNIFIANTE,OUTRE SON CARACTÈRE OPPORTUNISTE A QUELQUES MOIS DES ÉLECTIONS RÉGIONALES,TRADUIT AVANT TOUT UNE
PEUR VISCÉRALE DE PERDRE SON EMPRISE SUR LA SOCIÉTÉ ET DE PARTAGER LE GÂTEAU DU POUVOIR.
PENDANT DES DÉCENNIES LE MÂLE BLANC CATHOLIQUE A ETE LA QUINTESSENCE MÊME DE L'IMAGE DU POUVOIR ,comme ce pays est l'HERITIER DES GRANDS PRINCIPEs DE LA REVOLUTION IL A FALLUT SE METTRE EN
ADÉQUATION AVEC LA DEVISE RÉPUBLICAINE EN ACCORDANT A REGRET LE DROIT DE VOTE AUX FEMMES
TIRAILLE ENTRE UNE VANITE INCOMMENSURABLE DE LAQUELLE ON TIENT POUR ACQUIS LA PRSEANCE FRANCAISE EN MATIERE D'UNIVERSALITE DES DROITS DE L'HOMME ,ON SE TROUVE DES LORS CONTRAINT DE METTRE EN
ADEQUATION LES GRANDS PRINCIPES AVEC LA REALITE.
Les elites francaises de longue date ou europeenes fraichement naturalisées finissent par admettre les nouveaux venu qui remplissent les critères du droit au sol comme des français ,face à la
menaçe de bouleversement des situations on procède à un stratagème ,une réflexion forcée sur l'identité nationale le but étant de définir les contours de l'identité nationale de manière si
restrictive qu'on pourra exclure les indésirables aux fins de conserver le statut quo antes.
On parlera d'héritage judéo-chrétien pour exclure nos compatriotes de confessions musulmanes,boudhiste ,certains vont meme s'enhardir pour miniser le droit du sol pour introduire en catimini le
droit du sang,et hop on pourra rayer de la carte tous les basanés.
Quant bien mem ses propositions ne seraient pas retenies l'impression va rester ,les tabous se libérer,et dans le meilleur des cas certains français serontn regardés dans les yeux de la majorité au
pire comme des immigrés au mieu comme des français de seconde zone.
La foule n'est qu'un cheval fou qui ne demande qu'à cavaler en liberté si on ne lui met pas la bride au cou.
L'HOMME POLITIQUE A UNE RESPONSABILITÉ ,IL DOIT DE TEMPS A AUTRE ALLER A CONTRE COURANT D'UNE CERTAINE OPINION ET ÉLEVER CERTAINS CITOYENS EN ESPRIT.
Les elites continuent ainsi de diviser pour mieu spolier le plus grands nombres au bénéfive de quelques uns,et certains jouent le jeu sans connaitre les règles car alors ils sauraient qu'ils seront
perdant à tous les coups,interrogez-vous le véritable scandale n'est-ce pas le fossé béant ente la richesse exponentielle de quelques-uns et la pauvreté sans fond de la majorité ?pensez-vous que
s'il y avait une répartition équitable de la richesse sur toute la surface du globe en générale et dans notre pays en particulier la question de l'immigration se poserait avec la meme acuité ?


Milton Dassier 18/11/2009 00:16


C'est très juste. Ce qui est terrible c'est combien l'oeuvre de Fanon est d'actualité 40 ans après sa mort.