Obama, Sarkozy, Merkel : La géopolitique des cloportes

Publié le par Milton Dassier

Il y a quelques jours, Hillary Clinton a annoncé que l’administration US ne faisait plus du gel de la colonisation israélienne à Jérusalem et en Cisjordanie, un préalable pour son soutien à Israël lors de la reprise des négociations avec l’autorité palestinienne.

Ce revirement montre la faiblesse américaine non seulement dans les dossiers du Proche-orient mais sur l’ensemble de la scène diplomatique.


Les prédictions de personnes averties comme Emmanuel Todd se sont donc réalisées. Celui-ci décrivait, dés 2002, la course vers l’abîme des Etats-Unis, l’affaiblissement économique s’ajoutant à la démesure des moyens militaires déployés pour contrôler certaines parties du monde et la perte de crédibilité qui en résulterait.

Un pays qui ne peut plus faire face aux exigences de sa politique internationale et de sa prétention à être le gendarme du monde, un pays miné de l’intérieur par les outrances d’un capitalisme financier qu’il a contribué à favoriser et le lobbying, voilà ce que sont devenus les Etats-Unis.

 

Petit à petit, depuis la fin du 20ème siècle, les théâtres d’opérations et les zones de conflit se sont déplacés vers l’est. Irak, Tchetchènie, Géorgie, Afghanistan, Pakistan. L’Asie centrale dans son ensemble se trouve sous le feu des rivalités entre grandes puissances régionales et mondiales. Les occidentaux risquaient d’être les grands absents d’une région où quatre puissances nucléaires rivalisent d’influence sur des pays regorgeant de ressources énergétiques : Russie, Iran, Irak, Pakistan, anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

 

Leur guerre contre le terrorisme fut donc la grande trouvaille des think tanks américains pour s’ingérer militairement en Asie centrale : Irak, Afghanistan et aujourd’hui le Pakistan avec en plus des bases militaires dans des pays « amis » : Turquie, monarchies pétrolières de la péninsule arabique et du golfe persique, Tadjikistan.

Les talibans, Al-Qaïda, les rebelles pakistanais sont finalement bien commodes pour justifier cette présence occidentale. A condition qu’elle soit couronnée de succès militaire sinon les opinions publiques en occident pourraient la remettre en cause.

On comprend donc aisément l’importance mythique des attentats du 11 septembre. Une capitalisation à long terme avec un retour sur investissement en dividendes géopolitiques et économiques.

 

Après avoir envisagé avec logique de prendre leurs distances avec les Etats-Unis lors de la seconde guerre d’Irak, les occidentaux, en bons vassaux des USA, sont à présent tous ralliés à la guerre contre le terrorisme. Pourtant, du temps de l’amitié Chirac-Schroeder, l’occasion était belle pour la France et l’Allemagne de coordonner leurs politiques étrangères et de se rapprocher de la Russie et de la Chine et gagner ainsi en souveraineté.

 

Il aurait suffi que la France et l’Allemagne partagent le siège de la France au conseil de sécurité de l’ONU pour que le duo ainsi formé pèse comme une grande puissance capable de choisir ses amis et refuser les ennemis qu’on a trop souvent tendance à lui imposer.

Une puissance bipolaire de 150 millions d’habitants au PIB de 6700 milliards de dollars à la tête de l’Union Européenne, possédant l’arme nucléaire et un siège au conseil de sécurité de l’ONU aurait eu un poids bien plus important pour négocier les changements qui secouent le monde.

 

Au lieu de ça, les nouveaux responsables de la France et de l’Allemagne se sont dépêchés de recoller les morceaux avec des Etats-Unis déjà affaiblis qui, malgré leur colère, n’avaient pas pu prendre de mesures de rétorsion envers elles après l'épisode irakien. Une fois la colle prise, c’est avec des courbettes qu’ils rencontrent les dirigeants américains comme vient de le faire Angela Merkel tout dernièrement. Comme des collégiens boutonneux, chacun tente de montrer à son l’opinion publique qu’il a une relation privilégiée avec le "mono" américain.

 

Cette vision sans envergure d’un monde toujours dominé par des Etats-Unis pourtant faibles, n’augure rien de bon. Car l’oncle Sam va continuer sa descente aux enfers pendant que d’autres pays disputeront aux occidentaux leur influence : La Russie mais surtout la Chine, l’Inde, le Brésil. Leur passé de pays du tiers-monde leur donne un avantage considérable pour nouer des relations équilibrées avec les pays qui possèdent les ressources minières, agricoles et énergétiques dont ils ont besoin. C’est ce que fait la Chine avec l’Afrique, c’est ce que fait le Brésil en n’hésitant pas à se rapprocher des pays de l’ALBA et donc d’Hugo Chavez.

C’est ce que font la Chine, la Russie, l’Inde et la Turquie avec l’Iran.

 

Une Turquie qui remet en cause en ce moment même la relation privilégiée qu’elle avait avec Israël. Il faut dire qu’elle a bien senti qu’une attaque de Tel Aviv contre l’Iran nuirait à ses propres intérêts. L’Iran et la Turquie ont une frontière commune… Il y a aussi l’aveuglement des dirigeants européens dont certains, comme Nicolas Sarkozy affichent une authentique hostilité à la Turquie tout en affirmant qu’Israël fait virtuellement partie de l’Union Européenne !

 

Tout cela ressemble fort à une rivalité pour se partager un gros gâteau. L’Afrique aux français, aux européens et à la Chine. L’Amérique du sud en bonne voie de se libérer du joug US.  L’Extrême-orient à la Chine et les occidentaux grâce à l’Australie, la Corée et le Japon. L’Asie centrale comme point de convergence de tous les appétits.

 

Pas étonnant que ça chauffe là-bas plus qu’ailleurs !

 

Dommage que la France en soit réduite à suivre, le regard torve et le dos courbé, la politique étrangère américaine en trépignant de pouvoir se mettre en avant.


Bien maigre consolation pour son larbinisme sioniste et atlantiste!

Publié dans géopolitique

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