La révolution du peuple égyptien bientôt confisquée?

Publié le par Milton Dassier

Le peuple égyptien a fait preuve d'un courage immense en allant manifester pendant douze jours. Douze jours à défier le pouvoir d'Hosni Moubarak, à affronter sa police puis ses sbires appelés pudiquement "pro-Moubarak" alors qu'il s'agissait de policiers en civil et de miliciens.

 

 

Les égyptiens ont tenu contre ces provocateurs, ces casseurs, acheminés très facilement par cars entiers, à la Place Tahir dont les accès étaient pourtant bloqués par l'armée..

 

Les égyptiens ont tenu malgré la tentation du lynchage généralisé, du massacres, des règlements de compte en masse.

 

Car c'est dans ces moments-là qu'on voit la dignité d'un peuple.

 

Dans les chancelleries occidentales et plus particulièrement aux Etats-Unis, on prépare un drôle de plat.

Leur seul préoccupation: Comment garder l'Egypte comme vassal tout en provoquant le changement qui fera rentrer le peuple égyptien chez lui?

 

C'est une chance pour les Etats-Unis, la rue se préoccupe de Moubarak, pas des relations avec Israël et les Etrats-Unis. On peut donc penser le remplacer comme une simple pièce détachée automobile qui lâche à cause de l'usure.

 

Oui, l'Egypte est un pays clé. Si elle s'extirpe de son rôle de caniche, c'en sera fini de l'équilibre de la terreur au Proche Orient.

 

Le Proche Orient vit dans l'équilibre, l'équilibrisme devrais-je dire.

 

Pour l'Egypte, le canal de Suez, la fourniture de gaz naturel à Israel, la coopération dans la lutte contre le Hamas. Et si tout cela était remis en cause par un gouvernement issu de la révolution?

 

Les conséquences? Le commerce mondial altéré, l'économie israélienne affaiblie, les palestiniens en position plus forte pour imposer leurs vues car un rapprochement Hamas-OLP redeviendrait possible.

 

Autres conséquences: le discrédit des occidentaux et d'autres révolutions à venir ailleurs.

 

Je reviens dans les cuisines de la Maison-Blanche. Le drôle de plat qui s'y prépare n'est ni plus ni moins qu'un coup d'état soft pour placer au pouvoir des gens qui conserveront à l'Egypte sa situation de vassal. Il faut trouver les bons ingrédients, le bon dosage et les bons serveurs quand on apportera le plat au peuple.

 

Donc, on cherche à recruter un nouveau maître d'hötel. Et ça prend du temps de trouver le futur Moubarak. Il faut d'abord convaincre l'ancien de renoncer à son CDI, de faire ses cartons et vider son casier. Le problème est qu'il s'accroche et qu'il a sûrement de bons moyens de chantag pression pour espérer y parvenir. Financements politiques, prisons secrètes de la CIA, services rendus en toute discrétion, informations sensibles accumulées ..etc.

 

En attendant, les chasseurs de tête cherchent. Vous voulez voir la petite annonce?

 

Homme de dialogue et musulman pratiquant, il ne doit pas avoir été compromis dans des affaires douteuses ou dans la répression, il doit être issu des militaires ou proche d'eux, il devra concilier un pouvoir fort et une ouverture démocratique dynamique mais contrôlée jusqu'aux prochaines élections qui lui donneront sa légitimité démocratique et internationale.

Il aura été formé aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, et avoir montré, par le passé, son soutien même discret, à la politique de coopération avec les israéliens.

 

En attendant, tout ce petit monde cherche à gagner du temps en espérant que, de guerre lasse, les manifestants accepteront de manger, le plat qu'on leur prépare.

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H-Yves 07/02/2011 07:22


Il y a peu , personne ne croyait qu'un Noir pouvait devenir Président des USA...avant une vingtaine d'années. Ca semblait graver dans le marbre pour beaucoup (mais pas pour certains historiens
comme François Durpaire). La caricature sur les USA est si forte que ces prophètes se sont souvent cassé les dents.
Aujourd'hui,je suis prêt à parier ( c'est pour ça que je l'écris) que si Obama va interférer pour une transition douce, les USA n'iront pas jusqu'à priver les Egyptiens de leur révolution. En
France, on est un peu trop caricatural sur l'interventionnisme des USA dans le monde. Je suis même prêt à parier que maintenant, compte tenu de la nouvelle donne dans la région, les Républicains et
Démocrates trouveront le prétexte pour mieux prendre leurs distances avec Israël. Les relations israélo-américaines ne sont pas gravées dans le marbre,elle non plus.C'est même un fardeau depuis
toujours aux USA. C'est l'allié encombrant. Aux USA, on dit qu'Israël pourrait être aux Américains, ce que la France était à la GB en 1940, ou l'Italie à l'Allemagne.La France a failli précipiter
la GB dans le gouffre , quant à l'Italie,c'est clair, c'était la casserole qui a contraint la Werhmacht a intervenir partout ou Mussolini se prenait les pieds dans le tapis...et, il s'en est pris
des gamelles. Le principe de base étant : "Mon Dieu, prôtège-moi de mes amis, je m'occuperai de mes ennemis!".
Se débarrasser de cette allié encombrant était même l'arrière-pensée des néo-conservateurs associés à Bush,quand en 2003, ils ont pensé pouvoir remodeler facilement cette partie du monde. Mais, en
France, on a préféré croire que ce n'était QUE pour le pétrole, alors que le pétrole d'Irak coûte plus cher aux USA qu'à la France puisqu'il doit être acheminé par tanker sur plusieurs milliers de
km , alors qu'il arrive par pipe-line en Europe sur une distance moindre. Maintenant, il est clair que les USA s'intéressent aussi aux pétroles irakiens...moins pour leur consommation que pour
priver leurs adversaires potentiels ( la Chine et l'Iran si celle-ci essayait de de profiter de la faiblesse de Saddam) de ressources faciles.

En 1948, ce sont les Soviétiques qui ont, les premiers reconnus et soutenus Israël.Pas les USA! Déjà,en 1956, les Américains ont mis les bâtons dans les roues des Israéliens dans la crise
égyptienne, alors que la France , la GB , et Israël se faisait un plaisir de se partager ce pays. En clair, sans les USA, l'Egypte serait le caniche de la France, la GB et Israël. Est-ce abusif de
dire ça?
Le canal de Suez était la fierté de la France...

Alors, si je ne me trompe pas, ce qui se passe pourrait bien être le début de la fin des bonnes relations israélo-américaines engendrées par la Guerre Froide. Roosevelt aurait appelé ça, la
nouvelle donne (New Deal).