La France : un pays qui couche et se couche

Publié le par Milton Dassier

La Turquie de 2010 est à l'opposé de la France de Sarkozy. On se souvient tous de la façon dont l'administration Erdogan s'est opposé à Israël ces derniers mois quitte à facher ses alliés de l'OTAN. On se rappelle également sa prise de position en faveur des droits de l'Iran. Pourtant, en 2004, Erdogan était devenu un espoir pour les diplomates américains. Qu'on en juge.

 

Quand Erdogan était dans les petits papiers de Washington

 

Le mémo que j’ai traduit de ce qu’a publié Wikileaks est particulièrement intéressant. En 2004, les américains de l’équipe Bush étaient enthousiastes à l’idée de travailler avec Erdogan, Premier Ministre de la Turquie.

Ils louent ses qualités, son pragmatisme et sentent que les relations seront constructives avec lui.

 

Pourtant, quelques années plus tard, Erdogan se montrera prêt à prendre ses distances d’Israël et à se rapprocher de la Syrie et de l’Iran, les voisins de la Turquie. Si on en croit l’esprit de ce mémo, ce changement ne viendrait pas d’une mésentente de fond avec les américains. D’ailleurs Erdogan n’a jamais parlé de quitter l’OTAN. Sa crainte serait que les américains laissent un état kurde de facto, se créer au nord de l’Irak. Il n’en aura rien été. De quoi le rendre satisfait.

 

Toutes les hypothèses restent ouvertes pour comprendre pourquoi la Turquie a modéré son zèle pro-occidental. Sans doute,Israël a-t-il trop pris ses aises dans la région avec la bienveillance des américains et de certains pays occidentaux hostiles à l’entrée de la Turquie dans l’union européenne. Erdogan a senti que cela menacerait les relations de la Turquie avec ses voisins, eux-mêmes hostiles à Israël, c'est-à-dire, la Syrie et l’Iran. Bref il est tout à fait possible qu’Erdogan ait refusé d’appliquer la fameuse maxime : « les amis de mes amis sont mes amis», lui préférant une approche plus pragmatique qui cadre finalement bien avec le portrait qu’en font les diplomates américains.

 

Le mémo de 2004 sur Erdogan

 

P.M. Erdogan attend de Washington de se concentrer sur Chypre, la réforme économique, et de la coopération anti-terrorisme entre autres. En retour, il fera pression pour

(1) des actions concrètes de la part des États-Unis pour bloquer la formation d'un Etat kurde de fait dans le nord de l’Irak;

(2) des actions concrètes des Etats-Unis contre le PKK en Irak, et

(3) un appui clair pour son gouvernement.

 

Alors que la partie turque voit la visite principalement sur le développement de notre stratégie globale commune, M. Erdogan est également à la recherche d'une issue public qu’il pourra présenter comme des résultats concrets. Dans le même temps, bien que M. Erdogan soit actuellement contestée en tant que figure politique de première importance en Turquie, il fait face à des défis qui, en cas d’échec, auront une incidence sur sa longévité au sein du gouvernement, sur le développement démocratique de la Turquie, et la coopération américano-turque.

 

Erdogan semble être à son apogée politique avec une chance hors du commun alors qu'il se prépare pour sa visite du 28 et du 29 janvier à Washington, où il espère démontrer l'administration américaine le reconnaîtra comme un partenaire à part entière.


Erdogan a montré qu’il était prêt à entendre les préoccupations des États-Unis comme

(1) de parvenir à un règlement du problème chypriote avant le 1er mai;

(2) de distinguer, une réforme économique crédible des politiques macroéconomiques;

(3) à coopérer sans réserve contre le terrorisme des groupes de tous bords, y compris les islamistes (il rejette le terme "terrorisme islamique"),

(4) de coopérer sur l'Irak;

(5) d’ouvrir la frontière avec l'Arménie, et

(6) de rouvrir le séminaire du Patriarcat œcuménique de Halki de manière acceptable pour le Patriarcat.

 

A son tour Erdogan fera valoir que l'amélioration des relations américano-turques à un niveau supérieur dépend directement 

(1) des actions US clairement politiques et diplomatiques pour dissiper la conviction et ressentiment chez les Turcs de tous les partis que les États-Unis sont pour  la formation de facto  d'un état kurde indépendant dans le nord de l'Irak;

(2) des actions concrètes du gouvernement américain visant à éliminer la menace du PKK en Irak,

(3) de l'appui soutenu du gouvernement américain pour une nouvelle initiative sur Chypre, et

(4) du signal sans équivoque que les États-Unis appuie le gouvernement démocratiquement élu.

A qui avons-nous à faire ?

 

Erdogan est charismatique, et possède un sens commun et une mémoire phénoménale des visages et des fonctions de milliers de membres du parti à travers le pays. M. Erdogan a un fond solide et pragmatique. Son pragmatisme l'a conduit loin du milieu islamiste radical de son passé, un point à noter pour nous malheureusement par son (radical), ancien chef spirituel Kemal Hoca. Son pragmatisme l'a aussi amené à éviter de pousser dans la précipitation l'ordre du jour islamique tels que le port du foulard islamique tout en utilisant ses compétences et sa personnalité et en maintenant son emprise sur les cœurs de ses partisans les plus religieux.

 

En bref, ce politicien, Erdogan a une capacité à communiquer son empathie pour les souffrances et les aspirations du citoyen ordinaire. Il projette l'image de la Tribune de l'Anatolie, prêt à combattre la corruption et les privilèges, et à défendre les traditions conservatrices. Son parti, le AK a remporté la majorité parlementaire des deux tiers en novembre 2002 lors des élections nationales. En raison de l'image du AK représentant le parti du changement au niveau national,  le AK pourrait gagner environ 50% des voix le 28 Mars à l'échelle nationale lors des élections locales. Cela  donnerait au AK le contrôle de 65% ou plus des 3.200 municipalités en Turquie, y compris probablement Istanbul et Ankara et Izmir peut-être même, où AK n'a pas bien fait jusqu’à ce jour, plus la plupart des autres grandes villes. Chaque étape par l'establishment turc pour essayer de le diminuer - que ce soit par la législation de blocage ou d'attaquer ses motivations - cimente sa popularité dans l'expansion urbaine de la Turquie et à travers le centre anatolien. Alors que l'opposition reste active dans différents lieux de l'appareil d'État, M. Erdogan n’a aucun adversaire crédible.
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La suite est du même acabit et aborde la politique intérieure turque.

 

Que révèle ce mémo ?

 

La façon dont les Etats-Unis restent très attentifs à ce qui se déroule chez leurs vassaux et leurs protectorat. La Turquie est dans l’OTAN et occupe une position stratégique face à la Russie,l’Iran, la Syrie…

Il faut appeler un chat un chat. En réintégrant l’OTAN, la France a décidé sa subordination au grand frère américain, une subordination qui implique le contrôle politique indirect des affaires intérieures de ces pays.

De Gaulle avait justifié la sortie de la France de l’OTAN en invoquant l’incompatibilité à se voir comme une puissance ayant un rôle propre à jouer dans le monde et l’appartenance à un ensemble dominé par une superpuissance.

Sarkozy a donc signé le renoncement de la France à jouer le rôle que de Gaulle avait rêvé et mis en œuvre pour elle.

Pour les Etats-Unis et le reste du monde, la France n’est plus qu’un membre du triumvirat qui dirige une Europe en fin de compte très faible sur le plan politique.

 

Avec ses prises de positions récentes quant à Israël, l’Iran et la Syrie, la Turquie s’affiche comme une vraie puissance capable de peser sur le plan politique face aux occidentaux tout en restant leur allié sur l’essentiel. Désormais, la France est loin d’être à ce niveau d’affirmation d’elle-même puisqu’elle suit à la lettre les recommandations américaines que ce soit sur le bouclier anti-missile, la bienveillance éhontée vis-à-vis de la politique d’Israël et le traitement du dossier afghan.

 

Quand vous apprenez que JF Coppé est en Chine pour renforcer les relations entre l’UMP et le Parti Communiste chinois, malgré la répression, malgré les conditions des travailleurs chinois, vous vous dîtes que la France n’est plus qu’un pays qui couche et se couche.

 

Publié dans géopolitique

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