La France qui gagne, la France qui perd...

Publié le par Milton Dassier

Je repense au débat sur l'identité nationale et le discours de Fillon. Un Fillon qui a lu le discours préparé pour Sarkozy puisque celui-ci s'est défilé. Un discours ponctué d'une citation d'un historien royaliste d'extrême-droite d'avant guerre : Jacques Bainville, ami de Charles Maurras. Un comble dans le discours du Premier Ministre d'un pays  républicain et démocrate!

 

Les choses vont mal dans la tête de nos dirigeants. La France serait malade de son identité. Je réfléchis et je ne peux m'empêcher de penser à des évènements historiques arrivés aux Antilles juste après l'abolition de l'esclavage. Martinique et Guadeloupe  ont connu à cette période une immigration massive qui a causé bien des problèmes, Des problèmes de cohabitation qu'on aurait pu qualifier de problemes identitaires, problèmes résolus aujourd'hui.


Un histoire méconnue dans la France métropolitaine.


1848, l'esclavage est aboli et les esclaves deviennent du jour au lendemain des citoyens et des travailleurs salariés. Mais sans qu'on fasse quoi que ce soit pour améliorer leurs conditions de vie. S'ils y restent, ils seront toujours dépendants du système des plantations et du bon vouloir des patrons.

Alors beaucoup décident de profiter de leur liberté nouvelle pour quitter les plantations et tenter leur chance dans autre chose ou alors ils travailleront sur les plantations temporairement quand vraiment ce sera nécessaire et pour un salaire décent.


Voyant leurs plantations plus difficiles à gérer à cause des coûts de main-d'oeuvre, les planteurs "importent" des travailleurs de l'Afrique et de l'Inde. On leur promet toutes sortes d'avantages, une nouvelle vie.

En fait, il s'agit de les faire travailler sur les plantations pour un salaire de misère à la place des anciens esclaves.

Ils sont arrivés à 70.000 avec un contrat de travail de cinq ans. Puis les planteurs devaient leur payer le voyage du retour. Bien souvent, les planteurs manquaient à leurs obligations. D'où l'établissement pour toujours d'une population indienne aux Antilles. Conséquences: des frictions avec les populations d'anciens esclaves... L'accueil n'était pas des meilleurs. Ils avaient des moeurs différentes, ne parlaient ni français, ni créole ou très mal. Leur religion inquiétait avec ses sacrifices d'animaux, ses dieux et déesses à plusieurs bras, ses rituels étranges, ses signes ostentatoires comme ce point rouge au milieu du front.


L'immigration du 20ème siècle en France a été un peu comme ça non? Des travailleurs importés avec hébergement en foyer. Vous vous rappelez les foyers "sonacotra"?


Mais, le problème est qu'il était impossible d'en faire des travailleurs sans aucun droit dans la France du 20ème siècle. Alors, libres de rester, libres de faire venir la famille, libres de pratiquer leur religion, droits aux mêmes prestation sociales puisque ces travailleurs étaient aussi des contribuables et des cotisants. Normal non?

Et finalement, les mêmes frictions avec la population française d'origine que celles qui ont été vécues par les indiens avec la population affranchie des Antilles à la fin du 19ème siècle.


Accueillis oui mais pas à bras ouverts, alors il fallait baisser la tête en plus de courber l'échine, ne pas se plaindre, ne pas déplaire, rester discret. Si on travaillait dur, si les enfants étudiaient bien à l'école, on pensait pouvoir quitter le ghetto un jour. Puis le chômage endémique dans les années 75. L'immigration voulues par les patrons est-elle

empêchée? Ben non, c'est si commode pour la compétitivité des entreprises.



1998 : la France gagne la coupe du monde de football avec une équipe dans laquelle toute sa population peut se reconnaître. Une équipe de foot, qu'est-ce que c'est d'autre que le talent reconnu à sa juste valeur sans critères ethniques, religieux ou d'origine géographique ou sociale? Un Zidane d'origine algérienne et musulman, un Thuram d'origine antillaise et chrétien, un Barthez d'origine ariégeoise, un Lizarrazu et un Deschamp d'origine basque, un Desailly d'origine ghanéenne, un Pirès d'origine portuguaise.


C'est la victoire de la France Black-Blanc-Beur écrit-on un peu partout. Tout le monde se sent fier d'être français. Le symbole est fort car la France rassemblée peut donc faire des miracles, être la meilleure du monde.

S'il y a un secteur où l'intégration se passe mieux qu'ailleurs avec l'école, c'est le sport. Que ce soit au plus haut niveau ou au quotidien dans les petits clubs.

Défendre les couleurs de son club municipal avant de défendre un jour les couleurs nationales. Voilà de l'intégration qui marche. Seulement, le grand sportif basané même capé de bleu blanc rouge n'est pas intouchable en dehors des stades. Voilà le problème.


Comment comprendre qu'une sportive française, Eunice Barber, qui a porté le drapeau français aux sommets du sport,  puisse être victime d'un véritable attentat policier et condamnée alors qu'elle était la victime? Ne méritait-elle pas que face aux témoignanges sur mesure des policiers, on écoute attentivement sa version et qu'elle obtienne le bénéfice du doute ou beaucoup d'indulgence vu les services rendus au pays? Drôle de destin que celui de cette femme aussi titrée que David Douillet. Lui est devenu député après avoir eu à faire à la justice avant d'être miraculeusement amnistié! Elle, perdit son jus, ne fut jamais plus une grande championne avant de tomber dans l'oubli.


Je parlais de la coupe du monde de footbal de 1998 et de l'élan de fraternité qui avait suivi.

Cette fraternité, en pépinière donc fragile, mal nourrie, a commencé son agonie en 2001 avec le match France-Algérie puis a rendu son dernier soupir avec la mort de deux enfants français à Clichy sous Bois en 2005.


France-Algérie et La Marseillaise sifflée, c'était les premiers signes que quelque chose n'allait pas. Un président furieux quittant les tribunes dans un élan d'orgueil lâche. Thuram et d'autres, restés eux, sur le terrain, tentant de calmer les ardeurs algérophiles des mômes déchaînés. Algérophiles mais peut-être pas anti-française.. Peut-être une partie du public s'estimait-elle dépossédée de son équipe de France. Trop de fric, de récup' politique et médiatique du succès de l'équipe, trop d'espoirs déçus par l'immobilisme des autorités de la cohabitation?


Les Zidane, Thuram, Henry étaient sortis des ghettos, avait quitté les banlieues depuis longtemps et on ne voyait toujours pas poindre d'équipes aux trois couleurs dans les partis politiques, chez les dirigeants d'entreprises, chez les magistrats, chez les hauts-fonctionnaires, chez les animateurs télé, chez les acteurs bref dans les secteurs qui "comptent".


A l'époque, l'enfant français "africain", "antillais", "maghrébin", "turc" ne peut s'identifier qu'à des sportifs, des musiciens ou des seconds rôles dans des films et séries.

On commence toujours par s'identifier à qui nous ressemble surtout quand on est enfant. Il est certain que l'enfant blanc même d'origine hongroise a un choix bien plus considérable.


Pire encore, les discriminations qui, bien qu'interdites par la loi, restent tolérables dans un pas vu-pas pris clientéliste, les contrôles au faciès reconnus comme un mal nécessaire par les policiers et les autorités, les brutalités policières qui s'exercent bien plus dans les ghettos de banlieues, la propagande de stigmatisation, le refus d'assumer de la même façon les horreurs et les grandeurs de l'histoire de France, tout ça est passé dans l'inconscient collectif aussi bien  qu'une émission "Le droit de savoir" vous convainc de l'objectivité de ses reportages sur le terrain.


Est-ce que ça a vraiment changé depuis cette époque? Question couleur, il y a eu deux trois ministres, quelques écivains, quelques magistrats, quelques animateurs et journalistes télé, un ou deux préfets.. Pas d'hommes politiques, pas de dirigeants d'entreprises .


Le reste a empiré et en 2005, dans un ghetto, à Clichy-sous-Bois, la mort de deux enfants dans un transformateur EDF sous les yeux de policiers qui ont joué leur devoir d'assistance et de protection à "pile ou crève" . L'un était de la France black, l'autre de la France beur. Ils avaient 13 et 14 ans, revenaient d'une partie de football. Ils avaient sans doute cru au rêve de 1998. Les émeutes qui s'en suivirent furent les pires jamais arrivées en France...


Un ministre de l'intérieur en a fait des tonnes sur le sujet pour se faire élire président. Il a nommé à de hautes responsabilités d'anciens responsables de l'extrême-droite dont les dérapages racistes et xénophobes font hurler leurs équipes d'experts  en langue de bois communication et  les choux gras de la presse régulièrement.


Quand une équipe échoue, on change ses entraîneurs, son sélectionneur, ses dirigeants. La France échoue alors avant de se poser la question des joueurs et des supporters, posons-nous la question de ceux qui l'ont entraînée dans un tel merdier.

Publié dans société

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dgidgi 08/12/2009 05:54


Eunice Barber n'est pas oubliée de tout le monde, je l'espère.
Elle a bien failli aller aux jeux olympiques d'hiver en bobsleigh, mais elle s'est fait mener en bateau par la fédération sportive des sports de glace (aucun moyen pour les entrainements) et par le
super ministère de l'identité nationale qui a refusé par plusieurs fois la naturalisation de Lesa Stringer, pilote de bob de niveau mondial, meilleure pilote de France, canadienne installée en
France depuis plusieurs années. Mais Lesa a vu sa demande de naturalisation rejetée. Même le soutien de Rama Yade n'a pas suffit.
Eunice Barber a aussi récemment été déboutée dans la dernière plainte qui était en cours d'instruction contre les policiers violents et mensongers : non lieu de poursuivre les policiers, ordonnance
délivrée récemment par un juge de Bobigny.
Vous pouvez retrouver son actualité sur son site :
http://www.barber-eunice.com/

sur ce site elle développe les différents événements qui lui sont arrivés.
On ne peut pas dire que l'Etat français accepte de reconnaître ses fautes, en tous cas.
Mais je ne pense pas que cet Etat français ait affaibli Eunice, en tous cas, j'espère bien qu'elle a conservé tout son potentiel de réaction et je me dis que son histoire n'est pas terminée.