Identité nationale, préférence nationale : le fascisme du 21ème siècle?

Publié le par Milton Dassier

http://www.voxnr.com/c_images/icono/0604/fascisme_rouge.jpgDés les débuts du fameux débat sur l'identité nationale, je me suis demandé si on n'était pas en train de nous parler de préférence nationale, le concept cher au Front National.

Certes, les préfets n'ont pas reçu d'autre instruction que de susciter des échanges autour de la question "qu'est-ce qu'être français?" mais les déclarations des leaders de l'UMP et du ministre lui-même évoque une sorte de hiérarchie des français entre eux.

 

Ne déclarait-il pas : "

Chacun peut être fier de ses racines, mais en même temps, il existe un creuset, celui de la République (...) qui pour moi instaure une hiérarchie entre les appartenances.»

S'il y a hiérarchie, cela veut dire, qu'inévitablement, le débat voulu par le ministre appelle à une préférence. Une préférence que va exprimer une bonne partie de ceux qu'on appelle la majorité silencieuse, ravis de pouvoir être entendus.
C'est aussi un aveu du ministre. L'aveu qu'il existe déjà un système inégalitaire au sein même de la république. Un système qui n'est pas défini ni dans la constitution, ni dans la loi. Un système de fait qu'il n'appelle pas à changer mais au contraire à définir, justifier et accepter de façon explicite. .

Un système rempli d'inégalités sociales, d'inégalités géographiques, d'inégalités ethniques, d'inégalités culturelles. Un système qui a ses oligarchies et ses plafonds de verre. Voilà à quoi sert ce débat au delà de l'écran de fumée électoraliste : banaliser les inégalités comme on a déjà banalisé la pauvreté.

Le modèle social français basé sur un état généreux avec ses populations démunies ne s'adresserait qu'aux plus méritants d'entre eux : les français authentiques assimilés automatiquement à de bons français, une idée à mi-chemin entre le nationalisme nostalgique des années 1930 et les WASP américains (White AngloSaxons Protestants).

Le bon français étant celui qui se sent fier d'être français et donc s'exonère de toute intention malveillante vis-à-vis de son pays. Ce qui n'exclut pas d'ailleurs qu'un non blanc, non chrétien puisse faire partie du club mais lui, plus qu'un autre, devra le faire savoir : "Je mange du cochon", "je n'aime pas le manioc", "je vais à la messe", "je suis contre le voile", "j'adore Johnny", "je déteste le hip-hop".


Et tant pis si ce bon français fraude, vole, trompe, ne respecte pas la loi. C'est un bon français, donc s'il lui arrive de violer les lois de son pays, c'est sans intention de nuire à la France. Par contre, les autres, sont forcément les agents plus ou moins manipulés d'une cinquième colonne anti-française.


Voilà donc le piège de ce débat car en y participant, chacun adhère à l'éventualité que la préférence nationale pourrait être justifiée.


Certains parlent d'un coup d'état nouvelle mouture qui conduirait à une nouvelle forme de fascisme : un fascisme de consensus qui accepterait même d'avoir une opposition du moment qu'elle ne menace pas le système. L'Italie de Berlusconi n'est pas loin...


Finalement, ce débat est une gigantesque opération de marketing pour dénombrer, cerner, analyser la population de ceux qui pourrait adhérer à un projet politique encore plus à droite, un projet brun habillé de bleu, un régime totalitaire dans une démocratie organique à mi-chemin entre l'Espagne de Franco et les USA de Georges Bush et des néoconservateurs.

Démocratie organique, ça veut dire, un régime qui a les organes de la démocratie : élections, parlement, justice, presse mais sous le contrôle de l'exécutif et de ses experts en marketing.


Tel est le fascisme du 21ème siècle qui se met en place peu à peu en France...

Publié dans politique

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