Identité nationale à la sauce sarkozy : Fuite et fin

Publié le par Milton Dassier

S’il y avait des gens encore à convaincre de la gabegie sarkozienne, ce remaniement devrait les amener à se poser des questions. Ce soir, on en aura un aperçu supplémentaire lors du prime time de Sarkozy. Mais revenons sur les derniers jours.

 

20h16 dimanche soir, Claude Guéant arrive, ses mains tremblantes tenant les feuillets sur lesquels sont inscrits les noms des gagnants de la Sarko-Académy. Le pauvre doit se taper plusieurs fois les nouveaux intitulés des ministères sans langue fourcher, sans bouche bégayer.

Et là, d’un seul coup, un grand éclat de rire a dû saisir certaines personnes averties.

 

Il n’y a plus de ministère de l’identité nationale, juste un petit secrétariat d’état à l’immigration rattaché au ministre de l’intérieur.

 

Donc, tout ce débat minable et interminable sur l’identité nationale aura été en vain. Objectifs non atteints. Pas ceux qui consisteraient à rassembler la nation autour de quelques idées fortes en référence aux grandes valeurs républicaines. Non, rien de cela. Les objectifs étaient bien de séduire une partie de l’électorat qui lorgne du côté du FN et hésite à voter pour le candidat de droite même s’il prétend adorer les prolos.

 

Au départ, pendant la campagne de 2007; l'identité nationale, c'était un slogan publicitaire. Sarkozy parlait de communauté de valeurs, de république, "de petites patries s'additionnant pour en faire une grande", "de nouveaux français à accueillir". Une version très édulcorée, très souriante, très disneyland de ce qui allait venir. Voyez le clip ci-dessous:

 

 

 

Puis, il y a eu la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale. On atteignait une étape tumultueuse en associant les deux concepts.

 

Des mois d'expulsions et de contrôles au faciès après, le cap de l'infamie était doublé avec le fameux débat sur l'identité nationale voulu par le président dans son discoursdu 27 octobre 2009 reprenant des citations de Pétain et autres leaders vichystes ("La Terre, elle, ne ment pas!"). Dans ce discours sur l'agriculture, par une escroquerie intellectuelle dont seul, il a le secret, Sarkozy glissait de la terre agricole, à la terre, matrice du peuple et de l'identité nationale.

 

 

 

 

Des mois de débat dans les préfectures, des semaines de polémiques, tout ça pour rien. Non, on a pu mesurer ce que le pays compte d'apprentis fachos et ce qu'ils ont dans le crâne.

 

Pierre Dac aurait été le premier à se marrer. Lui qui avait écrit naguère :

 

« A l'éternelle triple question toujours demeurée sans réponse«Qui sommes-nous? D'où venons-nous?allons-nous?» je réponds: «En ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j'y retourne! »

 

Pour ma part, je suis déçu. Je pensais qu’on allait enfin me dire ce qu’était un bon français et surtout où je me situais parmi tous ces gens.

 

Donc, après les trois ans du ministère de l’identité nationale, je ne sais toujours pas qui je suis.

J’y croyais pourtant. Souvent, je regardais ma carte d’identité et je me disais : « J’ai un nom, une nationalité mais, finalement, ma « francitude », c’est quoi, nom d'une pipe ? ».

 

Je me rappelais les mots d’Aimé Césaire sur la négritude née sur une immense frustration, le sentiment qu’on est arrivé sur terre pour n’être rien d’autre qu’un nègre, un inférieur, un bon à rien face au blanc si sûr de sa puissance, qui cherche à vous inculquer sa civilisation coûte que coûte.

 

Alors quoi, le débat sur l’identité nationale, c’était pour affirmer une sorte de « francitude », finalement, histoire de rassurer ceux qui se sont laissé convaincre qu’être français, c’était une tare comme être nègre sous les colonisations. Ceux-là même qui hurlent que le racisme anti-blanc existe, confondant le racisme et le différentialisme, niant sans s’en apercevoir, l’universalité des valeurs françaises issues de l’établissement de la république et de la démocratie.

 

Bien joué Sarko et ses conseillers ! Si on suit leur propagande honteuse, certains français se revendiqueraient français par peur d’être assimilés à une culture en évolution dans laquelle ils ne se reconnaîtraient plus.

Ils voient une mosaïque de couleurs, une ribambelle de parfums, un bouquet garni de parlers et… ils ont peur. Ils veulent que ce qu’ils ont connu ne change pas. Un ordre immuable où les arrivants font tout pour ressembler aux français de souche, quitte à changer de nom, quitte à taire ses ascendants, quitte à se teindre les cheveux, quitte à se blanchir la peau, quitte à se rendre ridicule pour le plus grand plaisir des gaulois fiers de l’être.

 

Grâce à ces apprentis sorciers, jamais on a parlé autant de races en France. Ils ont importé un contre-modèle américain où beaucoup de choses sont pensées en fonction de la race, de l’origine et de la fortune. Un modèle qui vous classe et vous casse, un modèle qui vous claque et vous chasse, ou, si vous êtes de la tendance du moment,  vous place au pinacle.

Il paraît que porter un vieux nom français avec particule ouvre pas mal de portes dans les milieux d’affaires américains.

 

Ajoutez-y un soupçon de théories raciales issues de la colonisation, un zeste de clientélisme et vous avez une nouvelle idéologie : le différentialisme patriotique. Les résultats sont là :

 

Ainsi, on juge de sa toute puissance patriotique que l’équipe de France de football ne montre pas assez sa ferveur et n’honore pas le drapeau comme il faudrait.

Ainsi on décide de châtier ceux qui portent atteinte aux symboles nationaux

Ainsi, on recommande à la police républicaine d’utiliser des clichés raciaux pour juger le comportement des uns et des autres, surtout des autres.

 

Gaël Monfils gagne au tennis grâce à son tempérament agressif, c’est l’exploit d’un français.

Un noir se bastonne dans un couloir de métro : c’est la violence d’un noir au tempérament forcément agressif.

 

Comme par hasard, les exemples de méfaits rapportés ne concernent que des basanés et des métèques. Une voiture haut de gamme conduite par un noir, c’est suspect, une bande de jeunes maghrébins dans les couloirs du métro, ça va voler ou castagner c’est sûr.

 

Le résultat est désastreux. Repli sur soi dans la peur ou la haine des uns, exacerbation de la révolte des autres. Et au milieu, tous ceux qui veulent encore tenter de croire en une fraternité possible.

 

La fin du ministère de l'identité nationale n'est qu'une pause voulue par l'UMP qui préfère temporiser pensant que les français oublieront les dérapages, pour mieux nous resservir le discours édulcoré de 2007, un signal que tout sera plus cool pour les modérés, signal qu'on en remettra une couche bien lourde après 2012 pour les ultras.

 

Nous savons, nous, ce qu'il en sera!

Publié dans politique

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