Et si le port d’un signe religieux en public était la manifestation d’une opinion ?

Publié le par Milton Dassier

La France garantit la liberté d’expression et elle s’en enorgueillit. Cette garantie inscrite dans la constitution se veut exemplaire d’une démocratie éclairée. On apprend aujourd’hui, que la volonté de déchoir Liès Hebbadj de sa nationalité française est tout bonnement impossible.

 

Alors, vive la constitution !

 

Cela ne fait que confirmer ce que beaucoup avait dit dés le départ ou alors, en voulant réformer le droit, on partait dans une régression au niveau des lois de Vichy.

 

Mais, à bien des égards, la république française du 21ème siècle ressemble à une république conservatrice comme celle d’Adolphe Thiers : la troisième république. A cette époque, on avait peur des ouvriers, des prolétaires, des miséreux.

 

Il y a une véritable dimension culturelle à ce débat sur la burqa voulu par certains extrémistes de l’élite politique et intellectuelle.

 

Car, qui a le plus à craindre d’un islam de France uni qui pourrait choisir de soutenir de nouveaux hommes politiques? La campagne contre Tariq Ramadan par des politiciens et des intellectuels courtisans depuis quelques années, est exactement le résultat de cette crainte.

 

Avec plusieurs millions de musulmans, on devrait avoir d’ici peu, une remise en cause non pas de la république et de ses institutions mais de l’élite qui la dirige. On peut penser qu’un jour, des municipalités de banlieue seront gagnées par des listes indigènes « apolitiques ». Cela se fera sans les partis traditionnels mis devant le fait accompli.

 

On l’a déjà dit souvent, La burqa concerne entre 360 et 1900 femmes en France dont au moins 25% de françaises de souche converties. L’affaire de la loi sur la burqa apparaît donc non pas comme une avancée pour un mieux vivre ensemble mais comme un avertissement de l’élite au monde musulman, donc aux indigènes.

 

 Le message est très simple : si vous voulez obtenir de l’influence et du pouvoir,  il vous faudra adopter un profil bas. On vous aime quand vous ne vous faites pas remarquer. Comme disait Hortefeux : « Il en faut toujours un, c’est quand il y en a beaucoup que ça pose des problèmes ! » On pourrait ajouter : puisqu’ils sont déjà si nombreux, c’est quand ça se voit trop que ça pose des problèmes.

 

Zemmour pourrait ajouter: Continuez donc à raser les murs, vous vous assimilerez d’autant mieux !

 

Quand Hortefeux ne se précipite pas auprès des musulmans pour protester contre le mitraillage de la mosquée d’Istre, quand il reste coi après l’agression aux relents racistes  ayant entraîné la mort d'un vigile d’origine marocaine puis fait part de son soutien appuyé quelques jours plus tard à la communauté juive après une agression antisémite, il marque sa partialité.

 

Avec d’autres, il sait au plus profond de lui, que des musulmans brillants et d’autres français des minorités visibles sont prêts à tenter leur chance en politique. Tout ce qui compte alors est de freiner le processus.

La stigmatisation des musulmans voulue par cette élite, est opérée non pas contre une religion en tant que telle mais en tant qu’emblème. Un emblème auquel sont très attachés nombre de fils et filles d’immigrés.

L’une des réponses adoptées par des femmes musulmanes consiste à mettre un voile (la burqa, le niqab) entre ce monde occidental si consumériste, si matérialiste,  si violent, si versatile et elles-mêmes. Certaines, y sont obligées, ça, personne ne le nie mais certaines ont choisi en toute connaissance de cause. Quand on apprend que Akhenaton, Franck Ribéry et même Mickael Jackson se sont convertis à l’islam, alors ces braves gens se mettent à flipper. Et, Quand Diam’s se convertit à l’islam et se montre voilée en public, ça inquiète.

 

Car, c’est un choix, c’est l’accomplissement de sa liberté.

 

On est donc dans un fait culturel, une expression de soi, de son identité en relation avec une identité religieuse.

 

Légiférer en urgence sur ce problème apparaît donc bien comme une action de partialité pour empêcher de nouvelles formes d’expression politique, une façon de rappeler qui fixe les règles en France.

 

Question liberté, on est bien loin en France de l’idéal républicain de nos pères fondateurs comme cet article de la déclaration des droits de l'homme de 1793.

 

«La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui: elle a pour principe la nature; pour règle la justice; pour sauvegarde la loi; sa limite morale est dans cette maxime: Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait.»

 

Une liberté bien mise à mal et surtout dévoyée pour des desseins clientélistes quand on voit ce qui arrive au nouveau film de Rachid Bouchareb : « Hors la loi » qui  sera sûrement boycoté en France ou très peu diffusé.

Ce film sera en compétition à Cannes pour l’Algérie. C’est en réalité la suite d’  « Indigènes » qui avait soulevé l’enthousiasme du public français.

 

Sauf que l’histoire se passe à Sétif, le 8 mai 1945, au moment du massacre de 80.000 algériens par l’armée française pour punir la population indigène d’avoir manifesté bruyamment et violemment sa colère de ne pas voir ses revendications d’émancipation être simplement entendues par le pouvoir français.

 

Le film est vilipendé par les autorités françaises et des députés UMP qui le trouvent partisan et rempli d’erreurs historiques.  Normal, me direz-vous, il montre la France sous un jour particulièrement défavorable.

 

Question voir son histoire en face, la France n’est pas l’Allemagne ou les Etats-Unis !

 

Voilà le contexte qui explique pourquoi, on se focalise sur un tout petit bout de tissu…

 

La question de la burqa rentre donc dans un contexte bien plus large d’affrontement entre les plus déshérités du système, les indigènes de France de plus en plus nombreux et une élite qui veut conserver ses privilèges.

Publié dans opinions

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