Eric Besson pour une hiérarchie des français

Publié le par Milton Dassier

http://193.251.82.94/pif-collection/nouveau_pif_gadget/pif_en_guyane.jpgTout de monde de sensé s'accorde pour dire qu'on ne peut pas faire un débat sur l’identité nationale dans le but de définir cette identité puisqu’on risque de définir une appartenance et une identité à la fois.

Le consensus est impossible et de toutes façons, chacun avec son histoire différente aurait une définition éloignée de son voisin. Et c’est heureux.


Les deux enfants sur la photo? Magrébins? Africains? Antillais? Guyanais? Réunionnais? Néocalédoniens? Polynésiens? Mahorais? Wallisiens? Vous avez vu, ils lisent Pif Gadget, donc forcément de bons et braves petits français non? Cela ne suffit pas? Promis, on les obligera à chanter La Marseillaise!
 

En réalité, la France est en panne de contrat social, de contrat républicain. Cette volonté de débat est un aveu. Celui de n’avoir pas su, ces dernières années garantir à chaque citoyen ce qui est inscrit au fronton des mairies : la liberté, l’égalité, la fraternité.

 

L’aveu est soigneusement déguisé en accusation, en menace. Des gens seraient en France pour en saboter les principes et les valeurs ; pour la dénaturer dans ce qui fait sa profondeur, son enracinement.

 

Voilà ce qu’on nous dit au fond. Le débat est donc en filigrane un appel à la guerre, à la résistance contre ces ennemis de l’intérieur.

Seule concession : certains des ennemis n’ont pas compris ce qu’était la France, donc on le leur rappellera, histoire de leur donner une chance de changer en imitant le français de souche. Donc on martèle depuis quelques semaines que la France est chrétienne et laïque, que la France est européenne, que vivre en France, ça veut dire des droits et des devoirs sans s’interroger sur les devoirs de la France envers tous ses citoyens.

 

Et là, il est absolument nécessaire, indispensable même, de lire le texte de Raphaël Confiant où il parle des devoirs accomplis par des citoyens devenus français par un aléa heureux de l’histoire sans que la république fasse tous les siens, encore aujourd’hui.

 

Il rappelle que les antillais sont des citoyens français depuis 1848 sur des territoires qui le sont  depuis 1635, c'est-à-dire bien avant la Franche-Comté ou la Savoie. Il évoque la participation à toutes les guerres de la république depuis 1848 des antillais : sous Napoléon III (campagne mexicaine de 1862), sous la IIIème république (Crimée, 1ère guerre mondiale), dans les FFL lors de la 2ème guerre mondiale, sous la IVème république (Indochine, Algérie) et sous la Vème.

 

Ces français ont donc fait leur devoir, ils ont acquitté l’impôt du sang à de nombreuses reprises. Que ce soit outre-mer ou en métropole, ils participent à l’effort du pays. Les devoirs sont donc acquittés de la part de ces citoyens. Mais qu’en est-il des devoirs de la république envers eux notamment dans le domaine de la fraternité et de l’égalité ?

 

Mardi 9 décembre 2009, à l’assemblée nationale, Eric Besson a dit la phrase suivante :

Chacun peut être fier de ses racines, mais en même temps il existe un creuset, celui de la République (...) qui pour moi instaure une hiérarchie entre les appartenances.»

 

Dans la bouche du ministre, la précaution de ne pas confondre identité et appartenance n’est plus. On sait qu’elle mène obligatoirement à une vision « raciste » de l’identité. Ce n’est pas moi qui le dis, mais un philosophe comme Michel Serres, pourtant peu suspect d’engagement politique.

 

Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites A est A, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites A appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité.

 

 

Hiérarchie, le mot a donc été lâché par Eric Besson. Il y aurait des citoyens plus français que les autres. Il n’a pas dit selon quel critère mais, d’un seul coup, on comprend tout. D’autant que le ministre a reconnu les contrôles policiers au faciès comme un mal nécessaire.

 

L’antillais, français légitimé par la république, ayant accompli ses devoirs de citoyen à travers plusieurs générations, reste un français d’outre-mer qu’on confondra souvent avec un africain à cause de la couleur de sa peau lors d'un contrôle de police en métropole. Cela n'arriverait pas aux Antilles..  Il subira diverses discriminations voire des vexations de la part de certains de ses concitoyens et sera souvent traité par-dessus la jambe par les autorités de son propre pays. République à géométrie variable?

 

Les français d’outre-mer ne participeront pas à cette mascarade de débat, ce carnaval de fachos en herbe. Aux Antilles, la question est suivie de loin. Encore une lubie de là-bas pensent beaucoup de gens. D’ailleurs, rien n’est encore annoncé dans les préfectures. Normal, car les français d’outre-mer ont des appartenances multiples ceci par de nombreuses migrations forcées ou non qui se sont étalées sur des siècles. Afrique, Amériques, Indes, Indochine, Europe, Chine, Proche-Orient, Maghreb…etc.

 

Diversité assumée parce que chacun la vit dans son être. De par ses origines qui très souvent se voient, de par l’environnement géographique, de par l’histoire, de par la culture métisse, créole, ouverte sur le monde alors qu’il vit sur de petits territoires entourés d’océan bleu ou vert.

 

 

Publié dans racisme et xénophobie

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A2N 12/12/2009 13:42


Bonjopur, Milton !

je te suis sur la définition que tu donnes de ta créolité.Il faut être aveugle pour ne pas voir que les Afrodescendants ne sont pas métissés par la force de l'histoire. En revanche, je pense que tu
commets un grand raccourci en zappant le fait que le Jazz, la Samba ( nom Africain, tu sais), le Blues, voire même le Tango( issue de la déportation des Congos en Argentine), et d'autres sonorités
sont d'essence Africaines. Pour preuve, en Angola, Mozambique, au Mali, pour ne citer que ces endroits là, certains groupes "ethniques" jouent ces musiques sans avoir eu à effectuer la "grande
traversée". Par exemple, le cas du défunt Ali Farka Touré,que l'on surnommait le bluesman malien, qui jouait de la même manière qu'un John Lee Hooker. Et pourtant, cet homme n'avait jamais entendu
parler du bluesman Afro-américain. Enfin,je te conseille d'entendre ce que Dee Dee Bridgewater dit sur les origines du Blues, après l'enregistrement de son dernier album au Mali. Hasard ? Non !

Foss !

A2N


Milton Dassier 12/12/2009 16:09


Je ne lie pas l'héritage africain dans ces expressions culturelles, il est évident. Mais c'est un héritage... Pas d'accord pour dire qu'on jouait le blues ailleurs que là où il est né. J'ai
entendu des chanteurs dont Ali Farka Traoré qui chantent façon blues, cette manière de traîner sur des notes, d'être légèrement à contre-temps, on sent tout de suite qu'il y a une filiation entre
eux et les chanteurs de blues du Mississipi. Mais ça n'est pas du blues tout en en étant proche. Tout comme le flamenco est une musique métisse issue de la confrontation sud de l'europe-
maghreb(donc aussi africaine). La biguine, le calypso, le merengue ont un héritage africain et européen. Dans ces musiques, Le rythme et le dialogue entre instruments sont africains, le
système mélodique et harmonique plutôt européens, les instruments appartiennent aux deux civilisations même si lamanière d'en jouer a souvent été réinventée avec l'apport africain. Et puis
tout ça évolue vers d'autres formes. La musique est donc bien une preuve que l'identité n'est jamais figée dans des racines mais s'en extrait sans s'en détacher à la manière des palétuviers des
mangroves. Les arts sont toujours en avance sur les idées politiques..


setkem 11/12/2009 15:09


Merci de ta reponse. J'y vois un peu plus clair, meme si je ne partage pas ce point de vue. Pour moi les expressions artistiques que vous avez soulevees telles que le jazz, la salsa, la samba st
africaines a la base car ce st des hommes venues d'Afrik qui les ont ramenees ds les cales des bateux negriers. Qu'ils aient pu beneficier de transformations legitimes au contact d'autres cultures
et dans des environnements particuliers et souvent difficiles n'enlevent en rien leur „identite” profondement africaine. A l'image de nombres de diasporans qui considerent a juste titre leur
culture comme telle.(cf par ex l'Association bresilienne Afro mundos, il doit y en avoir aux Antilles...)
bref, je reste plus convaincu par la facon dont Ama Mazama decrypte et vit son „antillanite” qu'un Confiant.
Oui je connais un peu la mazurka, sorte de danse musette a la polonaise, dont l'origine est mazovie (varsovie est la capitale de cette grande region) et non la region des grands lacs mazurie.je
suis alle une fois a un spectacle de ballet mazurka et je me suis endormi malgre le vacarme...par contre j'ignorais tout de la mazurka antillaise. Merci pour l'info.
a+


Milton Dassier 11/12/2009 17:38


Elles ne sont pas africaines puisque la samba, le blues, le jazz, la salsa n'existaient pas en Afrique au départ. Prenons le cas du blues basique, celui du delta du Mississipi. On sait maintenant
qu'il résulte de la rencontre des nègres marrons en fuite des plantations qui se sont réfugiés dans des territoires indiens (séminoles) et qui, imprégnés des rythmes de tambours indiens) ont créé
une musique lente, syncopée avec une façon de chanter comme on la retrouve au Mali. Le blues n'existait ni en Afrique, ni chez les indiens. Il est une musique noire mais pas africaine. Le jazz,
c'est la rencontre de cette musique blues, de la musique des fanfares à l'européenne et du godspel, lui-même enfant des cantiques chrétiens. Les expressions culturelles font des enfants...
Un lien sur You Tube vers le clip d'une mazurka créole très populaire car très amusante. On y parle de la rencontre entre un homme et une jeune femme un peu bébète..(Dédette). Tu y verras aussi
comment ça se danse. A +.
Pour la mazurka : http://www.youtube.com/watch?v=GmscNPA_dP4


setkem 10/12/2009 14:31


"culture métisse, créole" qu'entendez vous par la? culture metisse , encore j'arrive a saisir, mais mettre les deux termes metisse et creole me deroute un peu.
souvent dans vos articles que je trouve pertinents, vous avez souvent recours a ce terme de creolite cher a confiant. ce concept qui n'est pour moi qu'un artefact pour ne pas dire "Afro". en tant
qu'antillais vous sentez vous Afro-antillais ou Creole? loin de moi l'idee de soulever une quelconque polemique.
bien a vous.
ps; sorry pr les accents, j'ecris depuis varsovie>>>


Milton Dassier 10/12/2009 19:07


Culture métisse: je veux dire une culture plurielle où des activités artisitiques propres à une culture d'origine se maintiennent. Par exemple: en Martinique, les gens apprennent la musique
classique et les percussions africaines.
Culture créole : une nouvelle culture nait de cultures d'origine différentes autour d'un environnement de plantations coloniales: les langue créoles, le jazz, le blues, la salsa, la
samba à la base sont des expressions de cultures créoles. Il y a des littératures créoles, des cuisines créoles. Pour ma part, je me sens plutîot créole dans la mesure où créole englobe tous
ceux qui sont issus des migrations qui ont constitué la population de ces pays. Puisque tu es à Varsocie, sais-tu qu'il existe une musique créols très rythmée et très mélodieuse aux antilles
françaises issue de la mazurka polonaise? La mazurka polonaise très à la mode au 19e en Europe a donné naissance à la mazurka créole...