Des besoins et des gens : le retour des classes sociales

Publié le par Milton Dassier

14231278-m.jpgComme on nous parle…

 

Quand on est soucieux d’ordre, il faut d’abord privilégier la cohérence.

Or, celle-ci est totalement absente des décisions et déclarations du gouvernement français.

Je rappelais hier l’incohérence de l‘attitude de la diplomatie française par rapport à la Tunisie du copain Ben Ali.

Incohérence si on met en perspective cette attitude face à la crise tunisienne et celle qui est adoptée lorsqu’il s’agit d’un pays « non ami » de la France, commettant les mêmes crimes. J'en parlais hier ici... 

C’est terrible car ce qui vaut pour la diplomatie vaut également pour la politique intérieure, la politique sociale, économique et fiscale.

Oui, comme toujours, la vérité est simple : en France, le copinage tient lieu de loi.

On pourrait dire qu’il en a toujours été ainsi, que chaque régime politique, chaque équipe au pouvoir a amené dans ses bagages, ses ascenseurs à renvoyer, ses amis à récompenser, ses honneurs et médailles à distribuer. Le problème est quand l’horizon des amis et des copains s’étend à l’infini et concerne non plus un petit groupe ou même un clan mais de vastes réseaux de relations dont il faut entretenir la motivation au fil des élections.

 

Comme on nous ment !

  

Certains avaient osé dire que l’arrivée de Nicolas Sarkozy ouvrait les voies d’un grand changement. Lequel ?

Au début, je n’ai pas vu grand-chose à part les mensonges habituels… Mais par la suite…

 

Explications

 

La guerre avec le clan Chirac déjà très large et très puissant fut telle que retourner les soutiens du vieux en faveur de Nicolas Sarkozy eut un coût énorme. Comme il s’agit de personnes fortunées dont beaucoup sont à la tête d’entreprises et d’organisations influentes, il fallut bien les remercier d’une façon ou d’une autre, quitte à jouer avec l’esprit des lois, quitte à risquer de se fâcher avec la France d’en-bas.

Pour éviter cela, il suffisait de ne pas le claironner sur les toits.

 

Vivent les riches !

 

Au départ, grâce à Chirac et un peu grâce à la gauche puisqu’elle n’est pas revenu sur ces dispositifs, les gens fortunés bénéficiaient de niches fiscales permettant à certains d’entre eux de ne plus payer d’impôts du tout.

Les niches sur les investissements dans les DOM-TOM étaient les plus prisées. Pour ces investissements défiscalisés dans les DOM-TOM, on parle d’un manque à gagner pour l’état de 760 millions d’Euro par an depuis 2003, soit l’équivalent du bouclier fiscal.

A cela, s’ajoutent les dispositifs comptables qui permettent à un quart des entreprises du CAC40 de ne payer aucun impôt sur les sociétés. On joue sur des filiales déficitaires en France, on transfère les bénéfices de la maison mère dans les paradis fiscaux et hop ! Pas d’impôt.

 

Mais cela ne suffisait pas, il fallait un signe fort pour montrer à ces riches soutiens combien Sarkozy les appréciait. Le bouclier fiscal fut conçu pour ça.

 

Malgré la crise, malgré l’expertise des économistes, malgré les commentaires de certains élus UMP, le bouclier fiscal reste en vigueur.

Les mesures prises cette année, pour ramener de l’argent dans les caisses de l’état concernent les particuliers et les petites entreprises. On leur supprime  les quelques niches qui leur permettaient de faire baisser un peu leurs impôts et surtout, on ponctionne tout le monde grâce à des taxes sur tout et n’importe quoi. Même les particuliers soucieux de s'équiper en photovolatïque et les agriculteurs bio se voient privés de certaines dispositions fiscales incitatives, à peine 30 mois après le Grenelle de l'environnement!

 

Les entreprises resteront les chouchous, le gouvernement ne touchera pas à l’impôt sur les sociétés et continuera à les « sponsoriser » pour les 35 heures et les heures supplémentaires.

 

Manants et vilains !

 

Ainsi, peu à peu, on devine une hiérarchie des groupes choyés par l’état sarkoziste.

Fortunés, rentiers, retraités, possédants, entrepreneurs, cadres dirigeants..etc. Une hiérarchie qui en dit long sur l’idéologie qui préside à l’exercice du pouvoir.

 

De toute évidence, on est pour le retour des classes sociales, de l’obsession de la réussite mesurable en biens et avoirs financiers.

Ces gens ont étudié la pyramide des besoins de Maslow. Ils ont compartimenté la société sur ces critères. La pyramide de Maslow est bien connu par les spécialistes du marketing. Chaque individu a des besoins et des désirs...  

 

En bas de la pyramide, les besoins les plus élémentaires: le besoin de manger, de s’abriter, de respirer, d'être en bonne santé. Une part croissante de personnes s’en préoccupe au quotidien : SDF, pauvres, précaires, sans papier, sans logement.. Trop occupés à survivre au jour le jour, apeurés par le harcèlement policier et judiciaire, ils se terrent là où on leur laisse un peu de place.

 

Juste au dessus, le besoin d’hygiène, de sécurité. Ceux-là, vivent chichement, ils ont beaucoup travaillé et estiments que pour leurs efforts, ils méritent de l'état, au moins la protection, la sécurité et même la tranquillité.  Ils savent au fond d'eux, qu'un rien peut les précipiter tout en bas. La résignation et la colère contenue  l'emportent sur la révolte, l'espoir se résume à une attente d'assistance et de protection. Hortefeux au secours !

 

Encore au-dessus, le besoin social et affectif : avoir sa place dans la société, besoin de solidarité, de famille, d’amis. On va y revenir..

 

Plus haut, le besoin de reconnaissance, de confiance en soi, de respect. Pour ceux-là, la France d'en bas dit qu'ils jouent dans la cour des grands même s'ils ne le sont pas encore vraiment.

 

Tout en haut, le besoin de s’accomplir, de créer, de décider, de résoudre les problèmes.

 

Sarkozy et ses amis du sommet, ne voient déjà plus le bas, tant ils ont étiré la pyramide vers le haut à leur profit. Ils ne voient plus les SDF et les sans-papiers ; si, comme des inutiles et des parasites et le font savoir à ceux qui sont juste au-dessus d'eux, histoire d'instiller un peu de peur à ceux sont le premier besoin est de se sentir en sécurité. Bien joué non?

 

Ils entendent les voix de ceux qui voudraient être protégés de leurs voisins différents et des « inutiles ». On  envoie la police. On en rassure ainsi certains et on terrorise les autres en fonction de certains critères clientélistes. On annonce des lois sécuritaires à chaque faits divers sanglant, histoire de les séduire. La politique de Sarkozy s’adresse à la France des nantis et à cette France qui a peur.

 

Le besoin social, c’est à ce niveau que la politique de Sarkozy pêche par ses insuffisances et ses incohérences. Pourtant tout était prévu en 2007. Le nouveau et jeune président, avec son ton direct, et son parler "populaire", s’était dit qu’en favorisant l’accession à la propriété et en proposant des heures supplémentaires défiscalisables, il pensait contenter ce besoin en inscrivant cette partie de la population dans une course au pouvoir d'achat en tous cas pour le plus grand nombre de ceux qui votent. L'incohérence était dans le fait que le besoin de solidarité ne peut être comblé par le développement de l'individualisme.

 

Car dans le monde de Nicolas Sarkozy -vous savez, au sommet de la pyramide-, la solidarité, l'amitié, cela ne saurait être gratuit, ça s'achète comme une adhésion au Lagardère Paris Racing.

 

Mais, cette politique ne fit illusion que pendant une année. Les déceptions furent immenses, d’où la chute dans les sondages.

C’est dans cette vaste partie de ceux qui ont des besoins sociaux fondamentaux que tout se joue désormais. Demandeurs d’emploi, travailleurs, étudiants, on est ici avec les jeunes, les actifs pauvres et les travailleurs précaires mais aussi les ouvriers, les employés et certains cadres qui craignent de descendre à un échelon inférieur de la pyramide un jour ou l’autre, ici, à cause d'une délocalisation, là, à cause d'un reclassement. Ce sont eux qui parfois, se suicident sur leur lieu de travail. Ce sont eux qui étaient dans la rue lors de la réforme des retraites.

 

Aujourd’hui, beaucoup de français regarde la Tunisie avec envie. Là-bas aussi, ils ont leur Sarkozy, leur Hortefeux, leurs Woerth, leur Alliot-Marie, en pire. Oui, c'est sûrement plus dur car leur république ne les protège pas autant que la nôtre le fait pour nous. Mais quand les droits du peuple se réduisent d'année en année, quand certains veulent revenir sur ce qui fut conquis après de grandes luttes qui firent de nombreux morts à l'occasion de manifestations réprimés dans le sang, les tunisiens nous montrent en quelque sorte un chemin à suivre.

 

Les dirigeants même servis par des trésors de propagande ou de com' (c'est la même chose!) peuvent être chassés…

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