Contre le nazisme, la résistance française n’avait pas d’identité nationale

Publié le par Milton Dassier

Nous voilà en plein débat sur l’identité nationale avec le sentiment amer pour nos dirigeants de droite que l’étranger est trop étrange pour être un bon français, surtout s’il a une religion différente, surtout si son visage de métèque ne cadre pas avec celui des campagnes verdoyantes du vieux pays de France.

Dans quelques jours,  les commémorations du Mont Valérien. La résistance sera à l’honneur. Sera-t-elle aussi instrumentalisée pour le débat sur l’identité nationale ? On verra bien si Nicolas Sarkozy évoque et honore, ceux de ces étrangers français par préférence qui ont le mieux servis la France leur pays de circonstance.

Espagnols antifranquistes qui libérèrent Toulouse, africains et maghrébins qui libérèrent Toulon, Marseille puis Strasbourg. Et les FTP-MOI. Oui, même la  résistance de l’intérieur a eu ses étrangers, ses métèques, ses basanés, ses immigrés. Sans doute, dans la France d’aujourd’hui, seraient-ils soumis à des reconduites à la frontière ou placés en centre de rétention !!  

La propagande française fasciste en bonne fille aînée du nazisme allemand avait tenté de faire peur à la population  en exhibant les têtes hirsutes et le teint « sale » de ces résistants parmi les plus emblématiques. Une affiche rouge sang était placardée un peu partout dans le pays. Le 15 décembre 1941, vingt-trois furent fusillés au Mont Valérien. Ils étaient arméniens, roumains ou hongrois, juifs, athées et chrétiens. Ils pouvaient même exécuter des généraux nazis en plein Paris pour le compte des FTP. Du terrorisme, disait-on à l’époque, du terrorisme dirait-on aujourd’hui !

 

Leur groupe s’intitulait : Les Francs-Tireurs Partisans- Main d’Oeuvre Immigrée.

 

Ils étaient communistes ou anarchistes. Ils étaient de l’ultra-gauche de l’époque.

La droite et la gauche  républicaines, elles, avaient bradé la république…

 

Missak Manouchian, l’un de leur leaders,  a laissé une lettre d’une dignité exemplaire que vous pourrez lire ici :

 

Aragon leur a rendu hommage dans le poème ci-dessous que Léo Ferré a mis en musique quelques années plus tard. Le clip comporte des photos d’époque.

 

Ils résistaient non pas pour se faire voir comme de bons français patriotes mais en combattants pour la liberté. Il leur semblait que défendre la France, était un authentique combat pour la liberté.


Le Figaro publie les photos inédites de leur exécution.



Leur combat continue…

 

Strophes pour se souvenir


Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

 

 

 

Publié dans racisme et xénophobie

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jack 12/12/2009 10:35


Ils étaient communistes ou anarchistes. Ils étaient de l’ultra-gauche de l’époque.

Petit oubli du bon MILTON

ILS ETAIENT SURTOUT JUIFS


Milton Dassier 12/12/2009 15:53


Pas d'oubli, c'est dit dans l'article mais pas besoin d'insister car on ne sait pas quelle était la réalité de leur pratique religieuse et ceux qui les traitaient de juifs étaient les fachos contre
lesquels ils luttaient. Ils étaient donc surtout des combattants pour la liberté.