Ce qui se joue en Côte d'Ivoire est un test pour l'Afrique

Publié le par Milton Dassier

Hier, au moment où je rédigeais mon article précédent, Nicolas Sarkozy a eu des paroles très violentes contre Laurent Gbagbo. Il l'a exhorté à quitter le pouvoir sans délai, il a même parlé de sa femme... 

 

"Laurent Gbagbo et son épouse ont leur destin en main."

 

Conclusion: Au délà de ce qui apparait comme un ingérence, Sarkozy a certainement des informations qui mettent en cause la femme de Gbagbo et a suggéré qu'il pourrait s'arranger pour  les rendre publiques.

 

 

Laurent Gbagbo est au pouvoir depuis dix ans et il souhaite poursuivre son oeuvre "salvatrice". Le bilan est peu reluisant pourtant. Une guerre civile qui a failli conduire à la scission du pays et le marasme économique sauf pour le clan Gbagbo.

 

Faisons le point sur l'essor démocratique en Afrique. La démocratie y est en marche, c'est indéniable. Certains pays sont d'authentiques démocraties: Mali, Bénin, Afrique du sud, Kenya et d'autres encore sont en bonne voie de le devenir.

Le seul hic, la concentration des ressources minières et énergétiques dans certains pays en a fait des pays clés qui ont aiguisé les vélléités de domination des puissances mondiales.

 

La démocratie au Gabon, en Angola, au Niger ou au Tchad n'est pour demain...

 

La Côte d'Ivoire a des ressources mais pas autant que l'Angola ou le Gabon. Elle a simplement une tradition de relations privilégiées claniques avec la France. Le clan Houphouët-Boigny et le clan gaulliste. Elle est une puissance moyenne qui compte en Afrique grâce à sa population qualifiée et sa situation à proximité du Nigéria.

 

 Néanmoins, les entreprises françaises y sont bien implantées sauf que cette influence passe bien peu par les dirigeants politiques français et beaucoup par les sièges sociaux parisiens des multinationales.

 

C'est un peu comme si Laurent Gbagbo avait décidé de mettre sur la touche le réseau de racketteurs et de rapaces français qui prélevaient sa dîme sur les contrats pour négocier lui-même la sienne avec les multinationales.

 

 D'une certaine façon, et si cela est confirmé, Laurent Gbagbo a une plus haute idée de la souveraineté nationale de la Côte d'Ivoire que ses prédessesseurs et ses confrères du Gabon, d'Angola ou du Congo.

 

Question démocratie, les ivoiriens n'ont donc le choix qu'entre deux modes de corruption: une corruption façon Françafrique ou une corruption par le clan pour le clan! 

 

Mais tout cela n'est pas sans espoir.

 

Tout doucement, l''Afrique est en train parcourir le même chemin que celui de l'Amérique Latine des années 70.

Quelques ilots de démocratie et, ailleurs, une succession d'autocrates nationalistes ou atlantistes, plus ou moins corrompus, plus ou moins autoritaires.

 

Un jour, une classe moyenne suffisamment influente de part sa masse et son niveau de qualification conduira au pouvoir la démocratie à travers des hommes considérés comme purs. C'est ce qui s'est passé au Brésil avec Lulla mais aussi en Argentine, au Chili, au Mexique ou au Venezuela.

 

Aujourd'hui, la démocratie est installée pour longtemps en Amérique Latine et elle le sera de la même façon en Afrique dans quelques temps. La France devrait méditer la façon dont les Etats-Unis ont été aimablement rejetés de l'Amérique Latine pour n'être plus qu'un simple partenaire. L'Amérique Latine se souvient que les coups d'état antidémocratiques qu'elle a subis étaient presque tous téléguidés voire décidés par les Etats-Unis.

 

Il semblerait que, malgré sa situation chaotique et le manque de légitimité du clan Gbagbo, la Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo ait ce message à faire passer à la France. Laurent Gbagbo est-il légitime pour le porter? Pas pour l'instant mais ... C'est bien là toute la question et il lui faudra une très grande habileté politique et diplomatique pour y parvenir.

 

La France a de quoi s'inquiéter car si Laurent Gbagbo parvient à conserver le pouvoir sans tomber dans la guerre civile et la banqueroute, il s'assurera la légitimité qui lui fait défaut aujourd'hui. La légitimité d'avoir tenu tête à l'ancienne puissance coloniale...

 

Ce serait un précédent . D'autres pourraient  se produire dans un avenir pas si lointain! 

 

Que va faire Nicolas Sarkozy? Se mêler d'une guerre civile et se voir accuser d'y avoir participé en cas de fiasco ou d'avoir jeté de l'huile sur le feu? ou bien, laisser faire et négocier avec Gbagbo tout en atténuant sou soutien à Ouatarra?

 

 En prenant position comme il l'a fait, Sarkozy  a beaucoup à perdre si Gbagbo parvient à conserver le pouvoir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans international

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matthieu 18/12/2010 20:07


LG est indéfendable;il a perdu les élections,il part.
NS dans ce dossier a raison.