Clearstream : Des ministres UMP savaient mais ne seront pas poursuivis

Publié le par Milton Dassier

On se croirait dans un « trial movie ». Vous savez ces films qui consistent en un procès où l’accusé n’est pas celui qu’on croit, où les dés sont pipés par des gens d’influence pour garder son opacité à des faits mystérieux.

 

L’affaire Clearstream porte tous les ingrédients d’un excellent film.

Un accusé principal glissé parmi les protagonistes directs et indirects d’un coup tordu où la manipulation est des plus subtiles.

 

Aujourd’hui, on y voit plus clair. Schématisons.

 

Un journaliste d’investigation se fait remettre des listings bancaires censés comporter les traces de transactions douteuses.

 

Le listing est remis à un agent de la DGSE, Imad Lahoud, mythomane bientôt remercié, déjà grillé dans une autre affaire, et qui a besoin de faire un coup d’éclat. Il les falsifiera sans le dire au journaliste dans des conditions qui restent méconnues.


Pour ce coup et pour sa crédibilité, il a besoin de la caution d’hommes d’influence. D’abord le vice-président d’une entreprise d’armement et d’aéronautique, Jean-Louis Gergorin qui supporte mal la mort de son mentor qu’il voit comme le résultat d’un complot.


Puis, un général de la DGSE (le général Rondot) très proche des premiers cercles du pouvoir.


Enfin, un juge d’instruction, très impliqué dans la lutte contre la corruption que Gergorin contactera en l'alléchant avec l'affaire des frégates vendues à Taïwan.

 

Le premier se fera avoir et participera peut-être même à la falsification, le second aura très vite des doutes mais n’en fera pas état tout de suite notamment au près de l’escroc. Le troisième découvrira qu'il a été manipulé et risquera sa carrière pour se dédouaner.


Entre temps, Le général fait des rapports sur ses rencontres grâce à ses notes (les fameux carnets).

Le problème est que, quand, il évoque des doutes sur la véracité des listings, personne ne prévient la justice et laisse filer, soit par peur, soit par curiosité, soit par calcul. Cette non dénonciation d’un crime ou d’un délit grave mériterait à elle seule des poursuites… Or, il n'en est rien!

 

Ainsi, le Premier Ministre de l’époque (Raffarin), le ministre de la défense (M. Alliot-Marie), le ministre de la justice (Perben), le ministre de l’intérieur (Sarkozy), le ministre des affaires étrangères (Villepin), savaient depuis 2004 mais ont laissé faire, pensant, que peut-être, ils pourraient en tirer un bénéfice quelconque sur le plan politique. Sarkozy savait mais ne s’est porté partie civile qu’en 2006 par opportunisme… Il lui fallait prendre la présidence de l’UMP à Villepin et au clan Chirac.

Ils ont agi, comme dans un face-à-face de tueurs attendant que l’un mette la main sur son colt pour ouvrir le feu en « légitime défense ».

 

Cette histoire est grave car, comme le dit Edwy Plenel, soit ces listings étaient vrais et démontraient qu’une vaste corruption minait les cercles du pouvoir, des médias, des finances et de l’industrie ; soit ces listings étaient faux et prouvaient qu’une entreprise de déstabilisation par la calomnie était à l’œuvre pour salir et anéantir l’honneur de plus de 200 personnes parmi les plus « estimables » de la république.

 

 

Pourtant, aucun de ceux qui savaient mais se sont tus, ne se voit reprocher quoi que ce soit.

 

Une fois de plus, les intérêts particuliers, qu’ils soient politiques ou autre ont prévalu sur la quête de la vérité et la justice.

 

Cette affaire est représentative des guerres de désinformation qui sont à l’œuvre entre gens de pouvoir.

 

Difficile alors de faire confiance à un homme politique dés lors qu’il est autre chose qu’un petit maire ou un conseiller régional ou général.

 

Difficile de faire confiance aux deux ou trois partis qui ont eu le vrai pouvoir entre leurs mains.

 

Difficile de croire en une justice sereine et indépendante.

 

Difficile de suivre les pérégrinations décrites par une certaine presse capable de tronquer ou truquer quand ça l’arrange.

 

 Belle leçon de justice et de démocrassie!

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