Elizabeth Lévy et le sens du mot racisme

Publié le par Milton Dassier

Dans sa dernière livraison, Elizabeth Lévy, revient sur "l'affaire Hortefeux" et adopte une position singulière. Elle refuse de crier avec les loups et se livrer au lynchage du ministre Hortefeux.

On peut comprendre aisément qu'il ne faille pas céder à cet instinct grégaire d'un genre nouveau qui veut que tout homme voué aux gémonies, d'une foule déchainée par ordinateur interposé, n'a d'autre solution que la soumission ou la fuîte en avant. Dés lors, s'agglutiner à la horde des hurleurs témoignerait d'un renoncement à ce qui nous tient de raison individuelle.

 

Le phénomène est intéressant, mais dans sa dimension médiatique qui le rend incontrôlable, il est connu depuis quelques années. Dieudonné fut le premier de ces lynchés médiatiques. Sauf que, dans son cas, Elizabeth Lévy faisait partie de la foule qui scandait que l'humoriste ne devait plus parler, qu'il devait se résoudre à une sorte de démission en ne parlant plus sur les médias.

 

J'ai parfaitement compris qu'Elizabeth Lévy n'excuse pas Brice Hortefeux. Cependant, elle fait mine de s'étonner qu'on en arrive à cette violence bruyante bien que physiquement indolore qui peut mettre à bas un homme.

 

Elle va même jusqu'à tempérer l'ampleur du racisme en France. Elle invente une nouvelle expression : le racisme racial. Il y aurait à la lire, un racisme racial en nette diminution basé sur l'idée qu'il existe une hiérarchie des races et un autre racisme, celui de la haine. On ne le dira jamais assez : le planteur aimait ses esclaves mais n'imaginait pas une seconde qu'ils puissent être égaux à lui! Pas de haine chez le planteur...

Alors qui répète aux français que le racisme est de la haine?

 

Mme Lévy confond racisme et xénophobie. Le racisme est forcément racial et il n'est pas en diminution bien au contraire. Des statistiques rappelaient, il y a peu, que 30% des français se déclarent racistes et mieux encore, que 48% d'entre eux trouvent qu'il y a trop d'immigrés en France ce qui fait 48% de xénophobes potentiels, que 63% comprennent qu'il y ait parfois des comportements racistes et, surtout, que 15% des français croient qu'il existe des races inférieures à d'autres. 15% de français réellement racistes, c'est grave !

 

Elle s'offusque plus de la volonté de s'en prendre à un homme coupable de paroles racistes et xénophobes que des réactions étranges visant à le blanchir.

 

Je crois que Mme Lévy n'a pas vu qu'une machine à lyncher a été lancée il y a quelques années contre certaines personnes coupables d'avoir provoqué et tourné en dérision certaines idées reçues. A force d'avoir joué les apprentis procureurs pour que l'opinion crie au loup antisémite contre un Dieudonné ou un Siné, on a conditionné les gens à démarrer au quart de tour dés qu'un soupçon d'intention raciste transparaît des paroles de n'importe quelle personnalité.

 

Mais parallèlement, le racisme chez les petites gens progresse, parfaitement exploité par des hommes politiques sans scrupule. Le racisme racial est bien commode pour justifier la xénophobie avec des arguments pseudoscientifiques, ça marche encore très bien dans certains milieux. Mais qu'en est-il quand des politiciens en vue y font allusion sans avoir l'air d'en être. En tant que personne publique, le politicien cultivé ne peut se permettre de passer pour un raciste, ce qui est vu pour beaucoup comme une idée d'un autre âge. C'est la xénophobie qui constitue la clé qui ouvre le coffre à voix d'une majorité silencieuse bien préparée à avoir peur de l'autre.

 

Or, il est très difficile de professer des convictions xénophobes sans passer pour raciste. Il faudra donc un grand talent aux politiciens  pour résoudre le problème : Comment rassembler les racistes sans passer pour raciste et sans verser dans la xénophobie de façon trop explicite?

 

C’est ainsi que sont venus les concepts de communautarisme et de racisme antiblanc. On a utilisé les revendications souvent légitimes, des groupes minoritaires contre eux-mêmes, en les accusant de vouloir imposer leurs traditions, leur histoire et leur mode de vie à la majorité. Ainsi, c’est bien commode, un politicien n’a plus qu’à se déclarer contre les communautaristes et ainsi rassembler les xénophobes derrière lui, y compris ceux qui s’ignorent.

 

Et quand l’occasion se présente, si une agression a lieu et oppose un appache à un visage-pâle, on pourra invoquer le nouveau racisme à la mode chez les xénophobes : le racisme antiblanc.

C'est-à-dire qu’une fois encore, on retourne certaines conceptions identitaires qui existent dans des groupes minoritaires, qui se vivent comme discriminés ou opprimés, contre eux. Ils trouvent que du racisme s’exerce contre eux, alors gare à eux si l’un des leurs dérape.. En invoquant un acte raciste antiblanc pour un seul de ses membres c’est toute la communauté qui se sentira visée… Ainsi, l’idée de racisme antiblanc signe l’existence d’une communauté blanche uniforme, laisse entendre que les communautés sont toutes égales entre elles et, que par conséquent, les  discriminations n’existent pas. Donc si des frictions existent, elles sont le fait de la communauté de ceux qui les commettent et pas seulement une affaire d’individu à individu.

 

Là encore, celui qui veut rassembler les voix xénophobes sans avoir l’air d’en être, fera mouche assez facilement, en appelant à lutter contre le racisme antiblanc et toutes les formes de racisme, bien entendu.

 

C’est ainsi qu’on en arrive à faire de l’antiracisme, un racisme déguisé.

 

 

Hortefeux a donc encore beaucoup à apprendre. Mais, il ne lui suffira pas de devenir sympa!

 

 

 

Publié dans racisme et xénophobie

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Commenter cet article

Sam 06/12/2009 10:08


Mouais. Disons que ça me coute un peu de le dire, mais il me semble qu'Elisabeth Levy ne faisait JUSTEMENT pas partie de la meute de journalistes. Elle faisait partie de cette minorité qui refusait
l'interdiction de ses spectacles.


morsli 28/09/2009 11:47


Imaginons que ces propos fussent tenus contre un membre de la communauté de madame Lévy ? L'eût elle défendu ? Imaginons qu'au lieu de traiter les harkis de sous-hommes, Frêches s'en fût pris aux
déportés en utilisant les mêmes propos ! le racisme est un, et ne devrait pas tolérer de cloisonnements internes.Bel article de votre part! bonne journée.


A2N 19/09/2009 00:24

Milton;

Elle peut toujours crier aux loups, sachant qu'elle a contribué à les nourrir depuis quelques années. Cette femme est au journalisme ce que le PQ est aux chiottes. Si le journalisme va mal en France, c'est parce qu'il s'est aligné sur les positions idéologiques de Elizabeth Levy et compagnie. Moralite, plus personne ne croit en l'objectivité des médias dominants. voilà comment l'un des pilliers de la démocratie a été décrédibilisée. Merci QUI ?

A+

Henri A 16/09/2009 22:35

Très, très bon papier !
( Comme d'habitude... )
Plus qu'un papier, un extrait d '"essai" ?

Milton Dassier 17/09/2009 00:40



Non pas extrait d'essai mais papier écrit sur deux jours, donc travaillé et remanié. Merci du compliment.