La droite décomplexée et l’illusion d’un homme plus libre

Publié le par Milton Dassier

J’ai enfin une petite idée de ce qu’on entend par droite décomplexée. L’expression n’est pas nouvelle mais on l’a trop facilement associée au discours sécuritaire, xénophobe et raciste qui sentait le fascisme d’antan; et qu’on oserait enfin exprimer, maintenant que la quête de liberté n’est plus aussi essentielle.

Si on en croit certains psychosociologues, l’homme tend à satisfaire des besoins de plus en plus complexes et utopiques.

 

Le besoin de liberté a changé. Aux droits fondamentaux, se sont ajoutés des pouvoirs qui donnent l’illusion d’une liberté encore plus grande. Des pouvoirs liés aux nouvelles technologies et à l’ouverture des frontières et du commerce.

Depuis ses pays démocratiques, l’homme occidental voyage presque partout, accède à des images du monde entier par le biais de ses milliers de chaînes de télé. Il achète toute sorte de biens en provenance de tous les pays dans ses hypermarchés.


Le net, parlons-en, grâce au réseau, cet homme occidental communique à toute heure du jour et de la nuit avec toutes sortes « d’amis » sur l’ensemble de la planète, il participe à des discussions, lit la presse, sait tout ce qui se passe, commande et achète des produits de toute sorte, s’exprime de façon à être lu de tous, cherche et trouve de bonnes affaires, spécule en bourse, participe à des enchères, joue au poker, aux paris ou au casino et se donne l’illusion supplémentaire qu’il est là où les grandes masses d’argent circulent.

 

Une liberté qui rend ivre car elle donne la sensation que le monde est à portée de main, qu’on  pèse sur lui, qu’on le consomme par écran interposé. Une liberté qui demande des moyens financiers de plus en plus grands : technologies, abonnements, en plus de tout ce qui se consomme pour la vie.

 

Le monde devient peu à peu un objet de consommation avec tous les risques que cela comporte : boulimie, anorexie, addiction.

 

Dans ces conditions, cette liberté de se goinfrer le monde quand on le souhaite renforce le besoin de sécurité. Les hommes qui peuvent faire cela sont forcément des privilégiés, des nantis, une sorte de caste repue de ses propres certitudes, blasés de la misère qu’ils devinent à leur porte quand certains se risquent dans des quartiers défavorisés, dans des pays pauvres et en font état dans leurs journaux et leurs blogs.

Au fond de lui, l’homme occidental sait qu’il a inventé une nouvelle façon de coloniser. Il lui suffit de susciter le désir des autres habitants de la planète d’être comme lui.

 

La droite décomplexée c’est quand cette vision du monde est clairement posée et assumée. L’occident est à la tête du monde et entend que ça dure indéfiniment. De là, il a tous les droits y compris sur ses propres populations s’il l’estime nécessaire.
Il veut le contrôle des flux financiers, des ressources, et des populations à la manière d’une multinationale. L’occident est gouverné par un directoire de pays et de grandes entreprises. L’emprise est telle que les peuples ne peuvent plus que manifester leur mauvaise humeur avant de rentrer dans les rangs. Des processus sociaux maîtrisés permettent l’expression de la colère et la contestation dans des limites imposées, des limites variables mais qui font consensus chez la majorité. Les maîtres à penser du système ont pensé à tout, ils ont des siècles d’expérience politique derrière eux.

 

Parce que le progrès social au service de l’humanité et non pas de son élite occidentale, n’est plus à l’ordre du jour, une partie de la gauche est devenue de droite sans même sans apercevoir…

Quant elle ne sert pas de repoussoir totalitaire ou de creuset d’idées humanistes à usage d’alibi pour la droite, le rôle de la gauche se réduit à celui d’un canal qui accueille les flux de mécontentements.

 

Une nouvelle forme de rapports démocratiques est née : celle où les forts dominent, acceptent le débat avec les faibles et leur concèdent quelques avantages selon leur bon vouloir.

Publié dans opinions

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simplesanstete 29/08/2009 23:15

Le PS est devenu VISIBLEMENT ce qu'il a toujours ete;le parti serpilliere(Frederic Lordon) qui nettoye le vomi du troupeau gavé, il n'y a plus maintenant de differences entre les maquignons de droites et de gauches, ceux de couleurs vertes sont deja prets a prendre la releve, du bétail FIER et PROPRE

Thierry Tissot 29/08/2009 18:17

Bien vu.

A2N 29/08/2009 09:23

Bonjour, Milton !

En voilà une contribution qui fera hurler certains qui pensent que le monde n'est qu'UN.Cela démontre la pertinence du terme " pays non alignés", ces pays qui ont dit NON à l'occidentalisme lors d'une conférence restée célèbre. Il y a eux et les autres. Et tant que l'on ne posera pas le débat NORD//SUD en ces termes là, on se voilera la face. Il y a des valeurs communes qui peuvent unir les Hommes, c'est une bonne chose. Par contre, il y en a d'autres qui les séparent, c'est aussi normal. Vouloir faire du MELANGISME au nom de la mondialisation s'appelle COLONISATION ou IMPERIALISME. Et ça, il ne faut pas le dire, hein ?

A+

A2N

ocom3pom 29/08/2009 07:15

La gauche a été habilement infiltrée (par la droite), c'est encore ça le pragmatisme de droite. Sans compter que certains leaders sont lentement endormis au caviar et tapis rouge télédimanché. Et puis la droite est dure en affaire donc elle sait imposer ses compromis. Et encore ce merchandising qui nous assiège tous, jour et nuits, à coup de pubs, clips, films sublimnaux... tout ça c'est pas maîtrisé par la gauche et ça vous reforge une société. Zombies.

Dans ce monde des apparences (très "droite" ça, les apparences, les raccourcis, etc) la gauche et son monde d'idées (construire l'égalité plutôt qu'accompagner les instincts) n'arrive pas à trouver son style; elle veut intégrer ce monde déjà fait, qui passe pour modernité, sans plus oser inventer la sienne de modernité. Et pourtant...!

Mais avant tout, et j'y reviens: trop de traitres à gauche où par nature la notion de hiérarchie est mal assumée.