Hortefeux a-t-il sacrifié le préfet Langlade ?

Publié le par Milton Dassier

Le préfet Girot de Langlade s’en prend à son ministre de tutelle et l'accuse de mensonge à propos des injures à caractère racial proférées à Orly fin juillet, contre une employée antillaise et d’autres agents de sécurité noirs. C’est déjà peu courant de la part d’un préfet de lancer de telles accusations. Là, il va jusqu’à dire qu’Hortefeux tente de se refaire une virginité antiraciste après son passage au ministère de l’immigration. Carrière politique oblige. Selon le préfet, le ministre aurait « orchestré » la campagne médiatique qui a abouti à sa suspension.

 

Voici ses réponses aux questions du Parisien :

 

 

 Je l’affirme parce qu’il existe des preuves. Tout d’abord, l’agente de sécurité plaignante a été convoquée au commissariat le 4 août, elle ne s’y est pas rendue spontanément. Les plaintes suivantes, déposées les 11 et 12 août par deux autres agents, ont été téléguidées. Je m’étonne aussi de la rapidité avec laquelle les témoins ont été entendus. Il y a également l’attitude du ministère de l’Intérieur vis-à-vis de moi. Dès le 4 août, il s’y est tenu une réunion, puis une autre le 7 où il a été décidé de me suspendre de ma mission que j’avais par ailleurs terminée. Personne ne m’a informé. J’ai tout découvert le 13 août au matin en regardant la télé, assistant ensuite à ce déchaînement médiatique brossant de moi le tableau d’un raciste notoire. J’ai appelé l’Intérieur. Un secrétaire général adjoint m’a confirmé l’arrêté de suspension, mais ne savait rien de la plainte. C’est un peu gros.


Revenons à l’origine de l’affaire. Que s’est-il passé le 31 juillet à Orly ?


J’étais en transit entre deux avions. Celui en provenance de la Réunion a atterri à 6 h 35 et je devais prendre celui de 7 h 10 pour Clermont-Ferrand. Il n’y avait pas de temps à perdre. Une hôtesse d’Air France m’accompagnait pour ce transit. Au contrôle de sécurité, les agents ont été agressifs d’entrée de jeu. J’ai vidé le contenu de mes poches, mais j’ai omis d’enlever mon appareil photo porté à la ceinture. Dès que le portique a sonné, j’ai signalé cet oubli et j’ai tendu l’appareil. Les agents ne savaient plus quoi faire, c’était n’importe quoi, j’ai été bousculé. Moi, je voyais le temps défiler. L’hôtesse a fait appeler le chef de la sécurité qui m’a fouillé.


Une employée affirme que vous avez jeté des objets vers elle et que vous avez tenu des propos racistes…


Je le conteste avec force. Je n’ai rien jeté vers qui que ce soit et je n’ai rien dit sur la couleur de peau des agents. J’ai simplement déclaré : « Avec une gestion pareille, on se croirait en Afrique ! » comme j’aurais dit : « On se croirait en Asie ou en Amérique », si ce contrôle avait été effectué correctement et avec rigueur. Or, ils ont fait n’importe quoi ! Outrée par l’attitude des agents, l’hôtesse m’a présenté ses excuses et a dit qu’elle ferait un rapport pour demander un blâme. La scène a été filmée par les caméras. Ce film conforte ma version.



Quelques remarques à la tournure que prend cette triste affaire


D'abord, un sentiment de surprise de voir un préfet subir le stress que chaque passager éprouve lors de ces contrôles à répétition dans les aéroports, et ne pas le supporter. Que les agents de sécurité soient gentils ou secs, nous avons tous eu envie au moins une fois de les envoyer paître quand nous constatons que prendre un avion devient un parcours du combattant avec le sentiment très désagréable qu’on nous prend pour des moutons rentrant dans une bétaillère. J’ai le souvenir tout récent d’avoir mis 25 minutes pour parcourir les 250m qui séparent les guichets de la PAF de la salle d’embarquement et d’avoir subi dans ce laps de temps 4 contrôles tout ça pour un vol Paris-Fort de France : le contrôle d’un agent de sécurité avant celui de la PAF puis le contrôle sous portique des bagages à main puis encore un contrôle par un agent de la compagnie aérienne. Le préfet a-t-il oublié qu’il est censé approuver et assumer les règles édictées par son administration et son gouvernement ?

 

Effectivement, on a le sentiment que le préfet s’étonne de ne pas avoir été mieux « protégé » par son ministre. On se souvient que dans une affaire similaire, celle du vigile de l’hypermarché Carrefour, Pierre-Damien Kitenge; un haut fonctionnaire accusé de racisme avait été défendu par Hortefeux avec une telle mauvaise foi qu'on  pouvait avoir de sérieux  doutes sur la façon dont l’enquête et la procédure judiciaire avaient été menées. La presse en avait fait état.

Deux affaires de racisme couvertes par Hortefeux, cela commençerait sans doute à faire beaucoup.

Le temps où ces hommes parlaient de pensée décomplexée et de pensée unique « droit-de-l’hommiste » qui empêche d’évoluer, est révolu car de moins en moins payant électoralement.

Il y a de  moins en moins de sans-papier si on en croit les statistiques, les bavures et excès policiers liés à l’origine sont de plus en plus dénoncés, la peur du terrorisme étranger ne fait plus recette, la politique africaine de la France est conspuée.

 

A l’Elysée, on est bien conscient qu’une image de pays xénophobe commence à coller à la peau de la France. Difficile dans ce cas de prétendre avoir un rôle international de poids surtout au moment où les USA sont dirigés par un président noir.
Et puis il y a eu la crise insurrectionnelle aux Antilles. L’outre-mer a montré qu’il n’entendait pas rester inerte et qu’il demeurait sensible aux questions raciales notamment quand elles touchent des ultra-marins en métropole. Or, c’est une antillaise qui a été victime du comportement du préfet.

 

Porter plainte contre un préfet aussi important demande un immense courage. Le préfet a sans doute été surpris de l’opiniâtreté des plaignants et du lâchage de son ministre avant le lynchage. D’où son amertume d’aujourd’hui. Et comme c’est une grande gueule, qu’il a 63 ans, il n’a pas grand-chose à espérer sinon l’illusion de recouvrer son honneur. Quand ce préfet affirme, je ne suis pas raciste, il cherche à nous dire en fait :  « Je suis propre ».

 

Tout ça démontre que les grandes idées n’ont plus cours aujourd’hui et qu’elles sont instrumentalisées dans un but de communication. On ne se bat plus pour des idées mais pour son image...
Pour les gens de l’élite politique, seule compte l’image de propreté qu’ils dégagent. Si être raciste, c’est sale, alors ils ne seront pas racistes. Malheureusement pour eux, aucun savon médiatique n’existe pour laver les taches de l’intérieur que ce soit chez un préfet, un ministre ou un président de la république.

 

 

Publié dans racisme et xénophobie

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