Quand des français se « lâchent » sur les Antilles

Publié le par Milton Dassier

Cliquez sur l'image ci-contre et lisez attentivement. Ce sont les mots pleins de gratitude du Général de Gaulle aux antillais pour s'être libérés tous seuls, sans aide extérieure du pétainisme et du nazisme en juin 1943. Un soulèvement populaire 12 mois avant le débarquement en Normandie qui en dit long sur le patriotisme de ces populations.

C’est drôle le manque d’imagination et de mémoire de certains français ! C'est fou comment une partie des citoyens d'un pays devient xénophobe vis-à-vis de certains de ses compatriotes les plus patriotes. Un comble!

Quand on évoque une autonomie possible pour les Antilles, ils voient indépendance et tous les clichés coloniaux et européocentristes ressurgissent dans un salmigondis de réactions narcissiques. Un narcissisme national rempli de petitesse et d'étroitesse d'esprit. La lecture de la plupart des commentaires sur la question confirme donc que la France est un pays vieillissant, sur le déclin.

 

Dans l’Express, on a droit à :

 

jeanaimarre - 27/06/2009 08:54:07

Et oui, vous, vous voulez rester français ! Mais avez vous pensé que nous français, nous serions très heureux que vous soyez indépendants, et que vous appreniez à gérer, vous nourrir, et à vivre sans notre pognon.... . Un référendum en guadeloupe, ok, mais je veux le même en france.

 

Là, on a un racisme franchouillard déguisé sous une argumentation économique : "NOTRE pognon". Apparemment, pour ces gens, « le pognon » des antillais a été escroqué aux français, ce qui fait des antillais des profiteurs… Notez aussi le côté papa qui parle à ses gosses, le ton injonctif et la confusion entre Guadeloupe et Martinique!

 

Dans le Figaro, les lecteurs font pareil mais, en plus émotif pour certains : « c’est un beau gachis, l’île était pourtant belle ! » .
J’aime le « était belle », les antillais avec moins de France ne feraient que la salir, si on comprend bien. Les commentaires colonialistes restent très nombreux, majoritaires même.

« Fainéants », « assistés », sont les qualificatifs qui reviennent le plus. Certains vont jusqu'à exprimer leur peur que, face à un échec inéluctable de l’autonomie, les antillais appauvris ne débarquent en masse en France venant grossir le flot des immigrés.

 

Il y a aussi ceux qui sont venus aux Antilles en touristes, ont eu un problème d’accueil et assimilent tous les antillais à celui qui s’est mal comporté avec eux. Là aussi, nombrilisme dominateur et arrogant qui voit sans doute les antillais en larbins, en -nés pour servir et sourire- !

 

L’autodétermination des peuples pourtant prévue dans la constitution et garantie par l’ONU est également occultée avec des commentaires style : « oui à un référendum mais qu’on consulte aussi les français. Pas de deux poids, deux mesures !» 

 

Sur Libération, d’autres s’imaginent que l’idée vient de Sarkozy lui-même qui voudrait en faire un plébiscite pour sa politique. Les pauvres sont fort mal documentés et oublient que l’idée vient d’une majorité d’élus martiniquais. Seule une personne semble voir que Sarkozy s’est senti contraint d’annoncer lui-même cette initiative à cause de la grogne aux Antilles, histoire de garder la main.

 

Bref, des gens qui n’ont qu’une vision très étriquée des relations géopolitiques et de la géographie de leur propre nation.

Pratiquement pas un pour se rappeler que de nombreuses formules sont possibles : la large autonomie de la Polynésie Française, le statut d’état américain d’Hawaï si autonome qu’il peut légiférer comme n’importe quel état américain, le statut d’états associés de Porto Rico ou des Antilles néerlandaises.

Des gens qui confondent autonomie, indépendance et souveraineté.

 

Des gens qui ne remettent pas en cause une seconde, la politique de LEUR pays, la France. Au moins Sarkozy, dans ses discours le fait. Il a au moins cette honnêteté. Car aux Antilles, c’est la France qui est en échec et non les seuls antillais.

A lire les commentaires de certains comme plus haut et leurs non dits, c’est un échec qui touche toute la France par le peu de cas dont certains des citoyens de son élite se font de l’intégration de leurs concitoyens d’origine antillaise mais aussi maghrébine ou africaine.
Un échec dont
Le Monde se fait l’écho dans un article bien documenté. Mais, malgré les efforts de la presse,  beaucoup de français sont comme certains amnésiques, inconscients de leur maladie qui échafaudent des théories erronées à partir de souvenirs éparpillés et non datés, juste pour avoir l'illusion de la cohérence.

Cohérence? La France perd tout son attrait pour les jeunes diplômés français au teint basané. Une France qui forme ces jeunes bac +3, bac +5, bac +7 mais ne sait pas les retenir à cause des discriminations, de la méfiance, des sourires qui en disent long, des regards par en-dessous ou des yeux qui toisent.

15.000 de ces jeunes surdiplômés obligés de s’exiler ont trouvé des situations, des carrières à hauts salaires au Canada et aux USA.

 

15.000 ? C’est énorme et leur constat est loin d’être flatteur.

Extrait :

 

Que d'amertume chez ces jeunes Français de la diversité, qui nous disent être partis dans le " ras-le-bol ", le " rejet ". Le " dégoût ", même, de leur pays ! Ils " étouffaient ", ont fui les discriminations au travail et dans la vie de tous les jours, tous ces " stéréotypes " qui leur collaient à la peau, un sentiment désagréable de passer pour " responsables de tous les maux de la société ", voire les " boucs émissaires de Sarkozy "

D’autres parlent des quatre contrôles de police par jour qu’ils devaient subir aux abords de leur quartier et qui n’ont pas lieu au Canada.

 

Le Canada mais aussi la Grande-Bretagne et les USA disent merci aux français d’avoir investi à perte sur la formation de ces jeunes.. Merci à ces français assez stupides pour avoir payé par leurs impôts la formation de tels talents avant de les avoir laissé partir pour servir d'autres pays qui ont eu, eux, l'élégance de bien les accueillir.

 

Aux Antilles, pour beaucoup d’antillais, le problème est avant tout celui de la citoyenneté, du sentiment de faire partie d’une communauté nationale. Or, les droits ne sont pas tout. Et les devoirs ont été remplis autant que n’importe quel français. Que manque-t-il alors pour que d’un côté, les antillais se sentent pleinement français n’importe où en France, et pour que les français soient capables, sans arrogance et sans méfiance, de les reconnaître pleinement français malgré leur différence ?

 

La fierté de soi passe par la dignité aux yeux des autres.

Publié dans anticolonialisme

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Enezeneg 29/06/2009 08:16

Pour certaines et certains français, il est maintenant temps de grandir alors et de pardonner à ses parents ou grands parents, voir arrières, arrières... Enfin...

Milton Dassier 01/07/2009 00:23


Il n'y a rien à pardonner en fait. Il y a à porter un autre regard. Puisque la majorité des affaires de pédophilie et d'enlèvement d'enfant ne concernent que des blancs, est-ce que les blacks
s'enfuient en courant dés qu'il voit un blanc par crainte qu'il soit pédophile?


Enezeneg 27/06/2009 21:10

La question est aussi de se définir soit même et non par rapport aux autres...

Milton Dassier 28/06/2009 04:10


On se définit toujours par rapport aux autres et par rapport à son histoire. Les parents définissent leurs enfants: Tu es un ceci ou un cela, tes forces c'est telle chose, tes faiblesses telle
autre.. Et puis un jour les enfants leur font comprendre que ça n'a plus lieu d'être. Parce qu'il savent qui ils sont, qu'ils assument l'héritage de leurs parents en eux tout en
se préparant  à devenir eux-mêmes parents à leur tour. Les français se comportent en parents qui se sentent dépassés par la modernité et les aspirations à devenir libres des antillais
qui, grâce à Césaire et d'autres, savent qui ils sont, car ils ont découvert le terrible secret de famile de leur existence, secret qui les amène à voir les choses d'une façon nouvelle.


mehr licht 27/06/2009 20:56

Ce message surtout pour te dire...bravo Milton pour tous tes articles !

Si j'étais antillais de la Guadeloupe ou de la Martinique je demanderais l'indépendance et pour ne pas perdre certains avantages sociaux, je demanderais avant à Chavez afin qu'il puisse faire un pied de nez à Sarko et Obama, de prendre mes îles sous sa coupe et d'en faire une nouvelle orientation touristiques. Si les japonais et les allemands sont intéressants,les chinois commencent vachement à l'être doublement. Surtout dans des Antilles socialistes.

Milton Dassier 28/06/2009 04:01


Pas mal en effet. Mais il y a mieux à faire pour être proche de l'indépendance en ne coupant pas les ponts avec la France et l'Europe, en obtenant la garantie des acquis sociaux de la part de la
France contre une présence militaire et des droits sur les futures ressources liées à la biodiversité, voire le pétrole qui existerait sous ses eaux.. Ce qui compte c'est que la Martinique puisse
prendre une belle place dans la Caraïbes et s'ouvrir les marchés de l'Amérique du Nord, ce qu'elle ne peut pas faire en tant que simple département français..