Libération de Paris : Discrimination raciale dans l’armée française

Publié le par Milton Dassier

J'avais négligé cette nouvelle très peu soulignée par la presse française. Une nouvelle de taille qui fera manger leur chapeau aux Max Gallo et autres Pascal Bruckner.

Ces bien-jactants anti-repentance. Oui, 60 ans avant l'élection d'un noir à la tête de l'état le plus puissant du monde, presque un siècle après l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, La France gaulliste s'est aperçue avec frayeur, qu'elle n'était pas capable d'aligner suffisamment de soldats français de souche européenne pour constituer la division (2ème DB) qui allait libérer Paris.


Sur la photo : des valeureux soldats de cette 2ème DB

La glorieuse armée française des Forces Françaises Libres comptait moins de 35% de blancs. Et encore, les avis divergent pour savoir si y étaient inclus les personnes d’origine maghrébine ou syro-libanaise !


Or pour aller libérer Paris, le haut-commandement allié a imposé à De Gaulle que la division Leclerc ne soit composée que de « blancs ». Celui-ci n’y aurait vu aucune objection semble-t-il.





La BBC
a retrouvé des documents d’archives qu’elle a présentée dans un documentaire.

Mike Thomson a présenté l’émission "Radio 4’s Document" à 2000BST le lundi 6 avril.

En voici le synopsis traduit de l’anglais :



Des documents inédits d’archives révélés par la BBC indiquent que les commandements britanniques et américains se sont assurés que la libération de Paris le 25 août 1944 soit vue comme une victoire menée par des « blancs uniquement ».


Beaucoup de ceux qui ont combattu l’Allemagne nazie pendant la seconde guerre mondiale l’ont fait pour vaincre l’abject racisme qui causa la mort de plusieurs millions de Juifs.

Toutefois, le document de la BBC apporte la preuve que des soldats noirs des colonies françaises - qui représentaient environ deux-tiers des Forces Françaises Libres - ont été délibérément écartés de la colonne qui a conduit la marche des alliés sur la capitale française.

Lorsque la France a capitulé en juin 1940, 17.000 de ses soldats noirs, principalement des troupes des pays colonisés de l’Afrique de l’Ouest - connues sous le nom de Tirailleurs Sénégalais, furent tués. [1]

Bon nombre d’entre eux furent tout simplement abattus peu après s’être rendus aux troupes allemandes, qui le plus souvent les ont considérés comme des sauvages sous-humains.

Pour eux l’occasion de prendre leur revanche s’est présentée en août 1944, quand les troupes alliées s’apprêtaient à reprendre Paris. Mais en dépit de leur nombre écrasant, ils ne devaient pas l’obtenir.

Le chef des Forces Françaises Libres, Charles de Gaulle [2] , a fait clairement savoir qu’il voulait que la libération de Paris soit conduite par ses soldats français.

Le Haut Commandement Allié a donné son accord, mais seulement à une condition : La division de De Gaulle ne devait contenir aucun soldat noir.

En janvier 1944 le chef d’état major d’Eisenhower, le Général principal Walter Bedell Smith, écrivait dans une note frappée du sceau « confidentiel » : « Il est plus souhaitable que la division mentionnée ci-dessus se compose de personnel blanc.
Ceci désignerait la Deuxième Division Blindée, qui ne compte qu’un quart de soldats coloniaux, comme la seule formation Française opérationnellement disponible pouvant être rendue cent pour cent blanche. »

A l"époque, l’Amérique pratiquait la ségrégation au sein de ses propres troupes au travers des lignes raciales et, jusqu’aux derniers moments de la guerre, n’autorisait pas ses GI’s noirs à combattre aux côtés de leurs camarades blancs.


La Division Marocaine


Etant donné le fait que la Grande-Bretagne ne pratiquait la ségrégation au sein de ses forces et avait une importante et valeureuse armée indienne, on aurait pu s’attendre à ce que Londres s’oppose à une politique aussi raciste.

Pour autant ceci ne semble pas avoir été le cas.

Un document écrit par le général britannique, Frederick Morgan, au Suprême Commandement Allié indique : « Il est regrettable que la seule formation Française 100% blanche soit une division blindée au Maroc.
Toute autre division française est blanc seulement à 40% environ. J’ai dit au colonel de Chevene que ses chances d’obtenir ce qu’il souhaite seront grandement améliorées s’il arrivait à fournir une division d’infanterie blanche. »

La découverte d’une division opérationnelle 100% blanche s’est avérée impossible, en raison de l’énorme contribution faite à l’Armée Française par les conscrits de l’Afrique Occidentale.

Ainsi, le Commandement Allié a insisté pour que tous les soldats noirs soient retirés et remplacés par des soldats blancs d’autres unités.

Quand il est clairement apparu qu’il n’y avait toujours pas assez de soldats blancs pour remplir les lignes, des soldats des régions de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont été utilisés à leur place.


Retrait des pensions


En fin de compte, presque chacun était heureux. De Gaulle a obtenu son souhait d’avoir une division Française pour conduire la libération de Paris, en dépit du fait que le manque de troupes blanches ait conduit à ce que beaucoup de ses hommes soient en réalité espagnols.

Les Anglais et les Américains ont obtenu leur Libération par « des blancs seulement », en dépit du fait que plusieurs des soldats en question aient été en réalité des Nord Africains ou des Syriens.

Pour les Tirailleurs Sénégalais de la France, il y avait cependant peu à célébrer.

En dépit d’avoir formé 65% de Forces Françaises Libres et de leur grand nombre de morts pour la France, ils ne devaient bénéficier d’aucun accueil triomphal à Paris.

Après la libération de la capitale française beaucoup ont été simplement dépouillés de leurs uniformes et renvoyés dans leurs colonies. Pour rendre l’histoire encore plus cruelle, en 1959, leurs pensions ont été gelées.

L’ancien soldat colonial Français, le Sénégalais Issa Cissé, aujourd’hui agé de 87 années, jette sur tout cela un regard empreint d’une tristesse et d’un ressentiment évidents.

« Nous, les Sénégalais, avons été commandés par les chefs français blancs, » dit-il.

« Nous avons été colonisés par les Français. Nous avons été forcés d’aller faire la guerre. Forcés d’obéir à des ordres nous dictant de faire ceci, de faire cela, et nous l’avons fait. La France n’a pas été reconnaissante. Pas du tout. »

 

Publié dans racisme et xénophobie

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