Ils moralisent le capitalisme avec du plâtre et de la peinture

Publié le par Milton Dassier

Et si derrière les mots « moraliser le capitalisme », il y avait autre chose ?

En politique on adore les paravents, c'est-à-dire avancer publiquement des concepts éthiques pour mieux faire passer un « remède » terriblement éprouvant qui sur le fond ne change rien.

 

Rappelons-nous ce qui s’est passé lors de la crise financière.

 

Les abus du secteur bancaire ont conduit à sa propre faillite. On a libéré le crédit d’une façon telle qu’il a précipité les consommateurs américains dans la faillite. Car on avait faiy très fort. Les dettes des américains avaient fait l’objet d’une titrisation, d’une mise en titres financiers que les banques se sont revendues entre elles.

L’argent circulait à la vitesse des ordres de virement électronique. Un banquier de Hong-Kong ou de Paris achetait très cher un titre à risque dont il tirerait de précieux dividendes lorsque les petits propriétaires américains endettés finiraient de rembourser leurs dettes. Bref, on spéculait sur les dettes des pauvres. Sauf qu’on n’avait pas prévu que ces petits propriétaires endettés se trouveraient dans l’impossibilité de le faire. C’est un exemple de ce qu’on appelle un actif toxique. La confiance entre organismes financiers était atteinte, l’argent ne circulait plus. Les entreprises ne pouvaient plus emprunter, les consommateurs préféraient garder leur argent que d’investir dans un crédit à la consommation ou même de consommer. La crise financière devenait une crise économique majeure.

 

Qu’ont fait les grands états pour moraliser ces mécanismes ?

 

Pas grand-chose. En fait, ils ont mis des garde-fous, des moyens de les contrôler de loin mais les processus resteront les mêmes. La liberté d’arnaquer les plus pauvres et les plus crédules dans leur rapport à l’argent est restée la même. Normalement, en faisant circuler l’argent à vitesse grand V, les banques permettent à des projets d’entreprise de voir le jour, à des innovations de se développer et de trouver preneur. Mais les banques prennent leur dîme au passage. Si le système bancaire s’était écroulé, toute l’économie mondiale se serait écroulée avec.

 

Les états ont donc injecté des sommes colossales dans le système bancaire avec comme seule exigence que les banques reprennent le dessus, se mettent à gagner de nouveau de l’argent et faire tourner l’économie.  Les états ont donc servi de super banques aux professionnels des banques. Celles-ci vont donc tout faire pour en gagner et rembourser leurs dettes, elles vont se bagarrer entre elles pour s’assurer des marchés. Certains espèrent que cela profitera à un capitalisme d’entrepreneur. Pour l’instant, la réponse est non. Le crédit ne repart pas vraiment, les entreprises font des plans sociaux pour sauver leur peau.

 

 De grandes faillites dans l’industrie sont annoncées. Par contre, les banques ont assuré leurs arrières. Elles peuvent à nouveau faire des bénéfices juste en jouant sur les achats et les ventes de titres dans leur propre secteur puisqu’il bénéficie de garanties des états. Certains paieront cher les pots cassés. D'autres casseront leur nouvelle tirelire pour racheter à bas prix les canards boiteux. Comme le dit Jacques Attali, les gouvernements et les banques centrales ont créé une bulle financière avec l’argent des contribuables, avec les économies réalisées sur les comptes sociaux et les budgets nationaux. Pour l’instant, ils favorisent l’épargne et font tout pour maintenir l’inflation au niveau le plus bas. Pour cela, ils se limitent à maintenir une activité économique faible avec peu de production, peu de consommation ce qui garantit une stabilité des prix, freine la chute du pouvoir d’achat et étouffe toute velléité d’augmentation de salaires.

 

La vérité est qu’on n’a rien moralisé du tout. On a montré du doigt les paradis fiscaux mais sans rien de contraignant. On leur fait honte juste un peu pour qu’ils fassent amende honorable à l’aide de quelques engagements solennels bien médiatisés. Le système restera le même, sans doute plus transparent sur certains aspects, encore plus opaque pour d’autres.

 

Si on faisait dans la métaphore catastrophique, je dirais qu’on a seulement éteint l’incendie à coup de milliards de dollars pris dans les poches des citoyens à travers les budgets et les liquidités possédés par les états, on a modifié quelques normes de sécurité et une partie du règlement intérieur de l’immeuble. On se réinstalle dans ce qui reste avant d’en rénover la façade.

 

Ensuite, on mettra un coup de peinture et on espère que les affaires reprendront comme avant jusqu’au prochain crash.

 

 

Publié dans économie

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