Comment nos démocraties s'enfascisent en voulant se protéger

Publié le par Milton Dassier

Aujourd'hui, le mémorial de Drancy a été tagué de croix gammées. Cet acte infâme reste dans la droite ligne des actes antisémites habituels chez les néonazis depuis des décennies.

Ces actes montrent à quel point le nazisme a marqué les esprits et constitué une rupture dans la spirale des idées à l'échelle du monde. Le nazisme sert de repoussoir.
Maintenant, je demande quoi dans le nazisme?
Le pouvoir entre les mains d'un seul homme et d'une clique? Les théories raciales? Les théories eugénistes? Les génocides? L'embrigadement de tous au service de l'idéologie? La paranoïa sécuritaire?

Tout ça à la fois, c'est sûr. Mais, je me pose la question. Le nazisme avec tous ses excès n'a été possible que par la grâce d'un coup d'état. Ce fut préparé, soudain et brutal avec un zest d'élections pour faire passer la pilule.


Il y avait le nazisme mais il y avait aussi le fascisme. Le fascisme était tout autant antidémocratique et totalitaire mais avec moins de racisme, moins d'antisémitisme. Le fascisme était plutôt xénophobe et colonialiste que franchement raciste.


Pourtant, de la démocratie au fascisme, il y a, à mon avis, un continuum. Une démocratie peut "s'enfasciser" progressivement. D'ailleurs, un homme comme Georges W. Bush, avait osé l'expression "démocratie organique" à une certaine époque pour qualifier les régimes personnels ou oligarchiques qui fonctionnent avec des institutions démocratiques sous contrôle et organisent des élections plus ou moins sincères.


Je suis de ceux qui pensent que le glissement de la démocratie vers le totalitarisme s'opère dés lors qu'on peut repérer trois signes.


L'obsession sécuritaire


Et là, franchement, nous sommes en plein dedans. Je ne reviendrai pas sur la multiplication des fichiers policiers et administratifs, les pouvoirs immenses de la police sans pratiquement aucun moyen de contrôle, la multiplication des garde-à-vue pour un oui ou pour un non, les lois qui criminalisent ce qui ne devrait jamais l'être, comme les actes de solidarité avec les réfugiés sans-papier, la protection des sources journalistiques, la contestation citoyenne d'un contrôle policier, les attroupements festifs non autorisés.


La domination d'une oligarchie dans tous les domaines de la vie publique

Médias, politique, économie, finances puis, peu à peu, par le jeu subtil des silences forcés ou non d'approbation et de la désinformation tapageuse, elle s'étend à la société civile au sein des grandes collectivités publiques et privées qui réunissent toujours plus de pouvoirs. Une oligarchie qui autorise ou interdit, coopte ou rejette, encense ou condamne.
Elle a ses relais dans l'opinion, elle a ses émissaires dans les lieux de pouvoirs, ses experts au langage obscur mais au ton rassurant et même ses sages qui tempèrent avec brio les excès de certains. Parfois les rôles sont interchangeables. Elle organise des débats bidons à la télé devenue un agora sous tutelle dont les participants sont sélectionnés pour leur capacité à faire de l'audience.


Actuellement, des sages oligarques appuyés par des experts oligarques organisent des débats sur les rémunérations que s'accordent les oligarques de la finance et les plans sociaux élaborés par les oligarques du monde économique.


Sur les plateaux, les oligarques sont maquillés, bien habillés, bien coiffés. Leurs mots aussi d'ailleurs, dans leur bouche et dans les livres qu'ils publient. Par contre, dans les reportages "de terrain" pour illustrer le débat, les populos, les prolos ont mauvaise mine. Ils sont mal coiffés, mal habillés, non maquillés. Leurs paroles aussi d'ailleurs... Effet garanti !


la liberté d'expression étouffée

Il paraît que c'est à cause de l'air trop vicié qui l'entoure. A la pollution physique s'ajouterait une pollution mentale et sociale. C'est ce que viennent de nous dire les verts et beaucoup d'autres à gauche comme à droite qui font pression pour que des artistes soient interdits et empêchés de se produire.

Orelsan a fait une chanson, un rap où il raconte ce qu'il a ressenti quand il s'est fait larguer par la femme qu'il aimait. Comme toute personne qui subit une rupture, des sentiments de trahison, de colère, de vengeance, de violence traversent l'esprit. L'esprit humain a gardé au plus profond de son cerveau, son passé de mammifère et ses instincts de reptile, n'importe quel neurologue vous le confirmera.


Pourtant les oligarques verts ont décidé que ça pouvait être dangereux, que ça pourrait être pris au premier degré par les fans du chanteur, qu'il y aurait certainement une recrudescence des agressions contre les femmes et des actes de violence conjugale. Les verts mais aussi la ministre Valérie Létard prendraient-ils les fans d'Orelsan pour des animaux ?


C'est amusant, il y a quelques mois, il y a quelques années, ces mêmes verts s'offusquaient des tentatives des oligarques de l'UMP et de l'extrème droite pour faire interdire des raps jugés trop anti-france.

Sauf que les verts n'ont pas compris, que la pollution mentale qui étouffe la liberté d'expression, ce n'est pas une idée, une croyance ou une oeuvre artistique mais leurs propres actions pour la faire interdire. Ce n'est pas en coupant et en jetant les fleurs qui font éternuer, qu'on guérit son rhume des foins.


Dans "J'irai cracher sur vos tombes", Boris Vian raconte l'histoire d'une vengeance horrible. Un métis choisit de venger la mort de son jeune frère noir lynché pour avoir courtisé deux jeunes femmes blanches. Il est métis mais passe aisément pour un blanc et fait tout pour devenir membre du groupe d'amis des jeunes femmes.

Il fait vraiment tout, y compris avoir des relations pédophiles avec de très jeunes prostituées noires. Ce roman semble justifier, voire approuver le meurtre par vengeance et tous les moyens qui vont le permettre: immoralité, sadisme, sexe, pédophilie, drogue, alcool, racisme. La narration se fait exclusivement autour du futur meurtrier et prend le parti de le montrer sympathique. Le roman avait fait l'objet d'une campagne médiatique hostile en 1959, tout comme on en fait une à Oreslman en 2009, et avait été interdit quelques temps.


Mais voivi une autre pollution mentale selon les chanoines de l'oligarchie si soucieuse de la santé de nos âmes.

Dieudonné: L'enfant terrible de l'humour français


Spécialiste en provocation et en dérision. Il s'attaque aux sujets les plus tabous qu'il a analysés, décortiqués avec la précision d'un maître-horloger : communautarisme, racisme, colonialisme, génocides, politique internationale mais aussi éducation, petit peuple à travers des portraits dont le port et le trait sont à peine grossis, plutôt vus au grand angle de très très prés.
Mais avec lui, ça frôle la sorcellerie. Alors comment s'y prend-il ?

Avec la patience gourmande de l'homme convaincu de son effet, Dieudonné démonte les mécanismes subtils des sujets qui dérangent et, de ressorts en roues dentées, de fils ténus en remontoir, il saisit le quartz qui alimente tout le système, le montre à la foule ébahie et le mange. Puis, subitement en transe, la bave aux lèvres, les yeux exorbités, il attrape une énorme masse et, d'un geste pur mais lourd, écrase toutes les pièces.
  Un attentat à l'humour, un truc qui explose.. Cardiaques s'abstenir !.


Le problème, c'est qu'il brise sa table de travail en même temps. Pas facile à chaque fois de retrouver un établi plus solide que le précédent...


On dit qu'Arthur Rimbaud, tout jeune et prometteur poête, avait été invité à la table de ses confrères reconnus de l'époque. Au lieu de se montrer respectueux de ses pairs et passablement énervé du jeu des convenances qu'il était censé jouer en tant qu'humble et jeune invité, le poête avait fini par craquer et monter sur la table pour pisser sur ses hôtes.


Dieudonné boit-il trop de bière?

La chaleur c'est bon mais parfois ça brûle !

Vous vous rappelez l'histoire de la grenouille qui prend un bain d'eau tiède dont la température augmente très progressivement de façon à ce qu'elle ne remarque rien?


Finalement, les rapports entre démocratie, autoritarisme et fascisme ne sont peut-être qu'une simple question de température...


Tout cela est très pernicieux, un peu à la manière d'une mère qui cherche à préserver son enfant de tout danger, y compris de lui-même. Elle le protège de tout. Et tout ce qui représente un risque lui est interdit mais elle le couvre de calins et de baisers. Et quand quelqu'un dit à cette mère qu'elle ne rend pas service à l'enfant, en en faisant un assisté qui se révoltera demain ou l'insultera tout en se culpabilisant, elle tombe des nues et affirme qu'elle fait cela par amour...

Publié dans opinions

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Stefan POHLER 14/04/2009 15:55

on peut debatre longtemps de ce qui se passe a Gaza, pourquoi une solution politique n est pas finalisee, etc...
neanmoins si on doit proceder a un boycott, ce qui est normalement interdit, je n autorise a personne en mon nom le droit d obligation a cet acte et c est ce qui est fait car on ne laisse pas le choix.
Carrefour n a pas reagi car il a des interets dans le Golfe et autres pays arabes sinon la police serait intervenue.
Le reportage que vous mettez en lien ne m apporte rien, il est de qui?

Milton Dassier 14/04/2009 18:55



Un boycot n'est pas interdit. Les gens peuvent acheter ou ne pas acheter en fonction de leurs convictions. De toutes façons, c'est comme dans toute pratique commerciale, le consommateur peut
influencer les commerçants en n'achetant pas des produits et c'est au commerçant de s'adapter s'il ne veut pas en pâtir. Carrefour n'a pas réagi car il y a facilement plusieurs millions de
consommateurs en France et en Europe qui sont sensibilisés au conflit israël - palestine... Le reportage est du site Le Post, l'info a été confirmée par Le Parisien http://www.leparisien.fr/abo-paris/bagarre-a-la-sortie-de-la-fete-pro-palestinienne-13-04-2009-477246.php
Le fascisme n'a pas de frontières...


 



stefan POHLER 14/04/2009 10:19

nazi, oui. Mais actuellement les delires emis par Adolf sont repris par une partie de la population qui entend transposer en France le conflit Israel/Palestine....Que penser du raid sur le Carrefour d Aulnay et le reste...
Si ce n est pas de l antisemitisme comment doit on appeler cela

Milton Dassier 14/04/2009 15:37


Ceuc qui ont importé le conflit israéle-palestine sont les proches du CRIF dont les principaux thèmes de discussion avec leurs invités politiques ne tournent pratiquement qu'autour
d'Israël.

Les actes de violence contre des juifs sont aussi graves que ceux qui frappent les gens qui soutiennent les palestiniens de la part d'organisations juives
proches dela droite et de l'extreme droite israélienne comme cela s'est produit hier soir où des personnes ont été attaquées par des nervis pro-israéliens:


http://www.lepost.fr/article/2009/04/13/1493805_agression-a-paris-en-marge-d-une-soiree-en-faveur-des-enfants-palestiniens.html


Pour moi l'antisémtisme n'est pas une hostilité envers les juifs sionistes pro-israéliens mais un racisme qui prétend qu'au sein de la race blanche supérieure, les juifs sont des personnes
nuisibles, parasites et qu'ils doivent être pourchassés. Le mot "antisémitisme" a été inventé à la fin du 19ème siècle pour assimiler les juifs à des sémites donc à des non-européens et
justifier ainsi qu'on n'en veuille plus en Europe.


Le problème que vous soulevez est politique, des arabes et d'autres sont écoeurés par le caractère profondément injuste de la colonisation israélienne avec ce qui ressemble de plus en plus à un
apartheid (développement séparé). Rien à voir avec une histoire de race supérieure. Mais la radicalisation conduit à la violence.


Le boycot des produifs israéliens est une opération pacifiste mondiale non violente tout comme il en a été de même pour l'Afrique du Sud. Il me semble que La guerre à Gaza était bien
plus barbare qu'une opération de boycot dans un hypermarché! D'ailleurs, la population israélienne elle-même s'est faite duper car cette guerre à Gaza n'a pas été faite contre les palestiniens et
pour la sécurité des populations israéliennes mais a constitué un message destiné à l'Iran: "regardez ce que nous serions capables de vous faire"


Quoi qu'il en soit; le boycot, c'est peut-être la meilleure façon que les israéliens se voient dans le miroir de leurs turpitudes.



Ali 12/04/2009 09:30

Très lucide, ce papier ! Je le relaie sur:
justice.skynetblogs.be
Merci !

Monsieur Z 12/04/2009 00:06

Le PS a peur de Dieudonné ?

J'ai l'impression que le PS s'est ligué contre Dieudonné ... les mairies qui lui refusent les salles de spectacles publiques ou simplement qui refusent ses représentations au sein de leur ville sont en générale membre du partie socialiste.

Maxime Bono, maire de la rochelle, PS. Valérie Fourneyron, maire de rouen, PS . Philippe Duron, maire de Caen, PS. Michel DELEBARRE maire de Dunkerque , PS. Guy Ferez , maire d'auxerre , PS. Bertrand Delanoë, Maire de paris. PS. Etienne BUTZBACH , maire de belfort , MRC ( rassemblement différent partie de Gauche dont le PS )

Etonnant non ?
Est ce que le PS aurait les jetons que Dieudonné volent le votes des minorités colorés, des pro israeliens et antisionistes ?

Milton Dassier 13/04/2009 00:50


Tu as vu que le désir d'attenter à la liberté d'expression touche même les verts. Ces gens s'imaginent adopter une posture morale irréprochable au nom d'un principe de précaution, façon risque
sanitaire. L'expression politique va être de plus en plus aseptisé dans les prochaines années. On est passé des méfaits du tabac aux méfaits de la pensée politique, de l'humour et de la chanson.
Evidemment , tu as bien remarqué que ça ne touche que des arts populaires fortement médiatisés!


walkmindz 11/04/2009 22:46

S’il fallait faire un choix, quelle face du métissage devrions-nous sauver : l’angélisme stérile ou l’abomination extrémiste ?
Pas d’alarmisme, n’ayez crainte, la troisième possibilité, celle de la nuance, du bon sens, de la majorité et de la moyenne prévaut sur tout positionnement de société.
Quand l’espace politique devient le révélateur d’une construction morale articulée par une histoire parfois repentante, souvent sélective et un ressentiment ne différenciant pas l’intime de l’universel, on peut légitimement s’attendre à une guerre civile passive qui ne porte pas son nom.
Faire des diagnostics c’est le sport national. Là où l’on cherche une raison idéologique on peut trouver des solutions pathologiques. Mais sous les projecteurs peu importe les victimes, seuls comptent les bénéfices.
Quant à Dieudonné, qui il est n’est pas la question, ce qu’il est, voilà la réponse.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/22/16-mesures-mon-chargeur-est-surcharge-indigestion-d’integration/

Milton Dassier 11/04/2009 23:38


Je n'ai pas tout compris aussi je suis allé faire un tour sur votre blog. Vous devriez aller voir un spectacle d'humour.. Je vous rejoins sur le sport national et les bénéfices qui, seuls comptent.
C'est bien vu!