La censure de la bienpensance

Publié le par Milton Dassier

Il parait que le cas de Stéphane Guillon a été abordé à l’Elysée. Comme il ne fait pas rire le président de la république, alors celui-ci convoque le PDG de Radio-France où l’humoriste travaille, histoire de discuter autour de ce que doit être l’humour sur une radio du service public.

 

Une affaire d’état en somme… Le pouvoir personnel, l’autoritarisme déguisé en démocratie d’ouverture grisent quel que soit le pays.

 

Sarkozy se gaussait d’une soi-disant pensée unique dont les fils seraient tirés par les associations et partis libertaires, mais c’était pour y substituer une pensée inique faite de rigidité et de puritanisme patriotique. Un humoriste populaire doit savoir porte-monnaie regarder avant d’écrire ses conneries.

 

Et puis, il y a l’affaire Orelsan et sa « Sale Pute ». Il a écrit un rap sur une fille qui l’a largué et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il lui en veut. Et alors ? D’un seul coup, on craint que tous les jeunes de banlieue largués par leur meuf, se mettent à faire comme dans le rap.

 

 

On oublie qu’un chanteur, tout comme un humoriste, un auteur, un cinéaste, un peintre racontent des histoires, mettent en scène leur imaginaire. Comme il subit une tentative de censure du clergé médiatico-économique, on ne saurait lui interdire nos colonnes. Boris Vian pourrait-il publier « J’irai cracher sur vos tombes » aujourd’hui ?

 

Dommage que certains y voient une réalité inacceptable à leurs yeux. On oublie trop souvent que les hommes politiques entretiennent des relations très singulières avec les artistes. Admiration, fascination et identification. Tous deux vendent du rêve, tous deux sont narcissiques à l’excès. Pourtant, l’artiste met en scène son imaginaire avec sa liberté de ton. Le politicien met en scène sa réalité ou ce qu’il imagine de la réalité des autres sans liberté tant il est avide de séduire le plus grand nombre.

 

 

 

Parfois, l’artiste « fait » de la politique et découvre en lui une force de protestation comparable à celle de l’homme politique. Mais aujourd’hui, franchement, est-ce qu’un Bob Dylan français pourrait dénoncer une erreur judiciaire en France aujourd’hui ? Petit rappel, lors de l’affaire Hurricane Carter, un boxeur condamné injustement à la prison à vie aux USA pour le meurtre des clients d’un bar, avait fait l’objet d’une chanson par Bob Dylan qui n’hésita pas, dans les paroles,  à donner le nom des témoins achetés par la police..

 

Vous imaginez un chanteur français nous faire une chanson similaire sur le procès d’Yvan Colonna ?


Publié dans liberté d'expression

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Aspirine 01/04/2009 09:40

La réponse est non : Boris Vian ne pourrait pas publier "J'irai cracher sur vos tombes" aujourd'hui ! Son livre serait "auto censuré" par les éditeurs, dans un contexte d'ère marketing et de politiquement correct qui n'est pas sans rappeler l'époque où la presse se censurait toute seule sur des critères financiers, celle de Napoléon III. Comme quoi, l'histoire est un éternel recommencement...

Milton Dassier 01/04/2009 14:53


Je suis absolument d'accord avec vous. Et dire que Sarkozy a demandé au PDG de Radio-France si Guillon était comparable à Desproges, le second ayant été mythifié, est devenu
"intouchable"!


Enezeneg 31/03/2009 21:03

Bonsoir,

Même si Mr Guillon n'est pas tasse de thé (je préfère Dieudo'), il est vrai que Jonny et Clavier relèvent le niveau (sic)...

Kenavo

Milton Dassier 01/04/2009 00:45



Ce qui compte c'est que tout le monde puisse s'exprimer sans crainte de quoi que ce soit.