Les DOM-TOM: banlieues de la république?

Publié le par Milton Dassier

La crise aux Antilles constitue le creuset d'une révolte. Pas seulement à propos de pratiques de gouvernance politique, économique et sociale. Il y a aussi un volet que d'aucuns appellent "identitaire" comme le Président de la République, volet qui comporte deux aspects. L'un se veut une résistance à l'assimilation pure et dure et va dans le sens du multiculturalisme. Il concerne le respect de particularités géographiques et culturelles des Antilles au sein de la France. L'autre pose le problème général de la tendance naturelle de l'état français à favoriser l'assimilation, les dominations et les discriminations, problème qui se trouve exacerbé aux Antilles.


Les revendications du LKP en Guadeloupe et du Collectif du 5 février en Martinique contiennent la volonté d'en finir avec des discriminations à l'embauche et une ségrégation de fait entre les riches blancs-pays qui décident parfois "d'importer" des travailleurs métropolitains à des postes peu qualifiés au lieu de faire confiance à des candidats antillais quelque soit leur couleur d'ailleurs. Il y a, dans ces pays, une tendance entretenue depuis longtemps, à voir chez un métropolitain blanc des qualités très difficiles à trouver chez un antillais. Ce sont, sans conteste, les traces d'un racisme hérité de l'esclavage et de la colonisation. Plus étonnant, ce racisme est partagé aussi par certains dirigeants noirs et métis au nom d'une solidarité de classe.


En retour, pas mal d'antillais voient chez les blancs venus de métropole à travers un mélange de sentiments contradictoires . Voilà ce qu'on peut entendre: "ils sont mieux éduqués", "plus cultivés", "plus "branchés", "ils savent assumer leurs responsabilités notamment professionnelles et familiales". Mais, "ils sont plus malins", "plus fourbes", "plus hypocrites", "plus cupides", "plus embobineurs", "plus profiteurs", "trop arrogants".


On le voit comparaison n'est pas raison.


L'assimilation est culturelle. Ses principaux vecteurs : la télévision mais aussi l'éducation.

 

Il y a des musiques créoles et caraïbes d'une très grande richesse, qui rayonnent et exportent dans le monde entier. Depuis longtemps, il existe une littérature, une peinture antillaises reconnues, primées dont certains artistes et auteurs sont vénérés au delà des frontières. Le monde créole a donné naissance au blues, au jazz, à la salsa, au zouk, au reggae, au martiniquais Aimé Césaire, au Saint-Lucien Derek Walcott , au trinidadien Vidiadhar Surajprasad Naipaul, au franco-mauricien JMG Le Clézio, à l'haïtien Jean-Michel Basquiat et bien d'autres encore. Je ne parle pas des nombreux sportifs adulés dans le monde que sont par exemple, le basketteur des îles vierges Tim Duncan, le guadeloupéen Thierry Henry ou le trinidadien Lewis Hamilton. Et on trouve un peu partout aux Antilles, des modes d'expression artistique très vivants, en constante évolution, ils vont bien au delà de la persistance d'un folklore hérité du monde ancien comme on le présente souvent.


Naipaul et Walcott ont eu tous les deux un prix nobel


L'éducation scolaire donnée aux jeunes antillais néglige ces apports culturels essentiels. Non seulement, elle néglige l'étude des langues créoles mais aussi celle de la géographie, de l'économie, de la littérature, de la musique et bien sûr de l'histoire.  En France, qui connait l'histoire d'Haïti? Qui connait Toussaint-Louverture? Qui sait que le combat de résistance du commandant  guadeloupéen Delgrès à Napoléon est comparable à celui de Jean Moulin aux nazis et à Pétain?

 

 

Ce fut l'un des principaux combats d'Aimé Césaire. Compenser ces carences conduidant à une assimilation pure et simple aux modèles culturels français par un développement et l'accès pour tous à la culture vécue de ce côté-ci de l'océan.


Un combat réussi mais menacé par l'envahissement de la télévision. Canal Satellite, des réseaux cablés s'incrustent dans les foyers antillais et instillent des programmes faits ailleurs par d'autres. A ma connaissance, sur ces réseaux aux Antilles diffusant une centaine de chaînes, il y a 4 chaînes privées antillo-guyanaises et 4 chaînes publiques (RFO) qui consacrent presque toutes, 70% de leur espace à des programmes importés de métropole.




En outre, Canal Satellite diffuse une chaïne musicale franco-antillaise Trace FM dont le PDG est un martiniquais.  Le réseau câblé propose aussi BET (Black Entertainment Television), une chaîne afro-americaine des USA en anglais.

Ce qui donne moins de 5% de programmes purement antillais aux Antilles !

En France métropolitaine, la situation est pire. Certains avaient regretté
qu'aucune chaïne de la TNT n'aît été réservée à l'outre-mer. La seule radio d'importance à destination d'un public originaire des DOM, Tropiques FM, n'émet que sur la région parisienne !

 



Tous les jeunes ont besoin de modèles, de personnages de référence sur lesquels bâtir leur personnalité en devenir.

Or, que voit-on sur les écrans? Des visages à peau clair dans des environnements européens ou américains. Seuls le sport et la musique échappent à cette pâleur générale !


Les modèles des adolescents aux Antilles sont partagés entre rappeurs américains et quelques français, chanteurs de ragga et de soul music jamaïcaine de, grandes stars noires du sport français (football) et américain (basket), et des acteurs afro-américains.

Il faut reconnaître que le cinéma français, la télévision française boudent les personnalités et les acteurs noirs français. Y compris pour le doublage des voix des acteurs américains noirs...

La télévision a fait quelques efforts sous la pression politique après les émeutes en 2005, le cinéma aucun. Un cinéma français qui fait dans le pathétique en étant capable d'accueillir en grande pompe le réalisateur Spike Lee ou l'acteur Will Smith aux Césars mais dans une salle remplie de visages blancs à 99%!


L'argument type est que le noir n'est pas vendeur. Même si le scénario est béton. "Pas d'acteur noir français  bankable" a-t-on répondu à Claude Ribbe qui proposait l'histoire extraordinaire du Chevalier de St-Georges. Selon les producteurs, il aurait fallu soit une star américaine comme Denzel Washnington ou le chanteur Yannick Noah pour jouer le rôle...

Quelle belle erreur bâtie sur un préjugé de caste! Pourtant, en France hexagonale, la population d'origine des DOM-TOM est évaluée à 757.000 personnes et figurent en bonne place dans les 5,5 millions dont les origines familiales proviennent du continent africain, de Turquie et des DOM soit 9% de la population française. Cette étude réalisée par le société Solis à partir du croisement de données de l'INSEE et de l'INED donne ce premier chiffre.


Les habitants des DOM-TOM sont estimés à 2.625.000 personnes. Ce qui signifie que la population française totale des gens les moins représentés dans le cinéma et la télévision française s'élève à plus de 8 millions de personnes, soit 12% !

L'impression d'éclatement géographique souvent en îles minuscules ne doit pas faire oublier qu'en superficie, les DOM-TOM ont une superficie de 115.000 km² soit :

12% de la France métropolitaine...


Ces 12% de la population devraient être retrouvés dans la représentation politique nationale, chez les parlementaires.


En France hexagonale, il n'existe qu'une seule député originaire des DOM : Georges Pau-Langevin. Mais, c'est au sénat qu'on retrouve quelques parlementaires issues des minorités visibles. Le mode d'élection au sénat le permet car ce sont les élus locaux qui votent pour leurs pairs. La proportion de parlementaires hexagonaux issus des minorités visibles est de 0,81% alors qu'elles représentent 9% de la population métropolitaine.



Cinquante ans après la présidence du sénat du martiniquais Gaston Monerville, seulement 52% des français se disent prêts à voter pour un candidat issu des minorités visibles, une courte majorité qui montre que les mentalités en métropole changent vraiment très lentement.

Aux Antilles, en Guyane, à la Réunion, l'élection d'un blanc d'ici ou de "là-bas" n'a jamais posé de problème.

 

Le mot "banlieusard" a été créé à la fin du 19ème siècle pour désigner les gens réputés bourrus, peu cultivés et vulgaires de la périphérie de Paris. Aujourd'hui, le mot banlieues s'applique plus spécifiquement dans la presse nationale par exemple, aux populations en périphérie des grandes villes (mais aussi d'ailleurs) ayant du mal à s'intégrer et potentiellement fauteurs de troubles selon elle.

Quand Eric Raoult déclare, avec sa maladresse coutumière, que le 9ème DOM-TOM est le département de la Seine-St-Denis, il ne fait que consacrer un préjugé qui a la peau dure, la sienne!

Car le problème concerne les mentalités métropolitaines "gauloises" et d'origine européenne. On est bien obligé de reconnaïtre que la démocratie française ne fonctionne pas très bien au point que certaines composantes du peuple français, en plus de ceux qu'on appelle les indigènes de la république, soient considérés dans le coeur de beaucoup comme des banlieusards de la république.

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Publié dans société

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shoelcher 26/02/2009 13:22

On en est rendu à un tel soulevement de revendications sur la négritude, mêlées à la plate forme de revendication, mêlé à une forme de colère inopportune à apporter une solution efficace aux antilles que par exemple, sur le site www.lepost.fr on trouve ça: http://www.lepost.fr/sondage/2009/02/26/1437121_etes-vous-favorable-a-l-independance-de-la-guadeloupe.html

un petit sondage sur l'avis des français à propos de l'indépendance de la Guadeloupe, rien que ça !!!
Je propose de regarder les commentaires de ceux qui "votent" et par la même les proportions suivantes:

- Oui 59.6%
- Non 33.9%
- Sans opinion 6.5%
(à 11H54 )

voici donc comment le figaro fait ses sondages, avec un échantillon completement hasardeux .. merci OpinionWay-Le Figaro.

Tout cela m'inquiete, et parti comme c'est parti je ne vois pas comment cette fois ci les choses pourraient prendre une tournure évolutive..
La Gwada ou Madinina indépendante ? je n'ose meme pas y penser.

Milton Dassier 26/02/2009 21:11


Il y a des tentatives de désinformation pour diaboliser ces mouvements. Le dernier en date: des métros quitteraient la guadeloupe pour cause de racisme anti-blanc!


arno 21/02/2009 21:29

Bonjour, j'ai visité votre blog et j'ai trouvé que vous publier de bon article en général, cela vous diriez-il de mettre un lien entre nos 2 blogs?
MON BLOG:
http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
J'attends votre réponse !!! et bonne continuation !!!
Je vous invite dès maintenant à vous abonnez vous à la Newsletter !!!

Milton Dassier 26/02/2009 21:10



Non désolé mais, je ne ferai pas dans le ségolénisme.



Daniella 21/02/2009 17:56

Je n'achète plus depuis fort longtemps les magazines, zappe les pubs, etc,... Je cible mes programmes : Ils sont plutôt exotiques, j'ai besoin, comme tout le monde, de m'identifier.
Le cinéma français, ces acteurs, actrices, films, metteurs-en-scène, sont fades et loins de la réalité. Je les boycotte, finalement, par goût, et aussi par dépit, car je soutiens les français qui ne sont pas représentés et pourtant, qui fait la France plus riche, plus belle et plus intéressante!
Ton texte est réaliste, mais assez rare, finalement, dans tout ce que l'on peut lire.
Je crois que la Guadeloupe a déclenché, parce que exacerbée (tu le décris très bien), ainsi que notre île soeur, la Martinique, aussi nos cousines, la Guyane et la Réunion, un véritable ras-le-bol à cette économie coloniale et qui profite uniquement à ces blancs créoles et métropolitains opportunistes et choisis, ainsi qu'à cette clique minoritaire et puissante des békés!
Nous sommes au 21ème siècle, merde alors, il est temps que les choses changent!!!

Milton Dassier 21/02/2009 18:28


Je suis comme toi, je sélectionne avec soin les programmes que je regarde. J'ai renoncé aux talk-shows, aux émissions de variété, à beaucoup de films français style comédie dramatique
et  je croiser toujours les infos nationales et internationales avec ce qui s'écrit sur le net. La pub me fait gerber. J'essaye d'équilibrer mes lectures. Pour moi, seule la musique et un peu
la littérature ont ouvert en grand leurs frontières et sont au delà de tout référence nationale ou nationaliste.