Affaire du béké raciste : La presse française 15 jours après !

Publié le par Milton Dassier

Jeudi 12 Février, sur Europe 1.

Jean-Pierre Elkabbach fait l'interview d'Yves Jego.

Propos rassurants du ministre qui s'explique et fait comprendre que l'état ne se subtituera pas aux partenaires sociaux et a fait toutes les propositions que l'état pouvait faire. Il est content de lui, Jego, il a limité la casse selon lui.


Pourtant, Jego est gêné car Elkabbach lui demande des comptes sur la gestion de la crise antillaise: intervention tardive, départ soudain puis retour en fanfare funèbre 48 heures plus tard, sans rien de plus dans les poches à part celles qu'il arbore sous les yeux. Les ministres fatigués, on n'a plus l'habitude !

Et puis Elkabbach demande son avis sur l'affaire Huygues-Despointes à la suite d'un reportage de Canal+ France dont nous avions parlé la semaine dernière dés que nous l'avons vu puis plusieurs fois après. Jego explique qu'il s'associe à l'indignation et soutient les poursuites judiciaires.. Normal en fait. Elkabbach, ce taquin, adore titiller ses invités mais avec déférence et des intonations incisives d'avocat-général, ton qu'en général, l'invité remarque à peine. C'est paraît-il la marque des grands journalistes !

Le plus drôle, c'est la réaction de la presse française juste après...

 

Par exemple, le Nouvel Obs qui découvre aujourd'hui que des propos racistes ont été tenus par un grand patron martiniquais dans un reportage de Canal+ dont il ignore la date puisqu'il ne la cite pas. D'autres articles commencent à sortir depuis.

Alors, on va quand même rigoler doucement, ricaner même face à cette hypocrisie car la presse nationale montre finalement qu'elle traite les Antilles comme le gouvernement.. Par dessus la jambe... Comme des protectorats où il ne se passe rien d'intéressant hormis les traditionnels ouragans des grandes vacances !!


Piqûre de rappel. Aïe!


Le reportage diffusé le 5 février sur Canal + Antilles où l'on voit un béké, Mr Alain Huyghes-Despointes parler des bons côtés de l'esclavage et du manque harmonie dans le métissage, ce long documentaire intitulé "Les derniers maîtres de la Martinique" est passé sur Canal + en France, le 30 janvier 2009 dans l'émission "Spéciale Investigation".


Ce qui veut dire qu'en France, le 31 janvier, au lendemain de l'émission, alors que le conflit en Guadeloupe était commencé depuis 2 semaines, l'AFP, la presse française, les associations antiracistes n'avaient toujours rien dit. Je ne crois pas qu'ils n'aient rien vu. Ils ont vu mais ont trouvé certainement qu'il s'agissait d'une opinion, ils ont vu évidemment mais se sont interdits toute indignation. Si ce n'est pas antisémite, ça ne vaut pas le coup!

Du 30 janvier au 12 février, silence total en métropole du gouvernement, des partis politiques, des associations antiracistes, de la presse française alors qu'avant même que l'émission ne fût diffusée aux Antilles, des sites antillais en parlaient déjà comme Montray-Kreyol le 3 février et le 4 février puis les ogres.

Le 6 février, au lendemain de l'émission, la presse grand public des Antilles en fera sa une.
Toujours pas un mot dans la presse française, ce qui en dit long sur comment les circuits de l'indignation médiatisée sont sous le contrôle ou sous la coupe de gens qui ont des préjugés raciaux finalement.

On se pose la question de ce qui se serait passé s'il s'agissait d'un simple sous-préfet parlant d'Israël ou d'un simple enseignant-chercheur des armées évoquant des théories "conspirationnistes" sur le 11 septembre...

De plus, l'internet, si décrié comme source de désinformation et de rumeurs infondées, avait fait son boulot. Timidement au début, puis franchement après la diffusion aux Antilles, les images vidéos étaient disponibles sur la toile. Des blogs, des newsletters analysaient les propos, décortiquaient le rôle des békés aux Antilles et l'influence que cela avait sur les conflits des Antilles.


Le 5 février donc, Canal + Antilles s'apprête à diffuser le documentaire mais curieusement, il n'y aura pas de rediffusion. Pressions des békés eux-mêmes?


Le 6 février, les Antilles se réveillent avec un arrière-goût d'égoût dans la bouche. On savait ce que beaucoup de békés pensaient mais on ne se doutait pas que cela serait dit en public, à la télé avec autant d'applomb, de suffisance, d'arrogance...


Les premières réactions de personnalités antillaises fusent, on parle de pétition, de poursuites, de plaintes pour apologie de crime contre l'humanité, d'incitation à la haine raciale. Les gendarmes prennent position aux entrées d'un célébre "ghetto" béké en Martinique, le Cap Est, le "Beverly Hills", le "Marne-La-Coquette" béké.


L'affaire reste cantonnée aux seules Antilles, le procureur de Fort de France annonce le 7 février, qu'il engagera des poursuites. Toujours pas de réaction de la presse française...Toujours rien des professionnels de l'indignation et des télégénies. Ils sont si occupés dans une bataille titanesque qui mobilise toute leur énergie résoudre la question : Faut-il défendre Kouchner ou le laisser s'enfoncer?


Extraordinaire non! Il y a un décalage médiatique de deux semaines entre la presse française et les Antilles... Pour cette presse humaniste qui adore pourtant donner des leçons y compris à la grande presse américaine, les Antillais sont des zantils trous du cul du monde, des confettis du carnaval impérial colonial qu'on remarque à peine tant le vent les emporte trop loin. Pas vus, pas de prix !... 

Quand j'ai entendu Jego et Elkabach, le 12 février, parler des propos inacceptables de l'entrepreneur béké martiniquais, j'ai cru que c'était d'une autre déclaration d'un autre béké dont il parlait, quelque chose qui s'était passé la veille. Je n'ai pas réalisé tout de suite qu'il s'agissait des mêmes faits.

Cette presse française qui sait pourtant bosser, on l'a vu avec la publication du prérapport sur le prix des carburants par le journal "Le Monde" et qui a des correspondants partout dans le monde y compris aux Antilles.


Parlons-en des correspondants. Vous ne vous souvenez pas ce qui était arrivé à Raphaël Confiant, l'écrivain martiniquais en décembre 2006?


Dans une newsletter, il avait évoqué les organisations communautaires qui harcelaient Dieudonné sous le vocable équivoque "d'innommables". Aucune plainte n'avait été déposée, pas la moindre information judiciaire de la part de la justice. Pourtant, un correspondant du journal "Le Monde" avait "vendu" l'histoire immédiatement et, après publication à charge, une avalanche de propos indignés, d'accusations de racisme, d'antisémitisme s'était abattue depuis Paris et par mimétisme, en Martinique même, sur l'écrivain antillais.

Et vous allez voir, à partir d'aujourd'hui, le grand réveil des prédicateurs professionnels de l'indignation. Jusqu'ici, ils bâillaient en regardant les Antilles. Ils vous disaient la main sur le coeur que question racisme, tout était réglé depuis l'abolition de l'esclavage..


Ils ont oublié que Voltaire lui-même, tout lumineux qu'il soit, considérait les noirs comme inférieurs. Preuve qu'ils lisent bien peu ou ont la mémoire très courte ou très sélective... Car le problème des intellectuels français est qu'ils pensent que le racisme hérité des traîtes négrières n'était qu'une barbarie de plus n'appartenant pas vraiment à l'histoire moderne, quelque chose de toutes façons sans commune mesure avec le racisme prémédité, froid et planifié, à l'oeuvre pendant la dictature nazie.

Les pauvres n'ont pas encore fait le lien entre ces deux racismes. Pourtant nombre de grands intellectuels du monde l'avait fait, dont Hannah Arendt. Je cite cette grande dame car, habituellement, les grands intellectuels français télégéniques aiment s'y référer.
 

Les intellectuels français sont décidément bien paresseux. Ils préfèrent la facilité, qui récompense cash en honneurs, interviews et contrats d'édition, au travail de fond obscur, fatigant et ingrat. Quand ces télégénies passent sur les plateaux télé, ils démontrent et démontent façon sorcier des mots, cuisine leur propre cerveau et le votre comme une Maïté en transe quand elle tranche une anguille vivante. Vous êtes estomaqués d'une telle maestria, en tous cas, l'animateur complaisant vous le suggère, dissipant la nausée qui peut-être s'annonçait!

Ils sont si forts qu'ils pourraient vous démontrer l'existence de Dieu et vous convaincre du contraire la fois d'après !

Les médias français sont, eux, coincés entre la rentabilité de leurs infos et les intérêts de leur compt lectorat. Donc si BHL parle de quelque chose, ils vont vendre du BHL et accessoirement ce dont il parle..

Vous comprenez donc bien qu'il n'y a pas grand chose à attendre de cette presse parisienne marchande et, si vous voulez qu'on parle de vous, vous avez intérêt à avoir le bon carnet ouvert aux bonnes adresses. Mais attention, les télégénies et leurs amis de la grande presse sont si habitués aux sommets himalayens de cette notoriété qui les enivre, qu'il vous faudra accepter de leur servir d'ami sherpa qu'on remercie avec une larme de compassion dédaigneuse au coin de l'oeil voire de brave nègre porteur de mots au moment où l'on parlera de votre leur cause.

 

 

 

Publié dans racisme et xénophobie

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Mirabelle 30/12/2010 17:46


Je ne me souviens pas avoir entendu dire ce béké que les noirs étaient inférieurs comme c'est suggéré. J'aimerais bien voir cette interview pour voir réellement ce qu'il en est.


Milton Dassier 30/12/2010 18:57



Cette interview a été faite par un journaliste de Canal + dans un reportage sur les békés: les derniers maîtres de la Martinique. L'affaire a été portée devant les tribunaux, le béké a été
condamné mais a fait appel. Il a été publiquement désapprouvé par d'autres békés soucieux de la cohésion sociale en Martinique. Les propos de ce monsieur sont une apologie d'un système
basé sur l'apartheid. En étant contre le métissage, il fait l'apologie d'un développement séparé... On ne peut pas être pour ou contre le métissage à moins qu'on ne souhaite le
règlementer...



La Cause du Peuple 19/02/2009 19:43

Bonjour,

Non ! Les DOM ne peuvent pas être traités comme les départements de la métropole.
Comme le dit Milton Dassier, ils sont situés à 6500 kilomètres et n'ont donc pas toutes les facilités de la proximité de Paris, des sièges des entreprises françaises, des productions nationales et des importations en nombre (donc moins chers pour leur coût de transport).
De plus ce sont des îles et sont donc entièrement tributaires des transports maritimes et aériens (plus chers).
Ces départements sont aussi peu peuplés, ce qui explique ces oligarchies et ces monopoles (mais ne les excuse pas !).
Regardez aussi la Corse qui vit une situation économique similaire.
Ces départements doivent donc bénéficier d'un traitement économique et politique particulier.

Excellent article qui m'a fait connaître votre blog.
Je me suis permis de le reprendre sur mon site (avec la source bien sûr) accompagné de la vidéo complète du documentaire "Les Derniers Maîtres de la Martinique" pour ceux qui ne l'auraient pas vu :
http://www.lacausedupeuple.com/documentaires/2009/02/19/esclavage-moderne-derniers-maitres-martinique

A bientôt !

Milton Dassier 19/02/2009 20:15


Merci. Je le met en lien : la cause du
peuple


Mandarine 18/02/2009 14:32

Oups, j'ai oublié de dire "bonjour" , "au revoir",et "merci"
Bonne journée:-)))))

Mandarine 18/02/2009 14:31

Je ne sais pas si j'ai tout bien compris, mais il me semble que les Antilles doivent être traitées comme l'Alsace ou la Vendée!
Tant que ce ne sera pas le cas, il y aura de la révolte, et cela me paraît normal, aussi bien pour la Réunion ou la Guyane

Milton Dassier 19/02/2009 15:48


Oui traitée comme n'importe quel région de métropole en théorie mais en réalité il faut un statut spécial car, la vendée et l'alsace ne se trouvent pas à 6500km sur un autre continent!


Lyne 16/02/2009 16:12

Depuis fort longtemps, je me suis protégée de la presse et autres médias. L'actualité, je la découvre sur le blog, très souvent avec beaucoup de retard. Donc cette histoire de Béké, je la déouvre en vous lisant ( et là, j'ai lu du début à la fin :) ) ce qui est choquant c'est que la prese n'a rien relayé, quant aux propos d'un béké, ça ne surprend personne, ces gens -là vivent encore dans le passé.. et se croient toujours les rois du coton, de la canne à sucre et de l'esclavage
Pourtant, pourtant, il suffirait de pas grand chose pour retrouver la douceur de vivre antillaise : que le gouvernement ouvre enfin les yeux ! et fasse pour les îles ca qu'il sait faire ailleurs. mais les antilles sont une vache grasse, ce qu'ondonne d'une main aux antillais, on leur reprend de l'autre avec intérêt, mais ceci est une autre histoire
cordialement
Lyne

Milton Dassier 17/02/2009 03:22


Aujourd'hui, les antilels font la une parce que c'est devenu vendeur. Dés qu'une story-board est possible, les médias suivent. Ici, c'est un bras de fer entre grévistes, l'état et les patrons avec
rebondissements, émotions, actions spectaculaires et depuis hier, violence...