Sarkozy perd-il le contrôle du navire ?

Publié le par Milton Dassier

On peut se poser la question.

Face à ce qui s'appelle une grave crise, il semblerait que le maître de l'Elysée n'aît pas de réponse à la hauteur de ce qu'il prétendait. Les sondages montrent une dégringolade du Président et de son Premier Ministre. L'un court dans tous les sens, fait une déclaration par jour, l'autre reste effacé et silencieux, cantonné aux affaires courantes intérieures comme un secrétaire de mairie, veillant à ne pas faire de l'ombre à son patron.


La réalité est dans le projet politique qui vient de voler en éclats avec l'arrivée de la crise financière.

Sarkozy pensait avoir fait le plus difficile : se démarquer de Chirac, prendre le contrôle de l'UMP et le tenir d'une main de fer, écarter Villepin, humilier Bayrou, vaincre Ségolène Royal et bousculer le jeu droite-gauche par "l'ouverture" aux ambitieux et aux carriéristes du PS. Pour faire moderne et américain, il avait confié trois postes ministériels à des personnalités non blanches issues de l'immigration, cela lui permettait de brandir l'étendard de la tolérance, du travail et du mérite, histoire de rassurer le centre.


Malgré les accusations de président bling-bling, bordélique et inconstant, il gardait une certaine admiration confiante de la plupart des français. Sa jeunesse sûrement, son volontarisme affiché, sa réactivité sur des dossiers brûlants. D'autant qu'il surfait sur le domaine de la sécurité en faisant adopter des lois très contraignantes en matière d'immigration, de délinquance, de majorité pénale, d'internement psychiatrique. Le résultat à cette étape de son quinquennat : plus de 500.000 gardes-à-vue par an (presque 1% de la population enfants compris) et une surpopulation carcérale qu'on avait jamais vue jusqu'ici dans l'histoire du pays.


Il tenait son cap et rassurait encore les sociologues en herbe des cafés du commerce en s'attaquant à l'influence des syndicats et des associations de défense des sans-papier et des SDF. Il se montrait déterminé à réformer la France, à s'attaquer aux acquis sociaux pour que l'économie française puisse rivaliser avec ses homologues des pays émergents dans un contexte de concurrence sauvage mondiale. Il avait donc échafaudé tout un plan d'actions diverses et variées qui devaient permettre aux entreprise françaises de redevenir compétitives tout en réduisant la charge financière de l'état et se rapprocher ainsi de l'exemple britannique.

Il se voyait dans la posture d'un Tony Blair de droite qui ratisse large jusque sur les rives de la gauche et s'attire l'intérêt et les bonnes grâces du monde anglo-saxon notamment les Etats-Unis.


Pour plaire au plus grand nombre, il s'afficha sur des dossiers "droits de l'homme" compliqués et y obtint une certaine réussite même si pour cela, il n'hésita pas à occulter voire court-circuiter le rôle de certains émissaires très expérimentés et à accorder une rançon faite de contre-parties honorifiques (accueil en grande pompe de Khadafi) et de juteux contrats. On se rappelle tous la libération des infirmières bulgares et celle d'Ingrid Bétancourt, et la façon dont la France frisa le ridicule à plusieurs reprises en croyant s'illustrer.


Parallèlement, pour plaire à l'aile droite de son électorat, il invoquait des idéaux patriotiques où on retrouvait pêle-mêle: la grandeur de la France, son influence dans le monde, son rayonnement politique, son leadership en Europe, la défense des symboles nationaux (hymne, drapeau). Pour cela, il instrumentalisait certains héros de la résistance au nazisme, le général de Gaulle, les enfants juifs déportés et même l'équipe de France de rugby.


Et puis, au moment où il pensait que ses premières grandes réformes devaient prendre effet en faisant gagner à la France les points de croissance qui lui manquaient, la crise survint et malgré les annonces pessimistes des plus grands économistes dés la fin de l'année 2007, le gouvernement négligea ses effets sur la situation française, la minimisa et imagina même qu'elle ne serait qu'un grain laissant rapidement place au beau temps.

Or, c'est une véritable tempête qui déferle en ce moment même avec ses vagues de licenciements, de laissés pour compte, de gabegie financière, ses rafales de mouvements sociaux, ses averses de faillites d'entreprises, ses orages dévastateurs en Guyane puis aux Antilles aujour'd'hui.


Alors qu'une majorité de gens lui demande d'affaler les voiles avant que la mâture ne s'écroule sur l'équipage et les passagers, de démarrer les moteurs et changer de cap pour contourner la partie forte de la tempête, Sarkozy s'entête en ne voyant que la position des navires concurrents. Dans la tempête, Sarkozy aperçoit le bateau américain en facheuse posture et en pleine réorganisation après un changement de capitaine. Il a un oeil sur les bateaux européens qui ralentissent face à la houle et se met à rêver de victoire au forcing. Il se prend alors pour un grand marin alors qu'il n'a été qu'équipier sur des mers calmes, parfois houleuses mais sans danger. Personne n'a oublié en 2005 comment, alors qu'il était maître d'équipage, par son comportement, il a suscité une mutinerie qui entraîna un incendie de plusieurs semaines dans le bateau.


Avec un pétrole qui se raréfie et une mâture qui s'effondre, nous sommes bien partis pour un retour aux galères dont nous serons les rameurs forcés.


Sarkozy dégringole dans les sondages? Proposons-le en promo en tête de gondole.


Pour ne pas ramer idiots, vous savez ce qu'il vous reste à faire...

Publié dans sarkozy

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FRENCHY 10/02/2009 14:14

Bonjour,

J'aime beaucoup votre analyse de la situation, toute en finesse et en humour ! Britannique ?
En tous cas, je vois rarement ce type d’humour sur les blogs français.

FRENCHY

Milton Dassier 10/02/2009 14:45


Ah peut-être, j'avais une grand-mère anglaise du côté de mon père... Et c'est vrai j'aime l'humour britannique qui taquine et tourne en dérision le convenable dans des formes convenables. Un
véritable sport. La meilleure preuve : avoir considéré avec affection Cantonna comme un grand humoriste! Un grand merci..