Martinique : Le corps de Marion Génin a été retrouvé

Publié le par Milton Dassier

Certains d’entre vous m’avaient demandé de donner des nouvelles de la jeune femme enlevée début septembre en Martinique : Marion Génin. Son cadavre a été retrouvé hier, dimanche, au fond d’un ravin dans un coin isolé entre Diamant et Sainte-Luce sur la côte sud de l'île à 6 km du lieu de son enlèvement. Elle aurait été torturée d’après les premiers éléments de l’enquête. Nous nous joignons à l'ensemble des martiniquais dans les condoléances à sa famille.

 

Les malfrats qui ont commis ce meurtre horrible avaient déjà fait parler d'eux auparavant : un autre meurtre, un viol, des vols à main armée. Ce sont des ressortissants de l’île de Sainte-Lucie à 25 km au sud de la Martinique. Trois d’entre eux ont été arrêtés par la police de Sainte-Lucie
.

Ils seraient arrivés fin août en canot à moteur sur la côte sud de la Martinique pour livrer de la drogue. Ils sont restés pour commettre des crimes en série sur quelques jours.


Démasqués par un appareil photo dérobé avec lequel ils s’étaient pris en photo avant de l’égarer près du lieu de l’enlèvement de Marion Genin, ils ont fui comme ils étaient venus et sont retournés chez eux à Sainte-Lucie. Recherchés là-bas pour des vols, ils ont été finalement arrêtés. Ils devraient être extradés vers la Martinique incessamment sauf rebondissement.

 

 

 Deux remarques

 

La première est qu’il n’existe pas de convention d’extradition entre l’île de Sainte-Lucie et la France. Pourtant, la Martinique et Sainte-Lucie sont en bons termes depuis l'indépendance de l'île anglophone il y a plus de 30 ans. Personne au gouvernement français n'avait pensé que ce serait intéressant d'établir des relations judiciaires entre les deux pays ! Donc, théoriquement, les autorités de Sainte-Lucie ne sont pas obligées de remettre ces malfaiteurs à la justice française. Une demande a été faite tout de même par la justice française, elle devrait trouver une réponse favorable car le gouvernement de Sainte-Lucie a bien compris que des pays voisins devaient coopérer surtout s'il cela concerne des affaires comme celle-ci.. Seulement, les délais de garde-à-vue étant ce qu’ils sont, on a bien failli voir ces zigotos à nouveau dans la nature. La justice française avait oublié de respecter les formes voulues par les autorités judiciaires sainte-luciennes. Par exemple, que la demande d’extradition soit rédigée en anglais, leur langue officielle...

 

On croit rêver ! Alors qu’il y a divers trafics (drogue, armes, main-d'oeuvre) entre la Martinique et Sainte-Lucie, pas de convention judiciaire et de coopération formulée entre la France et ce pays souverain.

 

Ma deuxième remarque concerne la façon dont la presse nationale s’intéresse à cette histoire gravissime. En ce moment, la presse en France métropolitaine, parle de la disparition d’enfant (Antoine), d’un corps retrouvé en Haute-Vienne, d’un chauffard défoncé qui a heurté des piétons en pleine rue et d’autres faits divers encore et encore.

Mais des crimes de sang en série commis en Martinique par une bande de malfaiteurs sanguinaires impliqués aussi d’un trafic de drogue, ça n’intéresse pas les français de l’hexagone même si beaucoup sont d’origine martiniquaise. Silence éloquent dans la presse nationale.

C’est ce qu’ont décidé nos grands journalistes qui sont capables de vous montrer au 20h, une course poursuite entre un chauffard américain à moitié bourré et des flics sur une voie expresse de Détroit ou de Los Angeles mais ne font pas leur boulot s’il s’agit de tueurs en série à la Martinique, terre française !

 

Auto-censure ou filtrage de l’information ?

 

Pourtant, ils se sont précipités sur une info pas très importante concernant un martiniquais il y a à peine deux ans. Il paraît que c’était extrêmement grave et l’info avait fait les choux gras d’une bonne partie de la presse de la gauche libérale (Le Monde, Libé, le Nouvel Obs). Vous ne vous rappelez pas ?  Dans une newsletter diffusée entre une petite centaine de personnes, l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant, donnait son sentiment sur Dieudonné et son bannissement. Il parlait des « innommables ». Alors, là, accusations d’antisémitisme, articles, commentaires et réponses dans la presse nationale se mirent à pleuvoir pendant quelques jours…

 

  

J’en conclus qu’un fait divers scabreux et horrible ne peut être que métropolitain ou … américain sauf s'il existe une connotation antisémite ou que cela concerne une célébrité. Ben oui, Jean Reno fait un petit malaise cardiaque à Saint-Barth et déjà, la presse nationale se bouge...  La vérité est qu'on a sûrement décidé au niveau des correspondants de presse de ne rien dire car cela pourrait desservir le tourisme en Martinique. Vive l'autocensure pour motif économique ! Pourtant, cela aurait été une bonne occasion de pointer certains dysfonctionnements.


Dysfonctionnements de la justice en Martinique
 

- D’abord, ce flottement de la justice pour ouvrir une information judiciaire pour enlèvement et séquestration, une semaine après la disparition de la jeune femme.

 

- Le manque de moyens de la gendarmerie puisque les indices les plus pertinents ont été trouvés grâce au dévouement de simples citoyens qui par trois fois ont organisé des battues.

 

- L’absence de convention judiciaire entre la France et un de ses voisins immédiats avec lequel pourtant les relations sont bonnes.

 

- Les ratés de la demande de coopération des autorités françaises qui ont failli aboutir à la libération des détenus à Sainte-Lucie. Il faut par exemple signaler que la police sainte-lucienne a libéré l’un des détenu à l’issue du délai de garde-à-vue pour l’arrêter de nouveau 5 mn après et obtenir ainsi un délai supplémentaire qui a donné quelques heures de plus à la justice français pour faire enfin son travail correctement. 

 

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