Crise financière : les pertes s'élèvent à 12.000 milliards de dollars

Publié le par Milton Dassier

Un excellent article, très pédagogique, sur la crise des subprimes a été publié par un universitaire de l'université de Zurich, W. Wüthrig. On ne peut pas faire plus clair. Comme c'est un peu long, j'ai condensé mais ceux qui souhaitent lire l'article en entier pourront le faire ICI sur Alterinfo .

Pour comprendre, il faut se baser
sur les deux banques qui ont été sauvées de la faillite par l'état américain : Fannie Mae et Freddi Mac. Leur rôle : trouver de l'argent frais pour les banques qui prêtent aux emprunteurs particuliers et aux entreprises. Des "méta-banques" en fait. Plus ces méta-banques fournissent de l'argent, plus les banques peuvent offrir des possibilités de prêts.
Ces banques, au départ, appartenaient à l'état qui les a privatisées par la suite mais en les exemptant d'impôts et en garantissant certaines de leurs activités. Donc des méta-banques privées mais avec un label de l'état.

Les deux banques pouvaient recourir à des emprunts d'Etat, étaient exemptées d'impôts et la surveillance exercée sur elles était moins étroite que pour les autres banques. Leurs dettes n'étaient toutefois pas explicitement garanties par l'Etat, contrairement à ce que l'on croyait souvent, à tort.

"Ecoutons" W. Wüthrig

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Pourquoi les deux banques usaméricaines ne sont-elles plus en mesure d'assurer la tâche qui leur a été confiée en 1939 par Roosevelt, c'est-à-dire de trouver des fonds pour les banques locales et régionales, qui ensuite accordent des prêts hypothécaires avantageux, et par là d'aider à la construction de logements?
On sera peut-être tenté de répondre hâtivement que les Américains s'endettent beaucoup trop. Cela fait partie de leur quotidien, comme le hamburger et les frites. Mais ce n'est pas tout à fait exact. Les champions du monde, en matière d'hypothèques, ce sont les Suisses. L'endettement hypothécaire s'élève, en Suisse, à 90 000 francs suisses [= 57 000 euros] par tête – nettement plus qu'aux USA. Pourtant ce n'est pas en Suisse que se trouvent l'origine et l'épicentre de la crise financière, mais aux USA.

Fannie et Freddie, ainsi que d'autres établissements hypothécaires qui fonctionnent de manière analogue ont commencé, dans les cinq premières années 90 à «titriser» les hypothèques. C'était alors une toute nouvelle méthode de financement des prêts hypothécaires. Qu'est-ce que c'est? Un exemple concret permettra de l'expliquer de façon imagée:


Ben Johnson, de Santa Barbara, en Californie, veut se construire une maison. Il prend à sa banque régionale un crédit hypothécaire à hauteur d'un demi million de dollars. Ainsi commence – pourrait-on croire – une longue relation d'affaires entre Ben Johnson et sa banque. Mais il n'en est rien. La banque régionale revend l'hypothèque qu'elle a consentie à Ben Johnson à un «financeur hypothécaire», par exemple Freddie ou Fannie. Qu'en font ces derniers? Freddie «titrise» l'hypothèque. Autrement dit: la banque sélectionne un nombre important de créances hypothécaires accordées à diverses personnes (parmi les­quelles Ben Johnson) et les regroupe en un pool (un «pot» commun) dont elle fait un titre. Qu'elle revend ensuite à des établissements financiers du monde entier (principalement des banques, assurances, fonds alternatifs [hedge funds] et fonds de pension). Et donc Ben Johnson de Santa Barbara paie à Freddie tous les six mois les intérêts de son prêt hypothécaire. L'établissement financier qui se trouve à Shanghai ou quelqu'un d'autre dans le vaste monde perçoit l'argent que lui garantissent les intérêts du titre. Ben Johnson ignore totalement qui reçoit son argent. La relation d'affaires personnelle établie à Santa Barbara est devenue une relation mondialisée, où débiteur et créancier ne se connaissent pas.


Qu'est-ce qui se passe alors si Ben Johnson perd son boulot et ne peut plus payer ses intérêts? La banque régionale qui a accordé l'hypothèque originale n'a plus rien à voir dans cette affaire. Puisqu'elle a revendu la créance et en a transféré les risques à Freddie! Plus personne avec qui examiner calmement la situation. L'établissement financier de Shanghai ne peut sûrement pas s'en charger, il ne connaît pas Ben Johnson. Le créancier de Shanghai et le débiteur Ben Johnson de Santa Barbara n'entretiennent aucun contact d'aucune sorte. Et donc on en arrive très vite à la vente aux enchères forcée de sa maison. Les prix de l'immobilier s'étant effondrés aux USA, on n'en tire pas grand-chose et Freddie enregistre une perte. Le titre (créé par la banque) perd de sa valeur.

Quels avantages les banques trouvent-elles à titriser? Reprenons notre exemple: la banque régionale de Santa Barbara a revendu la créance de Ben Johnson et a touché de l'argent. Avec cet argent elle a pu accorder une nouvelle hypothèque, qu'elle a revendue, et ainsi de suite. Le volume des crédits est multiplié plusieurs fois. Les bénéfices éventuels s'accroissent dans les mêmes proportions. C'est aussi ce que pensent Fannie et Freddie. Eux aussi revendent leurs créances (sous forme de titres), eux aussi retirent de l'argent de la vente, eux aussi créent de nou­velles hypothèques et ainsi de suite. C'est principalement par le biais de ces mécanismes et d'autres semblables que Freddie et Fannie ont atteint des proportions incontrôlables, jusqu'à financer la moitié des prêts hypothécaires aux USA;
Quels avantages en ont retiré les banques participantes? Les titrisations étaient une affaire lucrative pour tous ceux qui y étaient impliqués. Les employés ont sans doute touché des bonus (des primes). Et les actionnaires aussi en ont retiré grand profit. En 1990, lorsque la «titrisation» et le commerce des crédits hypothécaires a démarré, on pouvait acquérir une action de Fannie pour 10 dollars. En 2000 il en fallait déjà 100. Ces dernières semaines, plus dure a été la chute. Les actions de Fannie et Freddie ne valent plus que quelques cents. Les actionnaires ont perdu la totalité de leur mise de fonds, l'Etat étant désormais le nouveau propriétaire.

Ce qui suit est également très simplifié: Comme il a déjà été dit, la banque regroupe un nombre important de créances hypothécaires en un seul pool et les transforme en titres. Où est le problème? En regroupant de nombreuses créances hypothécaires personnelles en un seul titre, on s'y perd facilement. Qui sont ces gens qui me doivent de l'argent? Puis-je leur faire confiance? Et cela se complique vraiment quand ils habitent à l'autre bout du monde, dans un autre espace culturel. On ne sait plus très bien quelle est au juste la valeur de ces titres. Et l'on peut en dire autant du spécialiste chargé de contrôler la sécurité de ces titres. Sans que ce soit visible, elles ne valaient que la moitié de leur valeur nominale. Ces titres ont ainsi acquis une réputation de «pochettes surprise».
Mais désormais ces titres font l'objet d'une répulsion puisqu'on sait ce qu'elle représente en terme de risque. On les évite et elles perdent leur valeur. Les banques et assu­rances détentrices de ces titres ont dû recourir à des annulations massives de titres.

L'insouciance avec laquelle les banques ­américaines accordaient des crédits s'est peu à peu ébruitée, et les prix honteusement surévalués de l'immobilier ont commencé à baisser. Et les créances hypothécaires ont fini par n'être plus couvertes. Les banques ont augmenté leurs taux et exigé d'être remboursées. Il s'en est suivi des cessations de paiement et des mises aux enchères forcées.
Les établissements financiers du monde entier qui détenaient des billions dans ces titres ont pris peur et tenté de revendre leurs titres. Et il ne s'est trouvé personne pour les acheter. C'est ainsi qu'a débuté la crise, en juillet 2007. Depuis elle dure; aucune sortie n'est en vue.
Depuis janvier 2008, plus de 1,4 millions d'enchères forcées ont eu lieu. Les taux de défaillance ne concernent pas seulement les hypothèques à bonus faibles (subprimes). Même des hypothèques dites «premières» (prime) sont touchées. Les prix de l'immobilier s'étant effondrés, Fannie et Freddie ont subi de lourdes pertes, et les valeurs de leurs titres se sont à leur tour effondrées. C'est ce qui a provoqué leur banqueroute.

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J'espère que les propos de Wüthrig vous ont suffisamment éclairé. A noter que cette titrisation "bidon" ne concerne pas seulement les crédits immobiliers hypothécaires mais d'autres type d'emprunts y compris le financement d'entreprises....

Ce qu'il faut retenir pour comprendre l'ampleur de la crise est que montant cumulé des créances hypothécaires douteuses s'élèvent à , attention, tenez-vous à quelque chose, à 12.000 milliards de dollars, soit 40.000 dollars par américain !

Ce qui est étrange est que ce système fonctionnait avec l'aval des politiciens, y compris en Europe. L'idée étant que si cela rapporte de l'argent, c'est bon pour l'économie. Quelle naïveté car, on le voit actuellement, c'est l'argent du travail des plus pauvres qui partaient ainsi vers les marchés boursiers du monde entier. Mais pas n'importe quel pauvre, ceux qui croient au rêve du travail qui permet de s'élever socialement et d'avoir une vie confortable. Ceux qui croient tant en ce rêve qu'ils travaillent plus pour gagner plus et s'ils perdent plus, ils continuent d'espérer et de travailler encore plus dans un sursaut de survie !

Publié dans économie

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