Qu'est-ce qui pousse Sarkozy vers le pape ?

Publié le par Milton Dassier

Nicolas Sarkozy adore le pape et le pape adore Nicolas Sarkozy.

Tout le monde le dit. Pour moi, ça me fait penser que tous deux ont grandi dans l'ombre d'une personnalité qui apparaissait indéboulonnable et puis un jour... Jean-Paul II a passé l'arme à gauche et Jacques Chirac a pris sa retraite. On apprend aujourd'hui que le pape avait choisi de faire une simple visite à Lourdes et que l'Elysée a insisté pour qu'il séjourne deux jours à Paris. La présidence avait même proposé en plus le Mont Saint-Michel; le Vatican avait refusé.

Le président d'une France très attachée à sa laïcité a décidé d'en diminuer l'importance.

On pourrait se demander "mais qu'est-ce qui lui prend?" Bonne question quand on sait que, contrairement à son prédessesseur, l'homme ne se rend jamais à la messe dominicale alors qu'il est catholique, qu'il n'a jamais pratiqué sa religion.

On en conclut ainsi que pour Nicolas Sarkozy, la religion n'est pas une fin mais un moyen, un moyen politique bien sûr !

Vous avez sans doute compris que nous sommes passés d'une démocratie en train d'avancer à un régime en recul vers un despotisme doux selon l'expression de Tocqueville. Vous n'avez peut-être pas noté, en tous cas avec ces mots, la tendance presque obsessionnelle vers l'hygiénisme social, politique et idéologique de nos gouvernants.

Je m'explique. Les radars, la répression routière, le débat autour des méfaits du tabac, de l'alcool, de l'obésité, du stress, des suicides au travail, de la malbouffe, de l'abus de médicaments, des drogues, la promotion présidentielle du jogging; tout ça ressemble à s'y méprendre à une approche "hygiéniste" de la société.

Certes, les excès coûtent cher, la santé est essentielle, les travailleurs doivent être en forme pour être productifs et puis il y a l'environnement à préserver. Mais cela n'est pas tout.

Si on ajoute à tout ça, la criminalisation de certaines infractions, le contrôle policier et la mise en fiches généralisés y compris à l'école, la lutte contre la délinquance des jeunes, les incivilités, les atteintes à l'autorité à l'école ou dans la rue, les recommandations de nettoyage au karcher, la proclamation de l'origine génétique ou innée de certains comportement "déviants" chez les pédophiles, les homosexuels, les fauteurs de troubles et les enfants turbulents, les lois sur la récidive, la complaisance envers les abus policiers, on obtient un hygiénisme social.

Hygiénisme social qui fait des chômeurs des paresseux, hygiénisme qui fait des cadres et des travailleurs à 35 heures des profiteurs surtout les fonctionnaires, hygiénisme qui fait des régimes spéciaux de retraite un privilége, hygiénisme qui fait des RMIstes des assistés n'ayant plus le gôut du travail, hygiénisme qui fait des sans-papier des criminels, hygiénisme qui fait des français issus de l'immigration saharienne et subsaharienne des presque français encore immatures, hygiénisme qui fait des musulmans des islamistes et des islamistes des terroristes virtuels, hygiénisme qui fait des critiques d'Israël des antisémites, hygiénisme qui fait des enfants hyperactifs des délinquants virtuels, hygiénisme qui fait des familles d'immigrés de mauvais éducateurs. Et on pourrait continuer ainsi longtemps.

Alors la venue du pape, quel rapport?

Hygiène et morale font bon ménage. La religion, c'est avant tout une morale qui ramène à quelque chose de proche d'une hygiène mentale. Hygiène mentale, hygiène morale, dans l'esprit de certains il n'y aurait qu'un pas...

On s'interdit des actes parce que la morale de la religion le recommande : tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu aimeras tes parents, tu seras respectueux des anciens, tu seras charitable, tu resteras poli, tu tendras la joue, tu ne blasphèmeras pas. Là aussi la liste est longue...

Le dessein de Nicolas Sarkozy est de faire coïncider morale laïque et morale religieuse ou plutôt les faire se complèter.

Pour lui, la société française est bloquée par des principes issues du marxisme encore très présent dans la société: le matérialisme historique et la lutte des classes notamment.

L'école, les rapports sociaux au sein des entreprises, le travail de certaines associations, syndicats et organisations sont des viviers d'idées marxistes. Il l'avait dit d'ailleurs en villipendant l'héritage de mai 68.

Une année de remises en cause, de revendications sociales, de défense des libertés. Et finalement, qui avait gagné en mai 68?

Les travailleurs, les femmes, les étudiants, les gens de la France d'en-bas grâce aux négociations de la rue de Grenelle. La société était restée gaulliste mais malgré un baroud d'honneur, la droite avait mangé son chapeau.

Très rapidement, il a tenté d'instiller de nouveaux symboles laïques. Avec un succès très relatif. Vous vous souvenez de la lettre de Guy Moquet, de l'hommage aux résistants au plateau des Glières, du parrainage d'un enfant juif déporté en 40-45 par un enfant de CM2 d'aujourd'hui?

Ce qui nous attend avec la laïcité "ouverte", c'est par exemple, la promotion des écoles privées confessionnelles. Plus de sous, plus de valorisation. Sur le plan culturel aussi, on peut s'attendre à une préférence vers ce qui est dans les traditions françaises bien établies donc moins de subventions, moins d'aide pour les musiques "profanes" et issues de la diversité. On devrait voir de plus en plus, les évêques participer à des réflexions gouvernementales sur des grands problèmes éthiques comme la question des embryons humains avec peut-être une remise en cause du droit à l'avortement, à la contraception. Et puis, plus grave encore, une approche manichéenne en termes de bon ou mauvais des grands problèmes du monde; peut-être même une dose de créationnisme et de références bibliques sur l'histoire du monde comme aux USA.

Platon parlait de philosophe-roi comme personnage de référence de l'autorité politique, un "expert de la politique" qui sait ce que le peuple ne sait pas , un homme qui ne divise pas son pouvoir et le rend inaccessible au peuple qui ne comprend rien de toutes façons.

Notons que pour Platon, la démocratie authentique ne pouvait conduire qu'aux rivalités entre défenseurs d'intérêts privés et aux revendications ingérables d'une société basée sur l'individualisme et l'assouvissement des désirs de chacun. Le résultat pour Platon aboutissait inexorablement à une guerre de la démocratie avec elle-même conduisant à la fin à une tyrannie, c'est à dire au règne d'un maître entouré de ses proches et assouvissant pour eux-même tous leurs désirs.

Sarkozy va donc utiliser la religion pour apparaître comme ce philosophe-roi, un expert qui sait décider des désirs du peuple et surtout promulguer des interdits au nom de la cohésion du peuple et de sa sécurité. Pour que ça passe, il suffit de jouer sur les peurs et les illusions dont le peuple est si souvent saisi, les rendre prévisibles pour mieux les instrumentaliser..

Publié dans philosophie politique

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A2N 15/09/2008 11:42

Bonjour, Milton !
Tu as bien résumé le personnage, c'est un opportuniste. A travers la visite de Benoit..., il y a la sainte alliance judéo-chrétienne, celle qui mène à tout aux Etats-Unis, et la manipulation des masses, histoire de les asservir, comme l'a souligné Eva. De l'exploitation de la lettre de Guy Moquet à la "laïcité positive", il n'y a qu'un dénominateur: le TOTALITARISME

A+

Milton Dassier 15/09/2008 13:42


Comme disait Marx: Religion, opium du peuple!


eva 14/09/2008 07:57

Du religieux politique. Sarkozy veut que nous soyons tous des Christine Boutin. Et soumis, pour mieux nous asservir. Cordialement Eva

Milton Dassier 14/09/2008 15:48


Pas tout à fait d'accord car Christine Boutin est une authentique pratiquante. Sarkozy reste un jouisseur au fond mais il ne veut pas faire des français des grenouilles de bénitier plutot de bons
et paisibles citoyens se laissant manoeuvrer. L'église parle souvent de brebis égarées et de berger conduisant son troupeau.