L'accusation d'antisémitisme : la nouvelle arme de dissuasion morale

Publié le par Milton Dassier

On ne vous le dit pas souvent mais la guerre contre le terrorisme utilise l'arme de la terreur pour prospérer.

Aux listes d'organisations terroristes se sont ajoutées des listes de « subversifs » à surveiller ou détruire dans la fameuse guerre pour le contrôle de l'opinion publique dont Chomsky disait qu'elle seule pouvait constituer un bon contre pouvoir contre les impérialismes au niveau mondial.

Les nouveaux hérétiques

On l'a vu depuis Dieudonné en France, dés lors qu'un homme commence à dire des vérités qui dérangent sur l'ordre du monde ou de la société, on cherche à le salir avec cette terrible accusation d'antisémitisme.

Les noms, vous les connaissez, parmi les plus emblématiques : Dieudonné, Noam Chomsky, Charles Enderlin, Desmond Tutu, Pascal Boniface, Ronny Brauman, Edgar Morin, Hugo Chavez, Raphaël Confiant, Kemi Seba, le sous-préfet Guigne et d'autres encore.

Terre sacrée à feu et à sang   

Tout ça parce que le conflit israélo-palestinien est devenu autre chose qu'une guerre pour la maîtrise d'un territoire que chaque camp revendique pour lui-même.

 Oui, autre chose, car on a fait d'Israël, une tête de pont du monde occidentale dans une région pétrolifère et hautement stratégique où les peuples et certains de leurs dirigeants se méfient ou rejettent le modèle de société européen ou américain.

 Oui, autre chose, car après la conférence de l'ONU de Durban en août 2001, Israël a été amalgamé par certaines organisations et états à un état voyou qui pratique une politique de ségrégation, de discrimination, d'apartheid vis des palestiniens y compris s'ils sont de nationalité israélienne. Ainsi a volé en éclat le fantasme sur l'idéal de démocratie, de pluralisme et de tolérance de l'état hébreux. Il n'est donc pas étonnant que Bernard-Henri Lévy et les dirigeants du CRIF aient eu pour souci de demander à Rama Yade que la France ne participe pas à la conférence de l'ONU en 2009, Durban II.

 Oui, autre chose, car après les attentats de septembre 2001 aux USA, Israël a réussi à apparaître comme un rempart de l'occident contre le terrorisme islamiste mondial en assimilant la résistance palestinienne à un ensemble d'organisations proches d'Al-Qaïda. Même Yasser Arafat, le chef historique a été « balayé » politiquement par cet amalgame.

 Oui, autre chose, car, en adoptant une position ambiguë  vis-à-vis de l'expansion des colonies israéliennes,  les élites atlantistes européennes espèrent en finir avec le sentiment de culpabilité qu'elles portent comme un héritage trop lourd concernant le génocide des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Un sentiment de culpabilité qui s'est transformé en une sorte de dette morale. Le prix ? La terre des Palestiniens. Pour ne pas se mettre à dos leur opinion publique devant une injustice aussi flagrante, les européens prônent une solution négociée à deux états tout en sachant que tout est joué d'avance. L'état palestinien ne sera au mieux que des bantoustans ou des cantons non reliés entre eux en Cisjordanie et la bande de Gaza une sorte de camp à ciel ouvert aux mains du Hamas.

 Mais il faut préparer l'opinion publique et c'est bien là tout l'enjeu...

 Pour que cette idée soit acceptée comme inéluctable par l'opinion publique des pays occidentaux, il faut deux choses :

 

  • - Démontrer inlassablement qu'Israël vit sous la menace de ceux qui veulent le détruire ou l'affaiblir. Dans ce cas, on répète régulièrement l'argument qu'Israël a droit à la sécurité à l'intérieur de ses frontières mais aussi de ses colonies. Pour cela, les médias occidentaux mercantiles ou atlantistes insistent beaucoup sur les exactions des palestiniens présentés comme des barbares sanguinaires et peu sur le terrorisme d'état pratiqué par l'armée et les paramilitaires israéliens. L'information est donc savamment détournée. Par exemple, l'affaire qui a touché le journaliste Charles Enderlin ou, plus récemment, les soldats faits prisonniers par le Hezbollah après une incursion en territoire libanais, «devenus» dans les dépêches d'agences de l'occident, des otages kidnappés en territoire israélien.

 

  • - Museler les voix dans l'opinion publique occidentale, de ceux qui dénoncent les injustices de la politique israélienne surtout quand elles laissent entendre qu'Israël viole les droits de l'homme en molestant, en tuant, en arrêtant, en condamnant, en expropriant, en exploitant, en opprimant les populations palestiniennes. Là, un certain nombre d'intellectuels, de politiciens, de personnalités influentes, d'organisations respectables décident du sort de quelqu'un en fonction du danger «médiatique» qu'il représente.

 

Iran, Iran pas ! 


Tout ceci s'accélère avec la supposée menace iranienne. Car, quel est le problème avec l'Iran ? Accusé de faire partie de l'axe du mal et de soutenir la résistance à l'expansion israélienne, se sentant menacé directement à ses frontières après l'invasion de l'Irak, l'Iran veut se doter de l'arme nucléaire et ainsi devenir la seconde puissance militaire nucléaire au Moyen-Orient avec... Israël. En plus, quand on connaît le ressentiment anti-iranien des USA et réciproquement, ça en dit long sur les tensions qui sont nées depuis... Pourtant, un arsenal nucléaire de dissuasion face à une menace énoncée explicitement, ça ne vous rappelle pas la politique de dissuasion nucléaire française face à la menace des pays du pacte de Varsovie pendant la guerre froide ?

 Chomsky a posé l'hypothèse suivante : Et si l'Iran avait envahi le Mexique ? Imaginez la réaction des USA si cela s'était produit. Une belle figure de rhétorique pour démontrer qu'un pays souverain et puissant n'accepterait pas comme ça qu'une puissance étrangère envahisse un de ses voisins sans rien dire, sans rien faire. Et il ne faudrait pas rire ni même sourire quand les dépêches d'agences occidentales annoncent que quelques agents étrangers venus d'Iran se sont infiltrés en Irak et constituent une menace alors que 100.000 soldats occidentaux, donc étrangers, s'y trouvent ?

 Au fait, qui est accusé d'être le plus grand antisémite du monde ? Le président iranien..

Qu'il le soit ou non n'a plus aucune espèce d'importance en fait. L'idée qu'il est le prochain monstre à abattre a fait son bout de chemin et pourrait suffire à faire accepter une guerre contre l'Iran dans les opinions publiques occidentales. C'est ce que voudraient obtenir les dirigeants israéliens et certains dirigeants américains. D'ailleurs, ceux qui profèrent des accusations d'antisémitisme sont les mêmes qui approuveraient une action militaire contre l'Iran....

 Délit d'opinion contre débat d'idées

L'antisémitisme est devenu un délit d'opinion alors qu'au départ c'est un crime idéologique et politique puisqu'il a conduit durant des siècles à la ségrégation, au bannissement, aux pogroms, aux exterminations, aux déportations et au génocide des juifs. Aujourd'hui, l'approche de l'antisémitisme est devenue policière. On en est arrivé à un sophisme tel que :

- Etre contre les injustices que subissent les palestiniens c'est être contre Israël.
- Israël est la terre des juifs donc, être contre les injustices que subissent les palestiniens c'est être contre les juifs et donc être antisémite avec ce que cela suppose comme intention de nuire aux juifs.

 Alors qu'en réalité, la plupart des gens accusés d'être antisémites sont contre l'idée qu'Israël et ses colonies soient la terre des juifs et de personne d'autre. Le combat qu’ils mènent est celui du débat d’idées. Apparemment, cela constitue un crime pour certains qui censurent, accusent, diabolisent et donc refusent le débat d’idées au nom de la préservation de la démocratie. Pourtant, le débat d'idées est l'un des fondements de la démocratie ! Tout ça revient à dire qu’il y a des gens dans les hautes sphères qui ont décidé que la démocratie peut et doit utiliser des méthodes non démocratiques à l’opposé de ses idéaux pour se préserver.

Désigner des hérétiques, s’en remettre aux jugements arbitraires de personnalités médiatiques et politiques sans grande légitimité et imbues de leur toute-puissance,  adopter des méthodes inquisitoires qui tiennent lieu de lois et de jugements, tout cela au nom de la démocratie et du rationalisme, cela ressemble à s’y méprendre au maccarthisme des années 50 aux USA.

 

Une pensée politique uniforme, des comportements rationalisés et policés à l'extrême, une surveillance quasi policière des idées, est-ce bien le monde que nous souhaitons pour nos enfants ?

Publié dans opinions

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Philippe 05/08/2008 13:59

Très juste analyse que je vais recommander.
Vous oubliez une antisémite décrétée par ceux qui savent tout. En tapant Claire Aymes sur le moteur de recherche Yahoo, vous aurez de curieux résultats.
Drôle de pays où ne pas se renier et avoir de la dignité est également réprimé.