Ingrid Bétancourt: Le cadeau de Bush à Sarkozy

Publié le par Milton Dassier

Très jolie était Ingrid Bétancourt à son arrivée sur le tarmac, juste après sa libération.

Une femme magnifique sans maquillage, en treillis militaire, le visage simplement éclairée, illuminée par l’émotion et la joie d’être libre. Oui, le bonheur d’être libre vaut tous les maquillages et toutes les robes de haute-couture.

Tout en saluant le courage de cette femme, soyons un peu soupe au lait et allons au fond des choses!

 

Premièrement, on peut s’interroger sur l’importance prise par cette histoire en France, un authentique conte de fées moderne qui concerne une jeune femme, sénateur de Colombie qui a la double nationalité franco-colombienne par sa mère et porte un patronyme français assez répandu dans la haute bourgeoisie de Colombie et du Venezuela.

 

On a fait monter la mayonnaise médiatique lors de son enlèvement puis pendant les six ans de sa détention juste parce qu’au départ elle est l’amie d’un certain nombre de personnalités politiques françaises. Une princesse, des princes, des rois et des ogres.


Envie de dire donc avec une amertume à l’opposé de la joie béate, presque imbécile, des journalistes télé : ayez des amis haut placés et vous vous en tirerez toujours. On rameutera le bon peuple français dont la générosité peut être immense si on sait l'émouvoir, on fera mûrir le suspense jusqu’à son comble en laissant entendre que vous êtes à l’agonie, en envoyant un avion médicalisé pour rien et en faisant des déclarations compatissantes sur l’issue de votre affaire.

 

Deuxièmement, sur le fond, on nous a fait une télé-novela en direct live avec des présidents se disputant la promesse de gloire pour la libération de la princesse. Il y avait les méchants d’un côté, les FARC, véritables ogres accusés de tous les maux face al presidente Uribe qui perdit parfois son sang-froid en voulant guerroyer plutôt que négocier. Il y avait el presidente Chavez qui fit des pieds et des mains, certains diront plutôt les pieds que les mains, pour obtenir des concessions de la part des guérilleros. Ce qu’il obtint d’ailleurs jusqu’à ce que Uribe, qui risquait de perdre la face, face aux Farc, mette fin à cette farce de façon très policière mais peu polie.

 

Chavez comprit assez vite combien on lui mettait des bâtons dans les roues et se retira du jeu en ironisant.

 

Et puis, il y eut l’influence des empires d’Europe et d’Amérique du Nord.

Au début, un engagement déterminé de Sarkozy qui pensait qu’avec une rançon, un échange sous la bénédiction américaine, tout se passerait facilement. Il se voyais déjà comme l’homme qui aurait libéré la belle Ingrid des griffes du mal. Pourtant, devant les obstacles et les coups fourrés de Chavez, de Bush et d’Uribe, il faillit manger son chapeau. L’apothéose du ridicule fut atteinte avec la vidéo très médiatisée, enregistrée à l’intention du chef des FARC, Manuel Marulanda, mais celui-ci était mort depuis quelques semaines… Pour faire oublier cet épisode bien peu flatteur pour les diplomates et les services de renseignement français, on eut droit à l’avion médical devant évacuer une Ingrid Bétancourt qu’on disait déjà presque morte, témoignages à l’appui. Un écran de fumée très pathétique ! Des dizaines de journalistes faisaient le pied de grue à proximité de l’avion, 24 heures sur 24, sur un aérodrome militaire pendant que les diplomates français passaient leurs nuits au Hilton de Bogota !

 

La surenchère à l’échange otages contre guérilleros susceptibles d’un accueil sur le sol français ne donnait rien alors Sarkozy changea d’idée et usa de toute son influence pour que Bush y mette enfin un peu du sien. L’opération de libération, on l’apprend aujourd’hui, est le fruit d’une collaboration militaire entre la Colombie, les USA et … Israël.

La France ? Juste avertie et tenue d’applaudir !

 

Finalement, Ingrid Bétancourt, c’est le cadeau empaqueté aux couleurs de la Colombie et des USA que Bush fait à Sarkozy pour le remercier de son amitié. Bénéfice multiple puisque Uribe triomphe après avoir tant été critiqué pour ses relations ambiguës avec les paramilitaires fascistes colombiens, et, ce, juste avant sa demande d’élection présidentielle anticipée lui permettant de briguer un vrai faux troisième mandat.

Oui, par un tour de passe-passe juridique, Uribe tente de faire annuler sa propre réélection ce qui lui donnera l’occasion de se représenter alors que la constitution l’en empêche. Mais à part ça, c’est un très grand démocrate selon les conservateurs français de gauche comme de droite. Pas comme Chavez !

 

Pour Uribe, rien de mieux que les remerciements éplorés d’une opposante politique tout juste libérée des Farc et la gloire d’une opération militaire spectaculaire réussie pour éviter toute contestation à sa candidature.

 

Inquiétude sur l’avenir des mouvements révolutionnaires dans le monde quand on constate la main mise des forces spéciales et des services de renseignement des états ultra-conservateurs sur le monde.

 

Finalement, tout cela confirme bien que nous vivons dans un monde qui devient un grand hypermarché protégé par des vigiles à l’équipement dernier cri, qui ont tous les droits.

Consommez et applaudissez aux exploits des nouveaux héros, c'est bon pour le business !

Bientôt dans votre hypermarché préféré, le bob "camouflage jungle" porté par Ingrid pour 7,75 € et le GPS utilisé par la CIA et les agents israéliens pour localiser Ingrid, en promotion pour 179 €.

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