Les tireurs d’élite de l’opinion publique

Publié le par Milton Dassier

Une nouvelle société se dessine peu à peu dans nos pays d’abondance.

La démocratie si chère à nos cœurs s’empoisonne de ses excès tel un gourmand insouciant qui devient obèse.

Par principe, en démocratie, il y a la séparation des pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire. Le problème est qu’il y a un quatrième pouvoir qui broie tout maintenant sur son passage : c’est l’opinion.

 

On a tendance à faire croire que l’opinion est le peuple en quelque sorte et que si le peuple peut donner et faire connaître son avis sur tout, alors cela voudrait dire que la démocratie est saine et vivante. Vrai en théorie mais dans la réalité, ce genre d’opinion si « spontanément » propagé n’est pas le peuple mais son élite. L’opinion est façonnée par ceux qui « traînent » dans les couloirs du pouvoir et de la renommée : ministres, parlementaires, chefs de partis et de grandes associations, syndicalistes, conseillers, personnalités du monde intellectuel, sondeurs, animateurs, journalistes.

 Pour être de ce cénacle, il faut avoir exercé de hautes fonctions, avoir fait parler de soi et avoir publié articles, rapports, livres. Une sorte de garantie qu’on a quelque chose à dire sur tous les sujets et qui légitime l’appartenance à ce monde.

 Le mensonge et le procès d’intention y sont monnaie courante, la calomnie et l’invective des armes redoutées surtout si elles s’exercent à l’endroit des petits, des personnes ordinaires ou des gens de terrain quand ils tentent de démentir par les faits ce qui a pu être avancé à grands renforts d’effets de manche et de gorge.

Dans ce monde là, on s’aplatit devant plus puissant que soi. Ainsi quand Sarkozy estime que les dockers étrangers font 4000 heures de travail par an pour laisser entendre que leurs homologues français sont des privilégiés, personne ou presque ne lui dit que travailler 4000 heures par an, cela veut dire travailler 11 heures par jour dimanche et jours fériés compris et, cela, sans aucun congé. Pas grave, la majeure partie des gens a gobé le sens profond du message qui est que les dockers français sont des paresseux repus d’avantages sociaux.

Ainsi quand le débat sur le jugement d’annulation du mariage de Lille atteint les médias puis les rangs de l’assemblée nationale et aboutit à ce que le parquet fasse appel de la décision de la juge, personne n’est là pour s’étonner que si la justice « annule » l’annulation du mariage, non seulement, elle se dédit mais en plus, une femme et un homme, qui ne souhaitent plus être époux, vont se retrouver mariés de force au nom de l’opinion qui s’érige ainsi en autorité morale laïque avec le même dogmatisme que la religion la plus obscurantiste.

C’est une grave atteinte à la liberté que de se voir refuser un droit comme celui de renoncer au mariage et de voir sa vie privée déballée et faire l'objet de rumeurs.

Il y a de quoi être heurté par le ouélélé médiatique déclenché par l’anecdote d’un jugement d’annulation de mariage qui convient aux deux époux alors que de graves atteintes aux libertés dans notre pays ne réveillent en rien la conscience morale des leaders d’opinion bien pensants.

Deux policiers saouls jusqu’aux oreilles, et, c'est le cas de le dire, "hors-service", ont ouvert le feu sur des jeunes qui ne les ont pas agressés contrairement à ce qu’on prétend la préfecture. Une affaire anecdotique qui s’ajoute à d’autres. Chaque semaine, il y a des dérapages plus ou moins grave des forces de police. Chaque semaine, on abuse du contrôle d’identité sous des prétextes « bidons » et on embarque à tour de bras sous de fausses accusations de trouble à l'ordre public, de rébellion ou d’outrage.

Cela n’émeut ni Fadela Amara, ni Elizabeth Badinter, ni le Parti Socialiste, ni Philippe Val, ni Caroline Fourrest, ni Christine Boutin, ni Martin Hirsh encore moins BHL…

 On le voit donc, une dictature de l’opinion instrumentalisée par des « leaders » non légitimes est en train de s’instaurer en France. Elle peut porter de graves atteintes aux libertés, la liberté d’expression notamment. Un comble, elle le fait un nom de la liberté et de la laïcité. Parallèlement, des acteurs de terrain n’ont de cesse de dénoncer des atteintes aux libertés quotidiennes commises par le pouvoir en place. On peut remercier la CIMADE, RESF, le DAL par exemple. Malheureusement, leurs cris ne sont pas entendus…

Par contre, certains n'ont juste qu'à élever la voix. Ces hurleurs d’anathèmes radiotélévisés contre la justice des gens ordinaires ont-ils les qualités essentielles pour être entendus alors qu’ils profèrent bien souvent mensonges et contrevérités ? Mon opinion est qu’on peut vraiment mettre en doute la virginité de leur conscience morale.

Publié dans opinions

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mary 08/06/2008 15:51

Je crois que nous rejoignons quelque part

Faute de se battre contre la misère et l'exclusion nous nous battons pour des causes justes certes, mais relativement secondaires... Il y avait plus de gens dans les rues pour réclamer la révision du procès qu'à la manifestation ce même jour, pour la levée du siège de Gaza.... Ne serions nous pas victimes d'une orientation médiatique dans les causes que nous avons à défendre ???

Ces mouvements de foule pulsionnels et inconsidérés me font peur, aujourd'hui virginité mais demain quoi ? N'importe quoi peut-être...

vieilledame 05/06/2008 21:03

Enfin quelques phrases raisonnables sur ce mariage annulé ! la bienpensance laïque et obligatoire avec relents des "bienfaits de la colonisation" a encore frappé ! C'est aussi violent que pour le voile ! Qu'est-ce qui peut les aveugler à ce point ? Peut-être leurs petits privilèges bien cachés derrière leur esprit "lutte de classe mais pas trop ?"

Pinouac 05/06/2008 11:01

Je suis assez d'accord avec ce que tu écris. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si Jacques Julliard a reçu cette année le prix du livre politique avec "la reine des monde : essai sur la démocracie d'opinion".

MBOA 04/06/2008 10:25

Eh oui Milton !

Ainsi va la démocratie de l'indignation.