L’opinion publique est prise en otage en France

Publié le par Milton Dassier

Sur le site de Michel Collon, il y a un très bon texte de Noam Chomsky qui envisage la communication politique sous un angle qui mérite d’être repris ici.

Le linguiste et philosophe américain nous explique que le débat démocratique avec l’opinion publique aux USA, tend à être truqué selon les enjeux.

L’opinion est invitée, à travers ses médias, à débattre d’un sujet dont les limites ont été définies par le pouvoir et les médias. Il cite l’exemple de la guerre en Irak, débat houleux mais pour lequel on s’arrange pour ne pas remettre en cause les raisons avancées au départ de la présence militaire américaine en Irak. Les intentions étant présentées comme nobles et louables, la présence américaine en Irak répondrait à une main tendue à un peuple en détresse et non à une occupation. C’est ainsi que, malgré l’hostilité affichée de l’opinion publique profonde à cette présence militaire aussi bien aux USA qu’en Irak, le débat public ne porte que sur les intentions belliqueuses supposées de l’Iran vis-à-vis de son voisin l’Irak.

Chomsky parle d’une sorte d’axiome qu’on ne peut remettre en cause, axiome qui revient à dire : « le monde nous appartient ». Si le monde nous appartient, alors l’occupation américaine de l’Irak n’en est pas une. Si le monde nous appartient, alors les troupes étrangères présentes en Irak ne sont pas étrangères…

Nous sommes donc dans une logique d’empire…

Et en France, on tend vers la même chose. En matière d'empire se "projetant" à l'extérieur, il y a l’exemple évident de l’Afrique mais ça n’est pas nouveau.

Il y a surtout la façon dont les débats sont menés sur de grandes questions de société ou de politique étrangère.

Le débat est de plus en plus encadré par les médias puisque ce sont eux qui sont censés relayer les opinions. Et leur collusion plus ou moins affichée avec le pouvoir politique et le pouvoir de l'argent n'est plus à démontrer, ils le reconnaissent eux-mêmes !

D’abord, il y a des débats que l’on verra jamais : par exemple, les choix en matière de politique étrangère et de défense.

Ensuite, tellement refroidis par le référendum sur la constitution européenne, les sorciers du consensus par le vide se sont arrangés pour que tout débat sur le traité de Lisbonne soit proscrit.

La politique sécuritaire, les lois liberticides font peu l’objet de débat même si des journaux soulignent régulièrement les excès policiers et les abus administratifs en matière d’immigration, de délivrance de passeports, de cartes d’identité, de titres de séjour, de mariages avec un étranger, d’expulsion de « sans papier », de centres de rétention, de prisons saturées et invivables, de controles sans réel motif le plus souvent au faciès.


Une fois des faits publiés dans la presse écrite en général, on s’arrange pour les faire passer pour anecdotiques ce qui interdit tout vrai débat. Dans le cas où un invité va jusqu’à dire « sécuritaire », « liberticide », ou « atteintes aux droits de l’homme », le journaliste télé interrompt en demandant : « n’est-ce pas un peu fort ? » ou « vous pensez vraiment qu’on en est là ? » exprimant un doute tant sur l’importance que sur la véracité des faits.

 Si on y regarde de plus près, quels sont les thèmes de débat autorisés et même encouragés ? Facile, tout ce qui a trait au pouvoir d’achat, aux prix, aux réformes économiques et sociales, à l’éducation, l’environnement,  l’intégration, le communautarisme.

 Pourquoi ? Parce que ces débats ne conduisent plus à une remise en cause profonde des choix politiques. On s'arrange pour qu'il en soit ainsi.

Et pour cela, on fait s’affronter des bénéficiaires du système, ceux qui en ont besoin et qui ont intérêt à ce qu’il évolue. Le débat porte alors sur la meilleure façon de le faire évoluer pas d'en changer.

Et quand les filtres n'ont pas été assez efficaces, on appelle des experts ou des "philosophes bienveillants" qui vont briser la fronde.
 
La démocratie en France actuellement revient à dire au peuple : Discutez de nos arguments car nous sommes démocrates ! De toutes façons, nous savons et ferons ce qui est bon pour vous !

 

Les foules ne sont plus que les spectatrices de leur impuissance…

Publié dans philosophie politique

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