Quand Aimé Césaire comparait Dieudonné à André Gide

Publié le par Milton Dassier

Quand Aimé Césaire avait pris connaissance des ennuis de Dieudonné au moment de le recevoir, il avait comparé cette situation à ce qui était arrivé à André Gide qu’il avait connu dans les années 30.

 

J’ai donc relu les grandes lignes de la vie de Gide et, c’est vrai, sous cet angle, le meilleur humoriste français a des points communs avec l’écrivain talentueux.

 André Gide fut très populaire auprès de la jeunesse pour ses livres, et même très  en vogue dans le bouillonnement culturel qui avait lieu à Paris entre les deux guerres.

 Pas réellement engagé en politique, il avait eu tout de même des positions très tranchées qui le situaient très à gauche du côté des communistes qu'il rejettera après un voyage en URSS.

Gide voyait la possibilité d’une Europe apaisée avec un lien fort d’amitié avec une Allemagne démocratique. Pour avoir dit cela, il sera conspué par une droite française nationaliste toujours dans le souvenir de la première guerre mondiale.

 André Gide devint anticolonialiste à l’issue d’un voyage au Tchad et au Congo au moment où le colonialisme français était à son apogée et donc glorifié. Il alertera l’opinion et les partis politiques sur les horreurs du colonialisme. Plus tard, il prendra parti pour les républicains espagnols mais devant les trahisons et la défaite, il dénoncera l’attitude des traîtres au risque de passer pour un fasciste qui ne l'avoue pas.

Les autorités pétainistes l’accusèrent d’avoir contribué à la défaite par ses positions et son influence culturelle néfaste pour la jeunesse. Son homosexualité était une circonstance aggravante....

Il s’exila à Tunis, constata sur place le racisme et l’antisémitisme institués par les nouvelles autorités françaises, se rendit à Alger où il se rallia à De Gaulle.

A la libération, il prit position contre le climat d’épuration et de purge qui régnait en France. Cela le rendit suspect de bienveillance pour la collaboration aux yeux des communistes.

Malgré un prix Nobel de littérature en 1947, on ne le laissera plus beaucoup s’exprimer à partir de ce moment-là. Il mourra en 1951.

Prendre des positions à contre-courant des consensus, mettre les pieds dans le plat des autosatisfactions de l’élite médiatique, prendre le risque de choquer et de se contredire pour souligner les paradoxes d’une pensée politique occidentale qui consacre son énergie à la domination du monde et au souvenir de sa grandeur passée. Il y avait de quoi se faire bannir, conspuer, traiter de fou non ?.

Que remarque-t-on ? C’est qu’un écrivain comme André Gide, après avoir gravi les échelons de la notoriété, s’en est vu privé en raison de positions politiques à contre-courant  de la doxa des différentes périodes qui ont servi de cadre à sa vie.

Il fut qualifié de fasciste et de traître par les communistes, de communiste par la droite, d’antipatriote par les fascistes.

Dieudonné, cinq ans après le sketch qui avait déclenché l’ire de la droite pro-israélienne, après vingt-deux procès, une agression, deux tentatives d’agression, des injures et menaces, pris pour un fou dangereux par les uns, pour un antisémite provocateur par les autres, se voit toujours considéré comme un paria ou un pestiféré de la pensée. Pour le mieux le vilipender, on a inventé une communauté noire qui n’existe pas et on a accusé ce groupe de se victimiser. Rien n’est plus faux, il n’y a pas de communautarisme noir, Dieudonné n’est pas un leader politique noir ayant pour modèle Farrakhan. Les noirs ne jouent aucune victimisation mais veulent que l’histoire dise toute la vérité, rien que la vérité. Il fallait le dire, ce fut hurlé quitte à casser les oreilles des bonnes âmes embourgeoisées jusqu’à l’étouffement.

L’erreur aura été de faire confiance aux intellectuels de l’occident. Fanon avait mis en garde les intellectuels colonisés contre les intellectuels des pays colonisateurs qui encouragent les combats d’émancipation au nom de l’universalisme des droits de l’homme et des peuples mais, sont les premiers à en dénoncer la violence inéluctable que de telles luttes entraînent et donc à retourner leur veste.

Il y a des preuves incontestables de cette manie des intellectuels français à se cacher dés lors qu’une cause sympathique se transforme en combat violent.

Quels sont les grands leaders pour l’émancipation qui restent des exemples :

  1. Martin Luther King
  2. Gandhi
  3. Nelson Mandela
  4. Salvador Allende

Deux furent des martyrs de la non violence et furent assassinés. Un était un démocrate socialiste non violent et fut assassiné. Un seul échappa à l’assassinat politique grâce à sa non violence : Nelson Mandela et la puissance armée de son parti clandestin, l'ANC. Mais curieusement, chez les occidentaux, on sépare Mandela de son mouvement l'ANC, l'ange du démon. Il faut dire que si le combat de Mandela se poursuivait encore aujourd'hui, l'ANC serait sur la liste des organisations terroristes...

Pour les intellectuels français, toute approche révolutionnaire ou violente de l’émancipation est assimilable à du terrorisme, pas étonnant qu’ils se soient  tournés vers des femmes pour leur combat d’émancipation de l’islamisme.

Ce qui veut dire que les écouter ou lire leurs livres n’apportent rien d’autre que l’impression que cette attitude timorée ressemble à ce qui se trame à la veille d’une guerre ou de l’avènement d’un totalitarisme.

C’est en cela que l’aventure Dieudonné et l’arrogant mépris envers les Indigènes de la République ont été des révélateurs de la poursuite de la trahison des intellectuels français vis-à-vis des colonisés, y compris ceux de l’intérieur…

Ne comptons donc que sur nous-mêmes…

Publié dans liberté d'expression

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MBOA 24/05/2008 13:33

Bien dit Milton !
"Pour les intellectuels français, toute approche révolutionnaire ou violente de l’émancipation est assimilable à du terrorisme, pas étonnant qu’ils se soient tournés vers des femmes pour leur combat d’émancipation de l’islamisme."