Milton Dassier sur l'actu
Les antillais et d'autres indigènes de la république avaient fermement protesté contre cette loi inique qui ignorait ce qui avait été vécu par une partie du peuple français. Les déclarations scandaleuses laissant entendre qu'il fallait procéder à un nettoyage des banlieues difficiles évoquaient la possibilité qu'il puisse être ethnique puisque les fauteurs de troubles étaient décrits comme basanés ou musulmans. Les choses avaient été si loin que même les joueurs noirs et basanés de l'équipe de France de football avaient pris position contre le ministre de l'intérieur en rien désavoué d'ailleurs à l'époque par son chef de gouvernement, D de Villepin et son président J. Chirac.
Sarkozy, qui aime le football et aurait eu envie de s'afficher avec les meilleurs joueurs du monde de l'époque, se voyait donc comme "personna non grata" dans les vestitiaires de l'équipe de France.
Aimé Césaire et le peuple martiniquais avait rejeté l'idée que le chef du parti majoritaire de l'époque, Nicolas Sarkozy puisse venir sur leur
terre, comme si de rien n'était, faire son cinéma médiatique en Martinique.
Le futur président avait donc renoncé à son voyage pour ne pas se voir piégé par tout un peuple en colère.
Une fois la loi écartée par Chirac début 2006, le candidat Sarkozy fut accueilli avec respect par Aimé Césaire qui lui offrit son ouvrage, "le discours sur le colonialisme". Sans doute, Nicolas
Sarkozy a-t-il découvert un angle du problème de la fraternité qu'il avait occulté. Espérons-le...
Un certain nombre de députés UMP avaient demandé l'abrogation de la loi Taubira justement à cause de sa prétention à enseigner l'esclavage.
"les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils
méritent..
Aujourd'hui, ces 40 députés mangent leur chapeau sans mayonnaise. Ils l'ont dans l'os !
Vous trouverez leurs noms à cette adresse, cliquez ICI .
Il y a sans doute du calcul dans la décision d'enseigner l'esclavage à l'école primaire et de l'annoncer solennellement mais une chose est sûre, c'est que la communauté antillano-africaine a
réussi à convaincre de son poids et de ses spécificités identitaires, celles d'une citoyenneté qui ne prend pas ses racines dans un patriotisme de rejet, un nationalisme racial de pacotille comme
celui que défendent certains réactionnaires de l'UMP, du FN appuyés par des intellectuels courtisans comme Max Gallo, Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut; mais dans une certaine idée de la
fraternité, thème central de l'oeuvre d'Aimé Césaire hier, et d'Edouard Glissant aujourd'hui.
Si chez les antillais, il n'y avait pas eu cette quête de l'identité, de l'affirmation de la différence, terreau d'une fraternité à construire au sein de la nation française, on peut être sûr
qu'un nationalisme antillais violent agiterait de ses tempêtes la quiétude de ces anciennes colonies.
Nicolas Sarkozy aime rappeler que la France qu'il admire et aime, c'est celle des résistants. Or, l'esclavage et les traîtes négrières,
systèmes politiques et idéologiques racistes ont eu eux aussi leurs résistants à travers les luttes des nègres marrons et les révoltes d'esclaves, à travers le combat de Delgrès contre les
généraux de Napoléon venus rétablir l'esclavage aux Antilles. Un esprit de résistance qui se manifesta également quand des antillais, des réunionnais, des guyanais, choisirent de rejoindre les
FFL pendant la seconde guerre mondiale.
C'est ce que Daniel Maximin rappela à Sarkozy aux obsèques de Césaire. Dans des Antilles "pétainisés" où seuls les blancs étaient considérés comme citoyens, sous blocus économique par les
américains, certains pensaient que cette guerre de blancs ne concernaient pas les noirs. D'autres avaient compris qu'une page de l'histoire essentielle se jouait en Europe et allait bien au delà
de l'affrontement de blocs de nations blanches puisqu'une idéologie raciste et fasciste tentait de s'imposer au monde. On ne dira jamais qu'avant d'être anticolonialiste résolus, Césaire fit acte
de résistance et de désobéissance civile à la Martinique, Frantz Fanon quitta son île pour rejoindre De Gaulle à Londres, Jacques Vergès fit de même depuis la Réunion.
N'oublions jamais que c'est un descendant d'esclave guyanais, Félix Eboué, que De Gaulle choisit de faire entrer au Panthéon pour son rôle
essentiel dans la résistance au sein des FFL puisque cet homme réussit le prodige de rallier à De Gaulle des dizaines de milliers de combattants africains et de colons français qui constituérent
le noyau de départ de ce qui serait l'armée française se battant aux côtés des alliés britanniques et américains en Afrique du nord, en Italie, en France et en Allemagne même.
Cet homme si valeureux est rarement cité dans le "casting" de la mémoire aujourd'hui. Il faut dire qu'il n'a même pas pu profiter des honneurs de la victoire puisqu'il est mort de maladie avant
d'avoir rejoint le sol français.
On le voit ainsi, les noirs de France, qu'ils soient d'origine africaine ou antillaise, n'ont aucune honte à relever la tête pour affirmer qu'ils sont entrés dans l'histoire du monde quand il l'a fallu et que c'est bien une certaine idée rétrograde de l'identité nationale qui a empêché qu'ils soient honorés, que leur histoire si particulière soit enseignée, que leur apport à la civilisation française soit reconnu et valorisé, que leur combat pour la liberté et la dignité soit un exemple pour les générations futures.
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