Pour Alexandre Arcady: Vergès, Dieudonné et Barbie même combat

Publié le par Milton Dassier

A l'émission "On n'est pas couché" de Laurent Ruquier sur France-Télévision, Maître Jacques Vergès est venu parler de son livre de mémoires.

Vergès s'est montré très discret dans un premier temps même pendant le moment où Eric Breteau tentait de convaincre de la noblesse de ses intentions, de son angélisme néocolonial comme le dira avec justesse Eric Zemour pour une fois brillant. L'avocat prestigieux, un peu appelé au secours par le zozo de Zoé, le traitera de "bras cassé" et de "pied nickelé" en lui disant juste ceci pour argumenter : "J'ai une simple question à vous poser, vous vouliez lancer une crise diplomatique pour attirer l'attention de l'opinion sur le drame du Darfour ou simplement sauver des enfants?". Breteau répond : "les deux". Vergès lui dit alors : "on ne peut pas se servir d'enfants pour faire une crise diplomatique." Une manière simple de lui dire que l'opération de l'Arche de Zoé se moquait bien des enfants. D'ailleurs, toute la défense de Breteau ne tient pas beaucoup la route sauf peut-être en ce qui concerne ce qu'ont pu lui dire les freprésentants du gouvernement français.

Plus intéressant, la façon dont Jacques Vergès peut mettre l'occident en porte-à-faux par rapport à ses certitudes morales et sa lecture de l'histoire.

Il surprit l'assistance quand il affirma que le général Aussares, tortionnaire français en Algérie, avait bien plus de morts à son actif que Klaus Barbie dont il rappela qu'il n'était pas un général SS mais l'officier responsable de la police nazie de Lyon ce qui limitait par définition ses pouvoirs.

Alexandre Arcady, le réalisateur, connu pour pas mal de films qui mettent en scène des évènements et des personnages de la communauté juive, connu aussi pour son engagement en faveur du sionisme et d'Israël intervint donc de façon étrange et un échange eut lieu avec l'avocat Maitre Vergès, connu pour être un miliotant anicolonialiste radical mais aussi un ancien résistant aux côtés de De Gaulle.

Verbatim

Pour voir la vidéo, cliquer ICI

- Arcady : Pendant le procès de Klaus Barbie, à l'issue de ces journées où on est à la bataille, où on est au prêtoire, où on est au spectacle, en mangeant du foie gras grillé avec des cèpes le soir, est-ce qu'on pense aux victimes? Est-ce qu'on pense à ces enfants qui ont été envoyés dans les camps de la mort, est-ce qu'on pense à tous ces milliers de gens au Cambodge qui ont été assassinés, est-ce qu'on pense à ces innocents qui ont succombés dans les rues d'Alger sous les bombes du FLN de façon totalement aveugle? Est-ce qu'on y pense aux victimes?

- Vergès : L'autre jour, un réalisateur américain est venu me voir, à propos du procès Barbie. Et après m'avoir interviewé, il m'a dit : "C'est étrange, vous parlez de ce procès comme un vainqueur et j'ai vu des parties civiles désagréables avec moi. Les victimes ont l'air d'avoir disparu ! Et j'ai dit : "oui c'est vrai". Mais pourquoi? Parce que au cours d'un procès, les parties civiles avaient cet instinct du chasseur, l'accusé est en face de nous, il faut montrer qu'il a les dents de Dracula, qu'il a les cornes de Satan, qu'il a la queue du Malin. Il faut absolument en faire un monstre complet : il a fait ci, il a fait ça. Et le type qui parlait au nom des victimes a oublié d'évoquer la douleur des victimes. La victime était présentée comme un symbole avec toutes les qualités du monde mais on ne disait pas la douleur d'une personne torturée.

-Arcady : Donc vous, vous y pensiez le soir?

- Vergès : Mais bien sûr !

- Arcady : aux victimes

- Vergès :oui !

-Arcady : Et ça ne vous gêne pas, quelques années après, de participer à un dîner avec Dieudonné qui se montre sur ce terrain..

- Vergès : Mais Dieudonné ne joue aucun rôle dans cette affaire, il n'a joué aucun rôle dans cette affaire de victime, enfin.

- Arcady : des victimes, oh, je pense que c'est plutôt quelqu'un qui a essayé de montrer des idées, il a été condamné de toutes façons. Voilà c'est ça qui est un petit peu génant quoi. C'est une constante

- E. Nauleau : on ne peut pas comparer Dieudonné à Klaus Barbie, on passe là de..

- Arcady : Non, mais je ne passe pas, je ne parle pas de ce pont, je dis qu'il y a quand même quelque chose qui est une constante chez Maitre Vergès, d'être d'un côté du manche.

- Vergès : Je vais vous dire. Tous ceux qui se battent pour la liberté veulent que la liberté qui soit respectée, la liberté d'opinion et le plus possible pour le plus de gens possibles. Je déteste vos idées, disait Voltaire, mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer. Et moi, pendant la guerre d'Algérie, puisqu'on l'évoque, ce qui m'a profondément ému un jour. J'avais envoyé ma plaidoirie publiée aux éditions de Midi, éditions de la résistance avec une introduction de Georges Arnaud, au Général de Gaulle. Et nous avons reçu une réponse du Général de Gaulle que je peux citer car elle est très courte.

"Messieurs, je vous remercie de m'avoir adressé votre petit livre sur  Djamila Bouhired, je sais par expérience personnelle que tout drame français est un monde drames humains. De celui-là, vous avez eu raison de ne rien cacher. Votre évidente sincérité ne peut laisser personne indifférent Recevez, Messieurs l'assurance de mes sentiments les meilleurs. Post-Scriptum : Avec pour vous, Vergès, mon fidèle souvenir."

A ce moment-là, les gens qui me faisaient la morale au palais, je leur faisais Pfft! Pfffft! (bruitage en appuyant sur une joue gonflée).

- Zemour : On a évoqué plusieurs choses, on évoqué Dieudonné. Dieudonné, c'est le produit d'une concurrence victimaire. Vous vous souvenez, on en avait parlé avec Klarsfeld ici. On a fait de la Shoah le crime absolu et du coup, on a suscité chez chacun la volonté d'être cette victime absolu qu'on déifiait à la télévision. Et alors, Dieudonné c'est tout à fait typique de ça. Nous aussi, les noirs on veut, l'esclavage c'est aussi un crime contre l'humanité, on veut aussi être victimisé; ça m'a frappé. Et d'ailleurs Vergès, c'est sa thèse aussi.

- Nauleau : vous n'allez pas jusqu'au bout.

- Zemour : Vergès, lui, son argumentation, c'est de dire et je répète là. Les blancs ne peuvent pas donner de leçons car, en fait, ils ont colonisé et c'est le crime absolu. Et ils ont mis en esclavage des noirs et des gens de couleur, d'Afrique etc.

Mais Je pense que Vergès a un côté désuet. Je pense que Vergès c'est des combats du passé. D'abord, il est enfermé dans les combats du 20ème siècle. J'aimerais que Vergès voie qu'il y a eu une histoire avant le 20ème siècle et qu'il en aura une après.

Si je voulais être encore plus provocateur que Vergès, je lui dirais...

- Vergès : C'est pas possible.

- Zemour: Si vous alelz voir. Ce qui menace le blanc, la France, le français.. On l'a vu tout à l'heure avec Breteau, ce n'est pas d'être si méchant que vous le décrivez un monstre, c'est au contraire son angélisme nouveau. C'est au contraire que pour oublier qu'il a dominé le monde, qu'il a été un prédateur. Aujourd'hui, et vous l'avez vu avec Breteau, il y a une armada d'angléliques qui passe leur temps à dire : "Mais comment on va sauver le monde".

 Commentaire

Il semblerait que tout devienne plus limpide sur les forces d'influence de la nouvelle pensée de la droite française.

Les attaques d'Arcady ramènent au temps de l'OAS, de l'Algérie française quand il cite à propos des victimes d'actes de barbarie, celles des attentats du FLN à Alger. (est-ce qu'on pense à ces innocents qui ont succombés dans les rues d'Alger sous les bombes du FLN de façon totalement aveugle? ).

C'est révélateur d'un système de pensée qui fait qu'aujourd'hui, en Israël, la tendance d'un grand nombre de personnes est l'amalgame entre ces arabes sanguinaires qui voulaient faire partir les européens d'Algérie et ces arabes sanguinaires qui veulent faire partir les juifs d'Israrël. Amalgame qui veut que ceux qui se référeraient à la libération du peuple algérien, à une décolonisation violente, seraient des antisémitres potentiels, des barbares, des nazis. D'où la tentative d'Arcady d'attaquer Vergès sur un dîner avec Dieudonné, considéré comme antisémite ce qui laisserait penser que Vergès le soit aussi.

Malheureusement, cette attaque naïve et simpliste n'a pas eu l'effet escompté. Laisser penser que Dieudonné dîne avec Vergès sur le dos des victimes juives de la shoah, voilà un raccourci qui a attiré des réactions négatives desgens sur le plateau.

La réponse de Vergès fut une véritable leçon pour Arcady. Lui rappeler son amitié avec De Gaulle, la sincérité de son combat anticolonialiste puis lui montrer en quelque sorte qu'il y aura toujours des gens pour aboyer et juger, au nom d'une certain morale patriotique, celui qui use de sa liberté d'opinion; c'était lui renvoyer sa propre intolérance au visage.

L'intervention de Zemour fut très interessante. Le journaliste du Figaro semble avoir appris sur l'anticolonialisme et rejoint certaines de ses idées. Il a encore beaucoup de chemin à faire et reste dans ses rigidités analytiques mais saluons la démarche intellectuelle. Il a parfaitement compris que l'héritage gaulliste sur la décolonisation, la distance avec les USA et le rapprochement avec le monde arabe est le jeu d'une dilapidation. Finalement, il commencerait peut-être à comprendre que la droite issue de l'Algérie française, est aux commandes aujourd'hui tout en tempérant certaines de ses prétentions. Cette droite qui a vu d'un mauvais oeil la défaite en Algérie et le rapatriement de centaines de milliers de français. Cette droite ne peut se permettre de renvoyer l'icone "De Gaulle" aux oubliettes du passé alors elle s'en sert le temps d'une cérémonie. Voilà les électeurs repris à Le Pen qui se rallient à l'aile droite de l'UMP, celle qui a voté pour les bienfaits de la colonisation en 2005. Un rassemblement de gens qui trouvent tant de points communs avec la situation d'Israël et tant de convergences avec les sionistes radicaux comme ceux qui ont attaqué Dieudonné et adhèrent à l'idée que la moindre critique d'Israël marque une reviviscence de l'antisémitisme.

J'ai la conviction qu'une nouvelle droite française est née, qu'elle travaille au grand jour sous un masque "gaulliste" mais aussi de façon plus souterraine, qu'elle a digéré l'héritage doctrinaire du colonialisme pour en produire un nouveau basé sur un nouvel ordre du monde dont les USA sont la puissance dominatrice et Israël la figure de proue. Un colonialisme de domination est préféré au colonialisme d'occupation sauf pour des raisons militaires et géostratégiques.

Jouant sur la peur, l'obsession sécuritaire, le choc des civilisations, parfois la xénophobie, elle utilise des méthodes de propagande subtiles qui touchent presque tous les partis politiques rendant presque impossible l'organisation d'une opposition forte.

 

Publié dans politique

Commenter cet article

Stev 05/05/2008 19:23

Je ne pense pas que Zemmour évolue. Sa pensée est assez sinueuse. Dans son livre (assez infecte) "Petit frère", son hypothèse est que Dieudonné est "le fils de BHL et de Julien Dray". Autrement dit, il est le fils de 2 pensées issues de la gauche "morale" : l'antiracisme et la repentance victimaire.

Pour Zemmour, c'est la reconnaissance par Chirac, lors du discours du Vel d'Hiv' de 1995, de la responsabilité de l'Etat Français dans la déportation des juifs (ce que De Gaulle et Mitterrand ont toujours refuser d'admettre) qui a engendré la concurrence victimaire, et donc des positions de Dieudonné. Il affirme que Chirac a été poussé en cela par les campagnes de cette gauche antiraciste, et cette idéologie du "devoir de mémoire", dont BHL et Dray étaient parmis les précurseurs. D'où la filiation qu'il établi avec Dieudonné. En gros, il sous-entend (voir affirme) que le "monstre" s'est retourné contre ses "créateurs"...

Là dessus, Zemmour tient ce discours depuis longtemps. Tout comme il a toujours dénoncé le "devoir d'ingérence", qui considère être un néo-colonialisme, même paré des meilleurs intentions.

D'un autre côté, Zemmour est totalement obsédé par l'immigration et par l'Islam, véhiculant par là des clichés que n'aurait renié ni Le Pen ni de Villiers dans leurs grands moments.

Un point : Je ne crois pas que la question d'Israël soit prédominante dans les analyses de Zemmour. Il est sans doute pro-israélien, par solidarité ethnique (et surtout par anti-islamisme et préjugés antiarabes virulents), mais ce n'est pas un sioniste au sens strict du terme, comme peut l'être quelqu'un comme Arcady par exemple.

Milton Dassier 05/05/2008 21:05


Ce que vous dites est très juste. C’est pour cela que tout en ne rejoignant pas Zemour sur certaines de ses idées, je lui reconnais le mérite d’y avoir réfléchi et d’avoir une cohérence. C’est un
homme de droite qui accepte l’idée que les états sont faits pour se dominer et s’affronter, ceci au nom de l’histoire. Lui au moins ne tombe pas dans l’alibi commode de la civilisation à porter au
monde. A propos de l’anticolonialisme, là où il se trompe, c’est que le colonialisme continue en notre siècle par la domination et d’autres formes. Les guerres en Irak et en Afghanistan sont des
guerres pour des ressources et des positions géostratégiques et contre un ennemi décrit comme inculte et barbare, exactement comme au 19ème siècle en Afrique.


Sissi 05/05/2008 15:14

Brillant commentaire ; bien vu Milton. J'ai assistée aussi à l'émission et j'ai le même constant que vous.

lolo 05/05/2008 09:48

ce mec n'arien compris