Sarkozy piégé aux obsèques nationales de Césaire

Publié le par Milton Dassier

Aimé Césaire aurait adoré les obsèques qui lui ont été consacrées.

Il les aurait adorées car elles se sont déroulées d'une façon conforme à sa pensée artistique et à sa vision politique.

En fait, c'était cette Martinique qu'il aimait tant qui organisait la cérémonie et recevait les invités prestigieux venus rendre hommage au poète et il faut les en remercier.

Le plus prestigieux de ces invités: le Président de la république française. Un Président chez lui sur ce bout de France du bout du monde, chez lui parmi les martiniquais, chez lui ...parmi ses hôtes.

Pas de discours d'homme politique pendant ces obsèques, même pas le président de la république, la famille a refusé. Donc un Sarkozy muet et recueilli, digne même, à l'image de cette immense dignité tout autour de lui. Pour commencer, son fauteuil portait non pas la devise de la république mais les mots : "Liberté, Identité, Responsabilité, Fraternité". Il ne s'en montra pas contri, il fallait jouer le jeu et c'est tout à son honneur.

Son seul privilège : lancer la minute de silence.

Et puis il y a eu ce discours tenu par l'ami d'Aimé Césaire, Pierre Aliker, 101 ans, fils du syndicaliste André Aliker assassiné par des békés en 1934. (Lire le récit de son meurtre par le poète surréaliste, André Breton ICI )

Un discours qui a mal commencé car Pierre Aliker avait du mal à se relire et était gagné peu à peu par l'émotion. Il rappela tant bien que mal la conquête de la mairie de Fort de France en 1945, ville insalubre, régulièrement envahie par la mer. Il expliqua que son souci avec Aimé Césaire fut d'accueillir le mieux possible les milliers de personnes qui avaient gagné la ville et s'entassaient dans des bidonvilles à cause de l'effondrement de l'industrie sucière dans les campagnes, thème du roman de P. Chamoiseau "Texaco". Il parla des aménagements de la ville et des projets d'accès à la culture pour toute la population. Pour lui, la culture devait être ce qui aiderait la population à s'émanciper. N'arrivant plus à lire, il abandonna sa lecture et récita de mémoire, il dit ceci : "Notre action pour Fort de France fut guidée par une phrase, une idée de Karl Marx, "L'intérêt général ne doit pas se noyer dans les eaux glacées des intérêt privés", ce fut notre étoile polaire et aujourd'hui, l'action de nos élus municipaux est toujours en relation avec cette idée".

Sourire poli de Sarkozy. Vous comprenez, il vient pour les obsèques d'un poète humaniste et un monsieur de 101 ans lui parle tranquillement de Karl Marx....

Mais ce n'est pas tout...

Pierre Aliker poursuit en expliquant que Césaire et sa ville, Fort de France, ont été superbement ignorés par l'état français qui ne lui a presque rien donné comme aide pour développer Fort de France. Le maire offrait des terrains aux gens pauvres et la municipalité les aidaient à construire. Et comme l'état français ne donnait aucune aide, c'étaient les impôts locaux des bourgeois des riches quartiers des hauteurs de Fort de France qui payaient... Pierre Aliker le dit avec malice. De quoi faire rêver l'abbé Pierre et le DAL ! D'ailleurs l'abbé Pierre était un ami de Césaire...

Cette aide financière et logistique arriva enfin après l'élection de François Miterrand et ses lois de décentralisation en 1982. L'état se montra plus généreux envers la ville de Fort de France qui obtint aussi  les aides de l'Europe. Aujourd'hui, il n'y a plus de bidonvilles à Fort de France, la mer n'envahit plus les rues et Fort de France est le 5ème port de France.

Pierre Aliker rendait donc un hommage très appuyé à François Miterrand devant un parterre de ministres de droite ! Derrière, un peu à l'écart, Fabius et Mauroy souriaient.

A la fin du discours, une scène "amusante" que vous avez peut-être remarqué.

Sarkozy applaudit poliment Pierre Aliker, puis se retourne et croise le regard du Président indépendantiste du Conseil Régional de Martinique, Alfred Marie-Jeanne qui hoche la tête et lui dit en souriant : "Eh oui !!".

Sarkozy était de dos et a dû sourire lui aussi... Du moins on l'espère pour lui !

Le reste les médias nationaux en ont parlé, ce fut superbe... On y reviendra...

Publié dans anticolonialisme

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alex normand 11/07/2008 12:38

Sans être un grand fan de N. Sarkozy, reconnaissons lui le mérite de s'être déplacé sur un événement potentiellement "casse-gueule" pour lui, il lui eût été plus simple d'omettre de s'y rendre et implicitement de minimiser l'événement.

Aussi, le ton légèrement "revanchard" du chroniqueur me semble déplacé. Serais je le seul à le dire?

Personne ne remettra en cause le bien-fondé de l'intervention de Pierre Aliker. Néanmoins, il aurait été juste et honnête de rappeler le grand apport des békés à cette île: il n'y a qu'à comparer avec celles avoisinantes... même s'il y a eu un certain moment des dérapages et injustices de certains d'entre-eux, comme tout pouvoir en génère obligatoirement. Ceux qui font référence à K. Marx seront les premiers à l'admettre...

Milton Dassier 31/07/2008 18:54


Les békés n'opnt apporté que l'esclavagisme.. Petite anecdote: En 1943, les békés avaient pris contact avec les américains pour qu'ils en fassent une terre américaine après la guerre. Bonjour le
patriotisme!
La vérité est que la Martinique moderne s'est construite sur les cendres de l'esclavagisme et du colonialisme grâce aux idéaux de la république et du peuple français (peu de de ses
dirigeants) et les combats méconnus en France du peuple martiniquais.


Sandrine-Rosella 27/05/2008 20:36

Pierre ALIKER est le frère d 'André ALIKER, assassiné en janvier 1934 pour avoir dénoncé les magouilles du béké AUBERY dans les pages de son journal JUSTICE.

Milton Dassier 27/05/2008 21:20


Ooops, je viens de me rendre compte que j'ai écrit "fils" au lieu de "frère", ce qui est une aberration. Voilà ce que cela coûte d'écrire trop vite. Merci de me l'avoir signalé.


paul 12/05/2008 18:42

sarkozy doit partir, je vous inbvite a signé une pétition pour la déstitution de sarkozy et d'en parler
pétition : www.antisarkozysme.com

Tourtaux Jacques 25/04/2008 08:43

Sans se focaliser sur des broutilles politicardes, il est bien évident que le président de la république Nicolas Sarkozy qui ne se déplace jamais pour rien, espérait pouvoir discourir afin de se valoriser.

Entendre Pierre Aliker, l'ami d'Aimé Césaire parler de Karl Marx et des "bienfaits" du colonialisme à Fort de France...
Jacques Tourtaux

verite 21/04/2008 12:37

Se focaliser sur des broutilles politicardes, pffff ! Dommage.

C'est sûr que tout est différent à partir d'aujourd'hui : Personne ne parlera plus de la Martinique...

Il n'y a plus ni Césaire et il n'y a eu aucun message fort lors de ses funérailles, pour que quiconque y trouve matière à en parler désormais. Même pas Dieudonné.

Belle réussite !

La maladie du servage mental est toujours trop vive, de la belle morte au bois... dormant...

C'est triste.