La dernière histoire drôle de Brice Hortefeux

Publié le par Milton Dassier

 
C’était dans la dernière livraison du très estimé Canard Enchaîné.
 
Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes noires. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande: Vous êtes d'où? - De Caen - Oui d'accord, mais vous êtes d'où? - Ben... de Caen. Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".
 
C’est une anecdote racontée par Brice Hortefeux au cours d’un dîner-débat au très sélect Club 21 (Club pour la promotion de la diversité au 21ème siècle).
 
Après Sarkozy assimilant Condoleeza Rice à une immigrée issue d’une famille nouvellement américaine, ça commence à faire beaucoup dans le style "mon cerveau est comme ma machine à laver, il lave plus blanc même si ça doit secouer!"
 
Cela signifie que Sarkozy et Hortefeux s’enquièrent de l’origine des gens qu’ils rencontrent uniquement quand ces personnes ne sont pas blanches. Si l’anecdote avait concerné des blancs cela aurait donné :
 
Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande: Vous êtes d'où? - De Caen - Oui d'accord, merci, moi je suis de Clermont-Ferrand.
 
Mais là, elles sont noires ces personnes. Donc la question d’Hortefeux s’adresse d’emblée à des gens qu’ils pensent étrangers à la France hexagonale mais qui y vivent puisqu’ils le connaissent.. Il aurait pu aussi bien parler dans un style plus direct:
 
Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes noires. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande:  D’où êtes-vous originaires ? De Caen, Oui d'accord, mais votre pays c’est où? - Ben... c’est ici. Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".
"C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission"
 
La dernière phrase est terrible en fait. Car si on la prend au premier degré, elle trahit le racisme qui est à l’œuvre au sommet de l’état. La phrase qui la précède serait le témoignage d'une grande prudence "Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté ..des fois qu'il auraient voulu me bouffer".
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La profondeur de la mission serait de remettre de l’ordre dans la boite de crayons de couleur car la feuille blanche serait devenue trop colorée. Hortefeux, dans ce cas là, assimilerait les arts plastiques à la lessive de ses chemises.
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Si on la prend au deuxième degré avec la phrase qui précède : «Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission » , on peut imaginer alors que Brice Hortefeux viendrait tout juste de comprendre la diversité de la population française et que sa mission serait désormais que les français des minorités visibles se sentent plus à l’aise dans leurs baskets citoyennes "le coq sportif". Accordons-lui le bénéfice du doute au moins au niveau de sa pensée personnelle. Mais que devient cette prise de conscience quand il doit appliquer une politique destinée à amadouer les électeurs les plus racistes, ceux de l’aile droite de l’UMP et du FN ? Donne-t-il des instructions sur le fait de ménager les français des minorités visibles à ses policiers lors de leur contrôle?
 
 
Et on apprend au même moment que le nombre de plaintes pour discrimination déposées à la HALDE en 2007 atteint le chiffre de 7000 dont 33% pour discrimination ethnique, soit plus de 2300. Pire encore, 76% de ses plaintes ont été déclarée recevables par la justice qui leur a donné une réponse pénale…
 
Il y a donc bien un problème de mentalité au sein des élites politiques et économiques de ce pays.
Dans leur tête, dans leurs lois, les discriminations ethniques aussi graves soient-elles ne sont pas des actes racistes mais des actes de discrimination ! Sinon bonjour les statistiques !
 
Et ce qui est encore plus triste, c’est la façon dont certains politiciens circonscrivent l’essentiel de la lutte contre les actes racistes à ce qui ne concerne que la communauté juive et donc l’antisémitisme. Ce racisme spécifique est pourtant moins préoccupant aujourd’hui. On en veut pour preuve: 79 actes antisémites en 2007, une baisse très significative car on en dénombrait 932 en 2002. Autres indicateurs, la HALDE n’a relevé aucune plainte pour discrimination à caractère antisémite en 2007, et 87% des jeunes français se disent choqués par l’antisémitisme.
 
Mais dans le même temps 1/3 des français se déclarent racistes et l’assument…
Il semblerait donc que, dans les mentalités, l’antisémitisme, et c’est heureux, soit vu comme une abjection, une infamie quelle que soit sa forme mais que le racisme ordinaire à l’encontre des minorités visibles, un racisme fait de brimades, de rejets, d’exclusions et d’agressions ne fasse pas l’objet d’une priorité pour ceux qui nous administrent. 
Voici leurs justifications: 

- Ce ne sont pas des actes racistes mais des discriminations.
 
- Beaucoup de gogos gaulois ont mal à leur identité à cause du trop grand nombre d'immigrés. Vite un docteur !
 
On peut donc comprendre les allées et venues de ministres aux différents dîners des CRIF régionaux comme une façon de lutter contre l’antisémitisme, en montrant l’attachement et l’affection des autorités à la communauté juive. Mais dans le même temps, cela ne doit pas devenir une sorte de cérémonie de distribution des prix pour bonne conduite antiraciste qui les exempterait de leurs devoirs à l’égard de tous ceux qui souffrent des actes du racisme ordinaire, actes qui dérapent parfois en agressions négrophobes, islamophobes, anti-roms, anti-asiatiques même si elles sont nettement moins médiatisées.

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