liberté d'expression

Vendredi 23 mai 5 23 /05 /Mai 23:46

Quand Aimé Césaire avait pris connaissance des ennuis de Dieudonné au moment de le recevoir, il avait comparé cette situation à ce qui était arrivé à André Gide qu’il avait connu dans les années 30.

 

J’ai donc relu les grandes lignes de la vie de Gide et, c’est vrai, sous cet angle, le meilleur humoriste français a des points communs avec l’écrivain talentueux.

 André Gide fut très populaire auprès de la jeunesse pour ses livres, et même très  en vogue dans le bouillonnement culturel qui avait lieu à Paris entre les deux guerres.

 Pas réellement engagé en politique, il avait eu tout de même des positions très tranchées qui le situaient très à gauche du côté des communistes qu'il rejettera après un voyage en URSS.

Gide voyait la possibilité d’une Europe apaisée avec un lien fort d’amitié avec une Allemagne démocratique. Pour avoir dit cela, il sera conspué par une droite française nationaliste toujours dans le souvenir de la première guerre mondiale.

 André Gide devint anticolonialiste à l’issue d’un voyage au Tchad et au Congo au moment où le colonialisme français était à son apogée et donc glorifié. Il alertera l’opinion et les partis politiques sur les horreurs du colonialisme. Plus tard, il prendra parti pour les républicains espagnols mais devant les trahisons et la défaite, il dénoncera l’attitude des traîtres au risque de passer pour un fasciste qui ne l'avoue pas.

Les autorités pétainistes l’accusèrent d’avoir contribué à la défaite par ses positions et son influence culturelle néfaste pour la jeunesse. Son homosexualité était une circonstance aggravante....

Il s’exila à Tunis, constata sur place le racisme et l’antisémitisme institués par les nouvelles autorités françaises, se rendit à Alger où il se rallia à De Gaulle.

A la libération, il prit position contre le climat d’épuration et de purge qui régnait en France. Cela le rendit suspect de bienveillance pour la collaboration aux yeux des communistes.

Malgré un prix Nobel de littérature en 1947, on ne le laissera plus beaucoup s’exprimer à partir de ce moment-là. Il mourra en 1951.

Prendre des positions à contre-courant des consensus, mettre les pieds dans le plat des autosatisfactions de l’élite médiatique, prendre le risque de choquer et de se contredire pour souligner les paradoxes d’une pensée politique occidentale qui consacre son énergie à la domination du monde et au souvenir de sa grandeur passée. Il y avait de quoi se faire bannir, conspuer, traiter de fou non ?.

Que remarque-t-on ? C’est qu’un écrivain comme André Gide, après avoir gravi les échelons de la notoriété, s’en est vu privé en raison de positions politiques à contre-courant  de la doxa des différentes périodes qui ont servi de cadre à sa vie.

Il fut qualifié de fasciste et de traître par les communistes, de communiste par la droite, d’antipatriote par les fascistes.

Dieudonné, cinq ans après le sketch qui avait déclenché l’ire de la droite pro-israélienne, après vingt-deux procès, une agression, deux tentatives d’agression, des injures et menaces, pris pour un fou dangereux par les uns, pour un antisémite provocateur par les autres, se voit toujours considéré comme un paria ou un pestiféré de la pensée. Pour le mieux le vilipender, on a inventé une communauté noire qui n’existe pas et on a accusé ce groupe de se victimiser. Rien n’est plus faux, il n’y a pas de communautarisme noir, Dieudonné n’est pas un leader politique noir ayant pour modèle Farrakhan. Les noirs ne jouent aucune victimisation mais veulent que l’histoire dise toute la vérité, rien que la vérité. Il fallait le dire, ce fut hurlé quitte à casser les oreilles des bonnes âmes embourgeoisées jusqu’à l’étouffement.

L’erreur aura été de faire confiance aux intellectuels de l’occident. Fanon avait mis en garde les intellectuels colonisés contre les intellectuels des pays colonisateurs qui encouragent les combats d’émancipation au nom de l’universalisme des droits de l’homme et des peuples mais, sont les premiers à en dénoncer la violence inéluctable que de telles luttes entraînent et donc à retourner leur veste.

Il y a des preuves incontestables de cette manie des intellectuels français à se cacher dés lors qu’une cause sympathique se transforme en combat violent.

Quels sont les grands leaders pour l’émancipation qui restent des exemples :

  1. Martin Luther King
  2. Gandhi
  3. Nelson Mandela
  4. Salvador Allende

Deux furent des martyrs de la non violence et furent assassinés. Un était un démocrate socialiste non violent et fut assassiné. Un seul échappa à l’assassinat politique grâce à sa non violence : Nelson Mandela et la puissance armée de son parti clandestin, l'ANC. Mais curieusement, chez les occidentaux, on sépare Mandela de son mouvement l'ANC, l'ange du démon. Il faut dire que si le combat de Mandela se poursuivait encore aujourd'hui, l'ANC serait sur la liste des organisations terroristes...

Pour les intellectuels français, toute approche révolutionnaire ou violente de l’émancipation est assimilable à du terrorisme, pas étonnant qu’ils se soient  tournés vers des femmes pour leur combat d’émancipation de l’islamisme.

Ce qui veut dire que les écouter ou lire leurs livres n’apportent rien d’autre que l’impression que cette attitude timorée ressemble à ce qui se trame à la veille d’une guerre ou de l’avènement d’un totalitarisme.

C’est en cela que l’aventure Dieudonné et l’arrogant mépris envers les Indigènes de la République ont été des révélateurs de la poursuite de la trahison des intellectuels français vis-à-vis des colonisés, y compris ceux de l’intérieur…

Ne comptons donc que sur nous-mêmes…

Par Milton Dassier - Publié dans : liberté d'expression - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Mardi 8 avril 2 08 /04 /Avr 21:13

Vous avez certainement suivi la manifestation anti-chinoise d’hier à Paris.

Vous avez dû constater le zèle de la police parisienne à empêcher toute expression pro-tibétaine, usant de charges violentes, de brutalité inutile, d’arrestations arbitraires.

 

Une image souvenir : celle de ce jeune pro-tibétain la bouche en sang et traîné comme un paquet de linge sale par deux robocops.

 

La police du peuple français protégeait des torches chinoises au service de l’image d’un état totalitaire contre … le peuple français.

 

Oui, c’est indéniable, les policiers français à Paris étaient bien des supplétifs de la police chinoise hier.

 

J’ai tout de même ri en voyant le gros Douillet pousser la chansonnette de la défense des valeurs olympiques, c’est dire des valeurs d’humanité et de fraternité pour s’en prendre à ceux qui veulent défendre un monde meilleur en Chine.

 

Certains diront que tout cela est bien bidon quand on voit ce qui se passe en Palestine, en Afrique, en Amérique du Sud et ailleurs. C’est tout à fait juste mais, il faut reconnaître que la journée d’hier a mis l’occident face à ses contradictions. Une victoire de l’opinion publique internationale sur les tenants de l’impérialisme capitaliste : autorités politiques, dirigeants de multinationales, patrons des médias.

 

Et à mon avis, ce n’est pas fini….

 

Par Milton Dassier - Publié dans : liberté d'expression - Communauté : Communauté de l'opposition
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Lundi 7 avril 1 07 /04 /Avr 18:36

Un petit sursaut des peuples, ça fait du bien même si tout ça fleure bon la manipulation.

Ce qui gêne, c’est la façon dont on donne encore des leçons à un pays non occidental. Un peu comme si des européens estimaient que les jeux sont un don de l’Europe à l’humanité et qu’elle conserve un droit de regard sur l’usage qu’on en fait.

 

La flamme olympique est passée par Paris. On s’attendait à des actions sporadiques de meneurs isolés, il n’en a rien été. Il y a eu une spontanéité populaire pour dénoncer les abus de l’empire chinois. Pas seulement ! Il fallait aussi faire l’acte d’accusation des états occidentaux prêts à couvrir la Chine.

Les gens ont bien compris que les chinois sont à l’heure des mines de Zola et des manufactures lyonnaise du 19ème siècle.

Les gens ont bien vu que des peuples sont opprimés en Chine et que ce n’est pas le capitalisme triomphant et sa prétendue vertu démocratique qui sonnera le glas du despotisme, de la tyrannie et de l’oppression en Chine.

 

Les Jeux Olympiques, c’est l’affaire des peuples, le sportif moyen qui y participe n’est rien d’autre qu’un vous ou moi.

Le spectateur qui va se taper les sponsors et autre annonceur pendant la retransmission des JO a décidé de manifester son mécontentement.

 

Pas facile pour les politiques de garder une ligne claire…

Pour eux, le monde est un marché, c’est clair. Les peuples comptent moins que le marché. La démocratie est vivante quand les peuples décident de se faire entendre de leurs dirigeants, c’est un peu ce qui se passe ici malgré plus de 3000 policiers employés à défendre la Chine contre le peuple français.

Ici, aucun membre du gouvernement. Celui-ci observe les choses en procédant à certains calculs. Question d’image.

On a compris, la tendance de Sarkozy, c’est de jouer le rôle qu’on attend de lui. Alors il hésite entre sa côte auprès des dirigeants chinois et sa côte de popularité.

Rama Yade a été envoyée en sous-marin pour tâter le terrain. On affirme une chose puis on se dédit, histoire de rester au centre du débat puis le président fera son annonce « le moment venu » en fonction de la « fenêtre de tir ». Tout est affaire de timing et de météo en politique…

 

 

Par Milton Dassier - Publié dans : liberté d'expression - Communauté : Les antilibéraux
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Mardi 25 mars 2 25 /03 /Mars 19:00
Deux informations assez largement relayées par les médias ont été publiées pendant les derniers jours. Informations relatant des faits liés à des déclarations sur Israël. Il est absolument nécessaire de les mettre en parallèle.

La première est le limogeage rapide, expéditif et médiatisé de Benoit Guigue, ce sous-préfet spécialiste du Proche-Orient qui a publié des tribunes sur le site Oumma.com. Dans son dernier article, il s’en prend aux intellectuels français inconditionnels d’Israël qui craignent que la commission des droits de l’homme de l’ONU ne devienne une sorte de tribunal de salut public de l’état hébreu accusé de graves atteintes aux droits de l’homme, de crimes de guerre et de racisme.
A plusieurs reprises, Benoît Guigue justifie ces accusations selon son point de vue. Il explique

« La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde, dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles. »

Et :
« Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat»



La deuxième est la sortie du livre d’Avraham Burg, ancien président de la Knesset, « Vaincre Hitler ». L’homme est un auteur de prestige en Israël même s’il critique abondamment son pays.

Par exemple : « Cela ne peut plus fonctionner. Définir l’Etat d’Israël comme un Etat juif est le début de la fin. Un Etat juif, c’est explosif, c’est de la dynamite. »

 Interrogé sur LCI à propos de l’initiative de Nicolas Sarkozy, de faire parrainer un enfant de la Shoah par un enfant de CM2, il a dit en souriant :

« Le président aurait dû téléphoner à Simone Veil avant de faire cette annonce ».

 Plus tard, il reviendra sur le sujet en affirmant que singulariser ainsi la shoah, c’est considérer, comme beaucoup de juifs, que la shoah est le seul génocide et ainsi, que les autres génocides que la France a pourtant reconnu comme tels, ne méritent pas un tel travail sur la mémoire. Le titre de son livre est très provocateur : « Vaincre Hitler » Interrogé à ce sujet, il dit :

 « La Loi du retour est une loi, elle est une image en miroir de Hitler. Je ne veux pas qu’Hitler définisse mon identité. »

 Avraham Burg regrette l’instrumentalisation de la Shoah à des fins nationalistes et rapporte cette anecdote : un lycéen passant le baccalauréat dit : « demain, j’ai shoah au bac ». Il affirme qu’Israël est dans une situation analogue à l’Allemagne prénazie.

 « je vais vous donner quelques éléments qui s’inscrivent dans cette analogie : une grande sensibilité à l’insulte nationale ; un sentiment que le monde nous rejette ; une incompréhension aux pertes dans les guerres. Et, comme résultat, la centralité du militarisme dans notre identité. La place des officiers de réserve dans notre société. Le nombre d’Israéliens armés dans la rue. Où est-ce que cette foule de gens armés va ? Les expressions hurlées dans la rue : "les Arabes dehors". »

 Sur LCI, il finit son interview en parlant des extrémistes :

« les ultraorthodoxes que l’on trouve en grand nombre dans les colonies, il faudrait les effacer de la Terre ! » 

Le sketch de Dieudonné du colon israélien fasciste est finalement pas si « antisémite » que ça ! Et c’est ça qui est intéressant. Dieudonné ne connaissait sûrement pas Avraham Burg au moment de son sketch. Et tous les deux nous disent que si on résume Israël à ses colons extrémistes, on est foutu ! Mais Dieudonné n’était pas un ancien président travailliste de la Knesset… Alors, il fut traqué, diabolisé, brisé puis banni. 

Rendez-moi un service. Si Alain Finkielkraut affirme avec son style inimitable sur France-Culture ou Radio RCJ: - quelque part qu’Avraham Burg a été en quelque sorte..enfin..oui..d’un certain point de vue… il a été..euh.. dieudonnisé on peut dire ça.. mais passons !- vous me prévenez. Merci !

 En fait, si on analyse les choses avec lucidité, que peut-on conclure ?

D’abord, le filtrage qui règne en France sur qui peut parler ou non du sionisme et de la politique d’Israël y compris du côté du peuple et des intellectuels israéliens. Il y a une gauche antisioniste en Israël qui a rarement l’occasion de pouvoir s’exprimer en France. Il y a eu donc une confiscation de l’expression politique à propos d’Israël y compris vis-à-vis des israéliens eux-mêmes.

Ensuite, à force de clichés et d’accusations d’antisémitisme, beaucoup de gens de France ont peur de donner leur sentiment sur Israël. Avec les accusations d’antisémitisme qui ont concerné Dieudonné, Edgar Morin, Pascal Boniface et d’autres encore, Il y a un véritable climat de Maccarthysme à propos de la question israélienne. La droite française et une partie de la gauche française ont « validé » les idées de la droite israélienne comme ne pouvant pas être remises en cause sans voir que tout cela n’est que la face émergée d’un iceberg qui pourrait s’appeler « nouvel ordre total » dans lequel le capitalisme habillé de démocratie et de droits de l’homme cherche à imposer au monde sa domination par la force de ses capitaux et de ses armes.
Par Milton Dassier - Publié dans : liberté d'expression - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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